Après L.I.E., votre deuxième long-métrage est de nouveau une histoire plutôt sombre...
Les histoires que je raconte ne sont pas sombres, mais plutôt réalistes, voire même gênantes peut-être pour certains. Le cinéma de grande consommation a tendance à produire des “happy end” pour satisfaire notre besoin de valeurs positives. Mais pour moi, un film peut être drôle, triste, perturbant, déprimant... qu’importe, pourvu que l’histoire soit intéressante et qu’elle nous permette de nous interroger sur le monde dans lequel nous vivons. Comme dans L.I.E., je cherche à mettre le doigt sur les blessures de la société. Je crois que cela peut avoir un effet bénéfique sur le spectateur, et qu’en fin de compte les choses peuvent changer, d’une façon ou d’une autre.
Selon vous, de quoi parle Twelve And Holding ?
Le projet m’a beaucoup touché, et ce à plusieurs niveaux. Il s’agit d’amour, de cet amour inconditionnel que les enfants portent à leurs parents. Des limites qu’ils sont prêts à dépasser pour rester aimés. Des sacrifices qu’ils consentent pour préserver la stabilité et le bien-être dans leur foyer, quelles qu’en soient les conséquences... Je voulais aborder certains thèmes : l’attirance pour la violence, les conséquences du désir de vengeance, le fardeau que représente pour les enfants les erreurs de leurs parents, et comment la société gère toutes ces questions délicates dans un monde toujours plus complexe.
On retrouve l’adolescence traitée comme un sujet adulte. Pourquoi vouliez-vous y revenir ?
J’ai des enfants encore assez jeunes, et je crois que cela a une influence sur ma façon de réagir à ce qui m’entoure. L’adolescent, c’est l’archétype du personnage qui cherche sa place dans le monde. C’est un thème intemporel et universel. Ce que j’aime dans ces histoires d’adolescents c’est que l’innocence et la fragilité des personnages leur donne beaucoup d’épaisseur dramatique. On ne sait jamais ce qui va arriver. Je voudrais que le spectateur puisse se souvenir de son entrée dans l’adolescence, ce passage à la fois délicat, délicieux et malaisé. La difficulté de se débarrasser de ses angoisses, la douleur de perdre un être aimé, l’anxiété vis-à-vis de la sexualité... nous sommes tous passés par là. J’aimerais que le public se retrouve un peu dans chacun de ces personnages d’enfants.
Comment avez-vous découvert le scénario d’Anthony S. Cipriano ?
Par mon agent. Tout de suite j’ai été intéressé par la délicatesse d’Anthony, et aussi par sa jeunesse. Dans son scénario, il y avait là une force et une sincérité qui ne me lâchaient plus. Je trouvais ces personnages et leurs choix à la fois troublants et passionnants. La façon dont les enfants disent ou font les choses vous ramène très vite à la réalité, et souvent ça fait du bien. La nuit après avoir lu le scénario, j’ai rêvé que je réalisais le film... C’est le genre de choses qui aide à prendre une décision... J’avais envie de m’embarquer aux côtés de ces gamins pour observer leurs réactions, leurs décisions et leur évolution.
En tant que parent, ce film a-t-il été délicat à mettre en scène ?
J’ai été très impressionné, intimidé même par ce projet. Quand j’aborde un scénario, il me faut un peu de temps avant qu’il arrive à me toucher. Là, dans les scènes avec les parents, je me suis reconnu... Si vous ne vous identifiez pas à la détresse de vos personnages, comment réaliser un film ? Je suis persuadé que pour beaucoup de réalisateurs, faire des films est une sorte de thérapie et d’apprentissage.
Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
Je développe un projet de film d’horreur et je prépare aussi une adaptation du roman
The Miracle Life of Edgar Mint de Brady Udall. Une sorte d’odyssée à la Dickens, avec un protagoniste jeune, une sorte d’Oliver Twist contemporain et amérindien.
L’adolescence encore !
Je suis peut-être resté bloqué là-dessus, qui sait ! Mais le bouquin est fantastique et je veux en tirer un film aussi mémorable... J’espère !