Notes de Prod. : Un an

A propos de la bande originale du film par Laurent Boulanger

Avant Un An, je n’avais jamais pris le chemin d’une musique qu’on appelle “originale“. Il y avait eu Dvorak (avec ses Danses Slaves) et aussi Prokofiev (Roméo et Juliette) pour ne citer que deux exemples de ce moment particulier, essentiel et absolument intime pour moi dans la construction d’un film pour lui donner autant une voix qu’un corps, au-delà du simple accompagnement musical. Ainsi j’imaginais d’abord qu’Un an se raconterait à l’intérieur d’une des symphonies de Shostakovich et autour d’une chanson de Barbara intitulée Les voyages, pour dire l’itinéraire de ces quelques mois dans la vie du personnage principal du film.

Autant avouer qu’en rencontrant la bande des trois du Foreign Office, évidemment curieux (de cette curiosité d’une direction nouvelle) mais plutôt circonspect, je ne savais pas trop où je pourrais aller avec eux, jusqu’où nous pourrions arriver ensemble. Pour imaginer assez immédiatement que nous aurions pu nous parler depuis longtemps. Et si depuis nous avons pu le faire si souvent, alors même que parler ou détailler la musique m’a toujours semblé être une entreprise juste impensable,ou seulement laborieuse, c’est bien parce que nous nous sommes vite entendus, comme on dit. Plusieurs mois plus tard, je n’arrive pas à voir le film sans sa partition sonore et musicale. D’une manière pas si inverse, j’écoute aujourd’hui la B.O. comme un film sans images. Plus qu’une simple trace du film, elle en est à la fois l’écho, une certaine forme de contrepoint qui pourrait se suffire à lui-même, mais témoigne pour moi de cette rencontre entre l’imaginaire du film et celui, original et fertile, multiforme et étonnamment homogène de cette “bande des trois“ formée par Doc Mateo, Lily Margot et Alex Beaupain.

Ils ne le savent pas au moment où j’écris ceci mais pour un prochain film, je voudrais pouvoir partir en tournage avec quelques premières esquisses de musiques écrites à partir du scénario, quelques lignes ou schémas narra- tifs dont nous pourrions nous laisser accompagner, avec les comédiens, pour partir à l’assaut de ce film encore à découvrir et à inventer. Parce qu’il n’y a pas que les salles obscures, il n’est pas toujours besoin que d’images, donc, pour voir un film, il suffit parfois de fermer les yeux.

Notes d'intention par Laurent Boulanger

« Victoire, s’éveillant un matin de février sans rien se rappeler de la soirée puis découvrant Félix mort près d’elle dans leur lit, fit sa valise avant de passer à la banque et de prendre un taxi vers la gare Montparnasse. » Voilà un roman qui, comme toutes les sales histoires, débute abruptement. Dès ma première lecture d’Un an, j’étais définitivement hanté par le mystère particulier qui y plane, par cette sorte d’étrangeté ordinaire, par cette atmosphère de bars vidés, d’appartements vacants, de plages désertes – métaphore efficace de l’apparente amnésie du personnage, du vide étrange qui me semblait régner dans sa tête. Et puis je pensais à Psychose, depuis le début du livre, à Janet Leigh en fuite réfugiée dans un motel, tout en redoutant d’une page à l’autre une transposition de l’épisode de la douche. Comme les violons menaçants de Bernard Hermann dans le film d’Hitchcock, l’écriture terriblement précise d’Echenoz et ses digressions dérisoires désignaient à tout moment l’approche d’un événement cruel : la sonnette retentit dans la maison vide, Victoire entend des bruits non identifiables, son meilleur ami débarque comme un fantôme, lui recommande de rester cachée et puis s’éloigne. Dans quel étrange cerveau nous sommes-nous aventurés ? Quel dénouement cette longue attente à peu près irréelle annonce-t-elle ? À quelle sauce l’héroïne sera dévorée ? Mais d’abord : que s’est-il passé, vraiment ?
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 193 entrées
  • Cumul IDF : 193 entrées

  • 1ère semaine France : 364 entrées
  • Cumul France : 364 entrées