Notes de Prod. : Tu n'aimeras point

    en DVD le 13 Janvier 2010

Cinéma et mise en scène

Mitzvot 31. Ne pas représenter de formes humaines, même dans un but décoratif.

Le temps, la durée. La principale différence entre le divertissement et l’art repose sur le fait que le premier a pour but de faire passer le temps plus vite alors que le deuxième tente de redonner au temps toute sa densité. En donnant de la valeur au temps, le cinéma permet de faire remonter en surface une conscience de ce qui se passe. Ça me fait penser à l’histoire de Catch 22, le roman de Joseph Heller, qui s’attarde sur des personnages assez ennuyeux. J’aime cette façon de regarder la vie passer. Par exemple, je ne voulais pas couper la scène de la chambre froide où Aaron et Ezri s’embrassent pour la première fois. J’avais le sentiment qu’il fallait que le spectateur s’installe dans la durée pour éprouver l’inéluctable attirance mutuelle de ces deux êtres et dépasse un malaise premier.
Cette séquence est importante car elle impose le tempo du reste du film.

Spectateur, point de vue et construction du plan. C’est fondamental que le spectateur ait un espace dans la narration pour pouvoir réfléchir et être partie prenante. J’ai évité les champs-contrechamps pour permettre au regard d’être plus contemplatif, plus libre. Je pense à la scène où Aaron et Ezri se retrouvent seuls devant la boucherie. Un bus passe et dans un reflet on voit que, de l’autre trottoir, ils sont observés. Ce plan donne une idée assez précise de ce que c’est que vivre au sein de cette communauté, d’être surveillé en permanence. C’est un plan assez intuitif, j’avais envie que l’on ressente cette situation paradoxale qui tend tout le récit : des personnages terriblement seuls et, en même temps, dans l’impossibilité d’être véritablement seuls.

L’amour

Mitzvot 13. Aimer les autres juifs.
L’amour est la force la plus puissante qui existe. Mais parler d’amour peut être trompeur. L’amour est intangible, insaisissable. Je pense aussi que la croyance religieuse et l’amour sont intimement liés. Dans la chanson Hallelujahde Leonard Cohen, il dit : « Maybe there's a God above, And all I ever learned from love, Was how to shoot at someone who outdrew you».

La femme, le mariage

Mitzvot 133. Il ne sera jamais permis à l’homme de divorcer de sa femme.
Dans la communauté juive, la femme a un rôle central. Je dirais même que c’est le plus important. C’est elle qui maintient la famille unie et veille sur tout le monde. Aucun homme n’est complet sans une femme. Le judaïsme est déterminé par la femme : si la mère est juive, indépendamment du père, l’enfant sera lui aussi juif.

L’homosexualité

Mitzvot 157. Ne pas avoir de relations homosexuelles.
Avoir des relations sexuelles avec une personne du même sexe, c’est une chose. Mais dans le monde orthodoxe, il faut savoir que l’homosexualité n’existe pas. Elle n’est pas reconnue comme étant une possibilité. Tu n’aimeras point est donc en quelque sorte un film de science-fiction. Une aventure sexuelle peut être pardonnée. Il est possible de revenir en arrière, de se repentir.

La viande, la chair, le corps

Mitzvot 188. Ne pas manger la viande d'un animal qui n'a pas été tué par abattage rituel.
Le rôle du boucher est de rendre quelque chose d’impur – la viande – sacré. C’est un homme dont le métier est de traiter avec la chair. La façon dont il coupe la viande est assez violente, et c’est assez proche de la façon dont il coupe ses propres sentiments et désirs. Le problème vient du fait que la religion ne reconnaît pas les besoins de la chair. La seule chose qui est prescrite est de satisfaire son épouse.

Religion, communauté et ségrégation

C’est très paradoxal. D’une part, la communauté est une sorte d’acteur collectif qui a un regard sévère et constant sur les autres. D’autre part, toute la force de cette société repose sur le sentiment de pureté, de solidarité et sur la possibilité de rester à l’abri des excès du monde moderne. La radicalisation des Orthodoxes trouve son origine dans une réaction aux progrès du Siècle des Lumières.

Le désir scindé

Mitzvot 10. Ne pas mettre indûment le prophète à l'épreuve.
Je ne suis pas sûr de savoir quelles sont les raisons exactes qui poussent Aaron à retourner se baigner dans le lac. A la fin du récit, on retrouve le conflit qui hante tout le film. On pourrait penser qu’il est plus libre. Mais en même temps, il se retrouve d’autant plus prisonnier de la société dans laquelle il vit. Je crois que la scène du lac fonctionne comme une «métaphore » de purification.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 501 entrées
  • 1er jour IDF : 2 820 entrées
  • 1ère semaine IDF : 19 552 entrées
  • Cumul IDF : 45 030 entrées

  • 1ère semaine France : 30 846 entrées
  • Cumul France : 80 086 entrées