Notes de Prod. : Un Eté à Berlin

    en DVD le 05 Octobre 2010

Entretien avec Andreas Dresen, réalisateur

Qu’est ce qui donne à Un Eté à Berlin l’impulsion dont vous parlez ?
Le livre avait quelque chose de particulier pour moi, cette manière de voir la vie côté boulot. Il n’y a rien de spectaculaire. Deux femmes habitent la même maison. Elles sont amies mais c’est peut-être une amitié de circonstances puisqu’elles sont toutes les deux seules et n’ont pas de mec. Un type bizarre, un chauffeur poids-lourd arrive et c’est ainsi que débute une sorte d’histoire d’amour. Et à la fin, les deux femmes se retrouvent toutes les deux à nouveau seules sur le balcon. J’ai lu un scripte d’une trentaine de pages, plein de cet humour à la Kohlhaase que j’aime tant dans ces films et en particulier dans se histoires berlinoises. J’ai trouvé Un Eté à Berlin très beau, presque impressionniste, une ouverture, qui raconte la solitude de plusieurs générations.
D’ailleurs, ça ne me convenait pas vraiment à l’époque. J’étais seul et malheureux. L’histoire de Kohlhaase m’a renvoyé à ma propre histoire et m’a noué la gorge et ému jusqu’à l’âme. Ça vous console de savoir que les autres aussi ont les mêmes problèmes que vous. On n’est pas tout seul avec sa détresse. Quand je vois ces deux femmes épuisées ou même Ronald, le camionneur…

Comment voyez-vous Ronald en tant qu’homme ?
Je connais ce genre de types. Je déteste ces mecs qui tombent toutes les filles, surtout si on les a aimées sans retour. Celles après qui on court et parmi elles, celles avec qui on aimerait juste parler. Et pour Ronald, ces filles-là, c’est du gâteau.
Ronald est un peu mystérieux, séduisant parce qu’il est insaisissable. Quand Ronald s’ouvre enfin dans cette épouvantable scène au lit, elle le jette. Au revoir et merci. Elle na plus d’avenir avec lui. Il est possible qu’elle se trompe.

Vous avez trouvé les acteurs dans l’urgence ?
Il était clair que nous voulions, Wolfgang Kohlhaase et moi, tourné avec Uhl dans le rôle de Nike. Je n’avais jamais travaillé avec elle, mais je l’avais trouvée géniale dans plusieurs films ainsi qu’aur théâtre. Pour les autres rôles, je n’avais pas le temps de faire des essais, je devais donc travailler avec des personnes de confiance.

Dans le film, jouent trois acteurs âgés et parmi eux Christel Peters qui va sur 90 ans. Comment les avez-vous trouvé ?
Ce sont de vrais professionnels. Hannes Stelter, l’homme qui est alité, a 80 ans. C’était dur de demander à quelqu’un de cet âge de jouer un rôle où l’on est parfois nu devant la caméra. Tu as beau expliquer que tu seras discret et plein de tact, il est quand même là, nu dans un lit, langé par une jeune femme. Pourtant Hannes Stelter a été très docile. Je ne le connaissais pas. Il est venu de Hambourg, et est apparu comme le contraire de son personnage. Toujours de bonne humeur, très consciencieux et toujours là.
Avec Christel Peters, j’ai déjà beaucoup tourné, c’est une femme formidable. Elle a un vrai bon humour, elle est même un peu coquine. Pour le rôle, elle a dû apprendre à manier un accordéon presque aussi gros qu’elle.
Kurt Radeke, Oscar, je le connais depuis longtemps. C’était un acteur, un collègue de ma mère, elle m’emmenait chez lui quand j’étais petit, à Schwerin. Kurt vit maintenant à Berlin, il a dépassé les 80 ans et ne tourne plus. Il était ravi de faire ce film. Son personnage donne des répliques essentielles.

Vous dites que vous étiez au four et au moulin en préparant ce film, comment le scénario s’en est-il ressenti ?
Compte tenu de l’urgence, on a fait beaucoup de changements. La fantaisie de Cooky Ziesche et le goût du changement de Wolfgang Kohlhaase ont facilité la tâche. Il a toujours une telle énergie malgré ses 74 ans. Nous avons travaillé 10 heures sur le projet de scénario, j’étais tellement mort mais lui, pas du tout.

Vous le considérez comme un modèle pour vous, comment travaille-t-on avec un modèle ?
Mon ami et mentor, le réalisateur Gunter Reisch, a dit quelque chose de très juste : « Le film décrit le passage du socialisme à l’individualisme ». Comment les gens s’en sortent-ils ? Ce film transpire la solitude. Les gens se rencontrent de temps en temps pour avoir un peu de chaleur. Des petites choses. L’adolescent a des problèmes de cœur, mais sa mère est là pour lui. Ronald, lui se tourne vers la serveuse, qui a sans doute eu une mauvaise expérience avec lui, mais qui lui sert quand même un café. De petits gestes, dans un monde du chacun pour soi. Tous les personnages doivent arriver à tenir bon du matin jusqu’au soir et pour cela, ils ont parfois besoin des autres. C’est pourquoi ce film est plein d’espoir pour moi.

C’est pourtant un film drôle…
Un beau film sur la solitude qui concerne toutes les générations. L’adolescent fait ses premières expériences douloureuses. Avec l’âge, l’homme reste pourtant un homme et peut encore offrir une robe. Des petits moments de bonheur. Comme quand les deux femmes sont assises au balcon. Un peu comme un nid. Pas tout à fait à l’intérieur, pas tout à fait dehors. Elles se situent à cette frontière. C’est l’été. On n’est pas parti en voyage, de toute façon ça n’aurait pas changé, mais on peut regarder le monde de haut.

Entretien avec Wolfgang Kohlhaase, scénariste

Quel genre d’histoire peut devenir un film ?
Je pense toujours dans cette logique de l’heure et demie. L’ensemble de l’histoire doit me donner le sentiment que ça peut tenir dans un long-métrage. Ce qui me plaît ce sont les histoires avec peu de personnages. Parce que je préfère en apprendre beaucoup sur peu de choses qu’en savoir sur beaucoup.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 2 602 entrées
  • Cumul IDF : 3 276 entrées

  • 1ère semaine France : 4 001 entrées
  • Cumul France : 5 438 entrées