Notes de Prod. : Un couple parfait

    en DVD le 07 Septembre 2006

Entretien avec Valeria Bruni-Tedeschi

Le film commence sur l'arrivée à Paris du couple. On sait que leur histoire dure depuis quinze années mais qu'elle est sur le point de se clore. Est-ce que sur cette base, vous avez la tentation d'inventer une sorte de biographie fictive, assez étoffée, des personnages que vous allez interpréter ?
Sans faire cela de façon ostentatoire ou exagérée, on a ressenti le besoin, avec Bruno, d'avoir des points de repère : ce que l'on faisait, où l'on vivait, des petits détails qui, oui, constitueraient comme une autobiographie. Avoir, techniquement, des balises ensemble, des souvenirs en commun, pour pouvoir se renvoyer la balle dans nos improvisations. Sans pour autant inventé une vie de façon superficielle, mais se référer à des petites touches, des touches de couleurs.
Mais émotionnellement, ce passé, on l'avait déjà. Parce que l'école à Nanterre, avec Patrice Chéreau, mais aussi des vacances ensemble, plein d'amis en commun, des expériences vécues au même endroit, en même temps, et cela produit comme une énergie complice où l'on n'a même pas besoin de se regarder pour se voir. On se ressent sans devoir le démontrer, il y a comme une évidence en tant que couple, fort de tout ce passé, 18 ans de souvenirs.

Même si dans les trois films que vous avez en commun, il n'existe aucune séquence que vous ayez réellement partagée…
On n'avait jamais vraiment travaillé ensemble, on n'était jamais sorti ensemble, on avait été dans les mêmes endroits au même moment, dans les mêmes films, mais on était comme côte à côte, et là on s'est retrouvé face à face. Du coup, on s'est vu différemment, plus seulement de profil.

Revenons sur une scène précise, celle dite « de la porte fermée », avec ce double hors-champ, où la présence de la caméra n'est même plus pour vous visible, où vous vous adressez à une cloison, avec un sentiment de solitude qui doit être assez terrifiant. Comment on interprète une telle scène ?
On la joue la porte fermée, mais avec la sensation que la caméra était restée sur moi, que je pouvais la voir comme en transparence. On voit alors la voix, presque matériellement. Idem pour toutes les scènes où nous sommes, Bruno et moi, hors-champ. On restait entièrement et profondément dans la scène, quel que soit ce que la caméra pouvait enregistrer. C'est assez excitant ça, on ferme la porte et on continue la scène. C'est toujours enthousiasmant pour un acteur d'être filmé de façon originale, bien loin du champ contre-champ ou du repère de la valeur des plans. Tout ça valsait, mettait en désordre une espèce de rituel du cinéma. Un sentiment d'ennui peut apparaître lorsqu'on a la sensation d'être toujours filmé de la même façon. Là, je n'avais plus le sentiment de connaître la chanson.

Vous est-il arrivé, selon ce mode de l'improvisation, d'être surprise, désarçonnée, voire frustrée par une réplique ou une direction empruntée par votre partenaire ?
Je ne savais jamais ce que Bruno allait faire, qu'il s'agisse de ses réactions, de sa violence rentrée, ses élans retenus, ou des regards d'amour auxquels je ne m'attendais pas. Je fus même surprise par sa sensualité. C'est un couple éteint charnellement, et d'un coup le désir renaît. Tout le temps, j'étais surprise.

Pensez-vous, comme Nobuhiro Suwa, que le couple reste le plus riche réservoir à fiction qui
soit ?

Oui, je pense vraiment ça. Au fond, on raconte toujours des histoires d'amour.
J'ai vraiment envie, aujourd'hui, en tant que comédienne, de retrouver des expériences de ce type. Après ce film, j'ai envie de n'avoir que des expériences de ce genre-là, nouvelles, où il y a de l'intelligence, de l'inédit, du talent. Une originalité d'élan, quelque chose de réveillé, un état d'esprit excitant-excité, et pas juste un film de plus. Et d'ailleurs, depuis, à part une journée dans le prochain film de Ridley Scott, je n'ai pas tourné.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 6 624 entrées
  • Cumul IDF : 12 406 entrées

  • 1ère semaine France : 12 722 entrées
  • Cumul France : 24 857 entrées