Avant
Un An, je n’avais jamais pris le chemin d’une musique qu’on appelle “originale“. Il y avait eu Dvorak (avec ses Danses Slaves) et aussi Prokofiev (Roméo et Juliette) pour ne citer que deux exemples de ce moment particulier, essentiel et absolument intime pour moi dans la construction d’un film pour lui donner autant une voix qu’un corps, au-delà du simple accompagnement musical. Ainsi j’imaginais d’abord qu’
Un an se raconterait à l’intérieur d’une des symphonies de Shostakovich et autour d’une chanson de Barbara intitulée
Les voyages, pour dire l’itinéraire de ces quelques mois dans la vie du personnage principal du film.
Autant avouer qu’en rencontrant la bande des trois du
Foreign Office, évidemment curieux (de cette curiosité d’une direction nouvelle) mais plutôt circonspect, je ne savais pas trop où je pourrais aller avec eux, jusqu’où nous pourrions arriver ensemble. Pour imaginer assez immédiatement que nous aurions pu nous parler depuis longtemps. Et si depuis nous avons pu le faire si souvent, alors même que parler ou détailler la musique m’a toujours semblé être une entreprise juste impensable,ou seulement laborieuse, c’est bien parce que nous nous sommes vite entendus, comme on dit. Plusieurs mois plus tard, je n’arrive pas à voir le film sans sa partition sonore et musicale. D’une manière pas si inverse, j’écoute aujourd’hui la B.O. comme un film sans images. Plus qu’une simple trace du film, elle en est à la fois l’écho, une certaine forme de contrepoint qui pourrait se suffire à lui-même, mais témoigne pour moi de cette rencontre entre l’imaginaire du film et celui, original et fertile, multiforme et étonnamment homogène de cette “bande des trois“ formée par
Doc Mateo,
Lily Margot et
Alex Beaupain.
Ils ne le savent pas au moment où j’écris ceci mais pour un prochain film, je voudrais pouvoir partir en tournage avec quelques premières esquisses de musiques écrites à partir du scénario, quelques lignes ou schémas narra- tifs dont nous pourrions nous laisser accompagner, avec les comédiens, pour partir à l’assaut de ce film encore à découvrir et à inventer. Parce qu’il n’y a pas que les salles obscures, il n’est pas toujours besoin que d’images, donc, pour voir un film, il suffit parfois de fermer les yeux.