Notes de Prod. : Truands

    en DVD le 06 Août 2007

Entretien avec Philippe Caubère

Caubère en parrain de la pègre. L’enfant du soleil dans un monde aussi noir, c’est plutôt inattendu !
En plus, c’est un vrai parrain, un méchant ! Je ne pouvais pas refuser une telle proposition. J’en avais même une envie féroce. Tous les comédiens veulent jouer un vrai bandit. Ma génération s’est régalée aux films de Coppola, Lumet, Pollack, De Palma... Le Parrain, Serpico, Un Après-midi De Chien, Scarface... Je rêvais de ce genre de cinéma intelligent et où l’on peut se lâcher complètement, mais les Américains en avaient le monopole. En voyant Scenes De Crimes, j’ai été frappé par la maîtrise et la singularité du travail de Frédéric Schoendoerffer, et impressionné aussi par la façon dont il a dirigé Monica Bellucci dans Agents Secrets. Dès notre première rencontre, on était branchés sur la même longueur d’onde. Frédéric m’a dit, «je vous préviens, c’est un film violent», je lui ai répondu, «j’espère bien !» Il m’a parlé du personnage, j’ai dit formidable, génial, mais il faut que le rôle soit important parce que là, je tente un vrai pari par rapport à mon travail au théâtre qui est vraiment ma raison de vivre. Je suis prêt à y aller à fond, mais il faut que ça vaille le coup.

Corti, comment le voyez-vous ?
Corti c’est moi ! Depuis des années dans mes spectacles, je joue les autres, je joue Ariane Mnouchkine, je joue Claudine, je joue ma mère. Je fuis le «moi» tant que je peux. Là, je suis beaucoup plus proche d’une intimité personnelle. À la lecture du scénario, j’ai vu des correspondances avec ce que j’aurai pu être, dans un autre temps, dans d’autres circonstances... Je ne dis pas que j’aurai pu virer voyou car eux, ils aiment la mort et moi je la déteste. Et puis je suis d’un milieu bourgeois et pas vraiment taillé pour la bagarre. Mais pour la violence, oui. Pour monter mes spectacles, je ne peux pas mener des équipes sans que parfois, il y ait des cris. Jamais de bagarres, j’ai horreur de ça. Je veux simplement les réveiller parce que j’ai peur, je suis le seul à voir si l’on va dans le mur... Alors Corti peut s’énerver, lui qui veut régner, a fortiori sur une bande de voyous qui n’ont pas froid aux yeux ! C’est un homme de pouvoir, le pouvoir à l’état brut. Dans ce personnage, j’ai aussi vu une dimension shakespearienne de férocité, de cruauté. Corti, c’est un Richard III moderne. Et le boulot d’un acteur, c’est d’aller chercher au fond de lui son Richard III. Les truands, c’est nous. C’est ce qui m’a plu dans ce fi lm. On a tous une part d’ombre. On est tous capables de cruauté. Mais c’est grâce à cette violence, aussi, qu’on fait quelque chose dans la vie. Qu’on n’est pas mort et qu’on résiste.

Corti a un comportement brutal, et à la fois, il a encore un certain sens des règles.
Oui, c’est curieux, il massacre un mec en lui disant, «pas de came chez moi», alors que sa femme Béatrice se défonce comme une folle ! Et au boxeur exploité par son manager il dit, «défends-toi, il y a encore des lois dans ce pays» ! Je trouvais intéressant que ce truand ne soit pas un Don Corleone retiré des affaires, un peu paternaliste, mais un caïd qui a les bras dans le cambouis. Je pensais qu’on pouvait presque, c’est affreux à dire... le rendre attachant
par ce côté-là.

Comment souhaitiez-vous approcher ce personnage ?
J’ai un peu traîné avec un flic de la police criminelle, conseiller sur le film. Il m’a emmené, avec toute son équipe, à Pigalle dîner chez des truands et dans des boîtes de nuit voir les filles. Il m’a raconté, comme on le voit dans le film, qu’après un casse les truands font des fêtes d’enfer pendant quatre jours dans un palace avec des putes, de la cocaïne... Ces types se comportent souvent comme des gamins, c’est d’ailleurs à cause de ça qu’ils se font piquer la plupart de temps. Ce côté adolescent attardé m’a beaucoup intéressé. Je l’ai interrogé sur les gros caïds qu’il avait connus. Il m’a parlé d’un chef de gang qui régnait à force de cruauté. Je voulais
comprendre ce qui motivait ce type à prendre de tels risques. En fait, ce voyou usait de son pouvoir pour se taper des filles, il avait quatre femmes et les plus belles putains de Paris ! Cela m’a éclairé pour Corti. Dans une des premières moutures du scénario, on ne savait pas très bien où il en était sexuellement. J’ai même pensé qu’il pouvait y avoir une sorte de sentiment amoureux entre Corti et Franck, ils se seraient connus en prison, etc... «Mais pas du tout», m’a dit Frédéric. Alors, je lui ai demandé une vraie scène de sexe. Il m’a répondu, «ne vous inquiétez pas, on va vous tailler le costard à votre mesure.»

Aucune appréhension à tourner des scènes de sexe aussi réalistes ?
J’ai toujours rêvé de faire ce genre de scènes ! Ça ne veut pas dire que ce soit simple. Pour la séquence dans les toilettes de la boîte de nuit, j’ai tenu d’abord à rencontrer Oksana, la star du X qui allait jouer avec moi. On a longtemps discuté et j’ai découvert une fille formidable, extrêmement intelligente, sensible. Je lui ai dit, «je n’ai jamais fait ça de ma vie, qu’est-ce que je peux faire ?». Elle m’a répondu placidement, «tout ce que vous voulez». Finalement, je me suis jeté dans cette scène comme sur un toboggan, j’y suis allé à fond, dans les coups, dans la rage... Au bout d’un moment, j’étais bouleversé, je suis tombé à moitié dans les pommes. Après la prise, Oksana m’a dit, «au fond, je crois que c’est plus facile de montrer son sexe que de montrer ses sentiments.» Je lui ai dit: «ma chérie, tu as tout compris !»

