PROPOS DU REALISATEUR
"Tropical Malady " traduit mon attirance pour les paysages vierges et les mystères. C’est un chant d’amour et d’obscurité.
Tropical Malady
Je crois que nous en sommes tous atteints. Nous nous attachons à certaines choses, en particulier à la beauté de notre propre espèce. C’était déjà un thème de Blissfully Yours, mais cette fois j’ai voulu montrer son aspect maladif. A un moment de notre vie, nous sommes quasiment " étouffés " par les merveilleux souvenirs de ceux que nous aimons. Les amants de Tropical Malady succombent de leur amour.
La jungle
Tout comme mon précédent film, j’ai tourné Tropical Malady dans la jungle du Nord Est de la Thaïlande, c’est un personnage à part entière. Je voulais reparcourir le même endroit tout en le regardant différemment. Lorsque je suis dans la jungle, je vois un vaste espace de vie, une vie très différente avec des lois qui lui sont propres. Je ne crois pas que je pourrai un jour véritablement comprendre le monde animal. Cependant, j’emprunte ces paysages pour y installer la " maladie " du film. Un monde étouffant qui n’est pas humain.
Les bruits de la nuit
Mon preneur de son est allé dans la jungle la nuit et en a rapporté des sons incroyables. Il a rencontré un ours, un troupeau d’éléphants. Mais je ne pouvais pas utiliser ces sons, sinon le film serait devenu un concentré d’effets sonores. Je voulais juste donner au public une idée de la spécificité de ces sons.
Deux mondes
Même si le film a une structure linéaire,il est fait de deux histoires qui ont lieu dans deux mondes différents. Ces territoires sont reliés par des personnages que le spectateur peut considérer comme étant les mêmes, ou non. L’important ce sont les souvenirs. Les souvenirs de la première partie fécondent la seconde, tout comme la seconde partie féconde la première. L’une n’existe pas complètement sans l’autre.
Un prolongement de mes souvenirs
Mes films sont un prolongement de mes souvenirs. J’essaie même d’y inclure mes souvenirs de tournage, de restituer mes expériences. En tournant, j’essaie aussi de saisir certains moments étranges ressentis par les acteurs face à la caméra. Par exemple, la façon dont l’acteur qui joue le soldat regarde la caméra pendant le générique
L’obscurité
Lorsque nous fermons les yeux suffisamment longtemps, nous parvenons à voir quelque chose, une image qui vient de l’intérieur, de notre esprit. C’est ce que je voulais essayer dans Tropical Malady, retrouver l’image d’un monde s’adaptant à un autre monde. Le soldat peut à la fois se voir lui-même et voir le tigre fantôme. Il est à cette frontière.
Les mystères, les contes et les légendes
Je suis fasciné par le mystère, cela vient de mon enfance. J’ai grandi dans un hôpital, mes parents sont médecins. Ces lieux étranges où l’on conserve des membres dans des bocaux étaient un terrain de jeux pour les enfants. Les nuits étaient calmes et on nous racontait toujours des histoires de fantômes. Je suis fasciné par la simplicité quasi conceptuelle des contes et des légendes. J’ai donc construit le film comme un conte : des rencontres et un minimum de moments dramatiques.
Les Fantômes
Je crois aux fantômes. Les fantômes des animaux et des humains, qui se manifestent sous forme d’une image ou d’une odeur, résident ensemble dans la jungle. Mon idée était de voir le personnage du soldat accéder à cet endroit paisible avec son amant.
Les âmes inquiètes
Dans la seconde partie du film, je voulais instaurer un climat inquiétant d’entre-deux mondes. Je n’ai pas voulu d’une communication orale, le dialogue devait se faire entre les esprits.
En avançant plus profondément dans la jungle, le soldat doit apprendre une autre langue. Lorsqu’il rencontre le tigre, les deux créatures s’observent et se parlent alors par l’esprit. Le soldat atteint un nouvel état, il a pris conscience de sa maladie.