Quel genre d’histoire peut devenir un film ?
Je pense toujours dans cette logique de l’heure et demie. L’ensemble de l’histoire doit me donner le sentiment que ça peut tenir dans un long-métrage. Ce qui me plaît ce sont les histoires avec peu de personnages. Parce que je préfère en apprendre beaucoup sur peu de choses qu’en savoir sur beaucoup.
Comment savez-vous ce que vous allez avoir envie de raconter ?
Je collectionne toujours des situations, des personnages pas forcément remarquables ni choisis. Je prends des notes, c’est aussi écrire. On prend les sentiments des autres.
Je pense que j’ai le sens des atmosphères. L’atmosphère n’est pas encore une histoire mais c’est la porte ouverte sur une histoire qui va progresser. Il y a de la magie de la première phrase.
Et quel a été le début de Un Eté à Berlin ?
Une femme m’a parlé de sa relation avec un homme. J’ai noté que les mots les plus importants et je l’ai laissé de côté. C’était une somme de situations comiques au sein d’une relation durable et choisie qui pourtant menaçait de partir à vau l’eau. L’amour comme tentative est une tentative pleine d’erreurs. La morale était mise de côté, ce n’était pas une relation exemplaire. Ça se passait comme ça se passait. Mais l’ambiance dont elle parlait m’est restée dans l’oreille. Il y avait de la dureté, de la solitude, du plaisir de vivre et de l’ironie sur soi-même. Ça ressortait encore de mes notes même quelques années après. J’ai su alors que c’était un film sur une forme de résistance.
Connaissiez-vous déjà la fin avant de l’écrire ?
On doit partir de la fin pour envisager le film. Il faut connaître la tonalité de la fin, peut-être même voir la dernière image déjà. Ça je l’avais en tête. Çà avait évidemment un rapport avec ce balcon. Au début, les deux femmes boivent beaucoup de vodka et peu de coca sur le balcon. Elles parlent de leur intimité ou bien de la vie en général. Au film du jour qui s’achève, leurs images deviennent floues. Depuis longtemps, j’avais en réserve deux phrases pour cette nuit et cette situation : «
Il ne fait pas encore nuit » dit l’une, «
Il fait déjà jour » dit l’autre. Ce sont ces phrases qui justifient la présence et le rôle du balcon dans le film et finalement c’est lui qui a donné son titre et sa dernière image.
Quelles recherches avez-vous faites pour ce film ?
Je connaissais quelqu’un qui est en relation avec la formation et la recherche d’emploi. Vous savez, ces chômeurs qui assistent à ces cours en espérant qu’ils sauront mieux se présenter à un emploi après ça. Je me suis aussi fait expliquer comment ça se passe en un temps précis : les petits calculs faits pour s’occuper de quelqu’un chaque matin.
Comment se passent les relations avec un régisseur plus jeune que vous de 30 ans ?
Andreas Dresen vient d’un univers artistique qui est aussi le mien. La question essentielle, ça n’est pas l’âge mais l’idée qu’on se fait du cinéma. Et la manière dont on travaille.