Vous n’hésitez pas non plus à aller à fond dans la sauvagerie de Corti.
À la lecture du scénario, la scène de torture à la chignole était assez zappée. J’ai dit à Frédéric qu’il fallait une vraie scène de violence pour que l’on comprenne pourquoi tout le monde avait peur de Corti. Ils ont réécrit, et j’ai vu ! J’aimais l’idée que ce film soit réaliste, y compris dans la violence. Les pièces de Shakespeare osent montrer des êtres dont la férocité va jusqu’au bout. Titus Andronicus se coupe les bras, les jambes, le nez... La violence, c’est vieux comme le monde, mais aujourd’hui, le ressort le plus fort, c’est le fric. Et j’avais une confiance totale en Frédéric. J’ai vu tout de suite quelqu’un de pur qui n’allait pas déverser de la violence sur les écrans de façon obscène ou racoleuse avec des effets de caméra. Sa mise en scène froide, classique, tragique et calme me fait penser aux films de Melville. Le cinéma de Schoendoerffer, c’est la version moderne de la grande époque du cinéma policier français.

Parlez-nous de vos rapports avec vos partenaires.
J’avais un peu d’appréhension parce que ce sont des stars, et je ne fréquente pas les célébrités. Aux essais, ça a tout de suite biché avec Béatrice Dalle. Je lui ai dit, «comment peut-on être amoureuse d’une ordure comme Corti ?» Elle m’a répondu, «oh ! moi, je comprends...» On s’est entendu merveilleusement avec Béatrice, c’était vraiment comme une frangine. Benoît Magimel était plus réservé. Plus tard en visionnant le film, j’ai compris pourquoi il a gardé cette distance. Magimel m’a donné une leçon, en fait il était constamment dans son personnage, même en dehors des prises. Et quand j’ai vu le résultat, j’ai compris qu’il faisait son métier. Il est formidable. J’ai beaucoup d’admiration pour les acteurs de cinéma. Au théâtre, on peut facilement tricher pour mettre le public dans sa poche. Au cinéma, la caméra est comme une loupe. Et le public ne fait pas de cadeau.

Content de ce retour à l’écran ?
Oh oui ! Je suis vraiment enchanté. Et je serais comblé si les salles sont pleines, car un film comme ça, c’est la fête foraine !

Sur le tournage...

6 octobre 2005 - Benoît Magimel plongé dans le grand banditisme pour Truands
Benoît Magimel va jouer dans le prochain film de Frédéric Schoendoerffer, Truands, dans lequel il remplace Guillaume Canet précédemment annoncé. Ce nouvel opus s'inscrit dans la lignée des deux précédents long-métrages de Frédéric Schoendoerffer, Scenes De Crimes en 2000, dans lequel il analyse l'univers d'un serial killer, et Agents Secrets en 2004 où il infiltre le monde des espions internationaux. Une trilogie sur la police ? On peut se poser la question puisque dans ce troisième film, le réalisateur s'est introduit dans le milieu du grand banditisme parisien. Le scénario, qu'il a co-écrit avec son acolyte Yann Brion (Agents Secrets) relate le quotidien de ces truands. On y fait la connaissance de Claude Corti, 50 ans, un homme de pouvoir qui sait tout ce qui se passe et qui prend une commission sur tout : proxénétisme, stupéfiants, racket, et de Franck, 30 ans, tueur professionnel, intelligent et efficace. Tout va pour le mieux dans ce monde qui se déroule sans morale, sans scrupule, sans pardon… jusqu'au jour où il y a un premier grain de sable qui va tout bouleverser.

Entretien avec Frédéric Schoendoerffer, réalisateur

Une des forces de ce film est de nous plonger au plus près du quotidien des caïds du grand banditisme. On est captivé par ce côté «documentaire». Quelles recherches avez-vous entreprises pour parvenir à un tel réalisme ?
Nous commençons toujours par un long travail d’investigation. Avec Yann Brion, mon co-scénariste, on s’est plongé dans tout ce qui existe sur le grand banditisme. Cela va de la lecture tous les matins du Parisien où vous avez deux pages de faits divers passionnants, en passant par les mémoires d’anciens voyous, ou des anciens flics qui les ont traqués. J’ai fait certaines rencontres aussi... Mon ambition était de faire «Microcosmos chez les voyous» pour permettre au spectateur d’approcher au plus près ce monde impénétrable, secret, dangereux. J’ai voulu développer une «intrigue shakespearienne» en la situant dans ce milieu avec la plus grande véracité. Dans cette histoire d’un chef de bande du grand banditisme à Paris trahi par le type en qui il avait le plus confiance, je pourrais dire, bien humblement, que Caubère tient le rôle de Jules César, et Magimel celui de Brutus !

Entretien avec Benoît Magimel

Quelles ont été vos premières impressions à la lecture du scénario ?
J’ai beaucoup aimé sa construction chorale où chaque personnage est à un moment donné au centre de l’histoire. Autre élément, la description réaliste du grand banditisme. Truands pose un regard affûté sur la réalité d’un milieu qui a changé. Les voyous ont toujours fasciné le cinéma et le public.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 61 359 entrées
  • Cumul IDF : 106 530 entrées

  • 1ère semaine France : 173 561 entrées
  • Cumul France : 318 169 entrées