Un été Italien a été filmé en Italie, en Suède, en Angleterre et aux Etats-Unis pendant l'été et l'hiver 2007. C'est à la suite d’un séjour à Gênes que
Michael Winterbottom a souhaité y tourner son film.
Le cinéaste et son producteur
Andrew Eaton voulaient réaliser un film en Europe :
"Ces dernières années, nous avons tourné plusieurs films au Moyen-Orient et nous voulions être plus
près de chez nous. Et puis il y a très peu de films sur des personnages américains qui s'installent en Europe à l'époque actuelle. C'était un sujet nouveau et original."
Michael Winterbottom s'est également inspiré du roman "Moderato Cantabile" de Marguerite Duras. "Il y a quelque chose à Gênes qui m'a fait penser au roman, quiest également situé dans une ville portuaire. Je l'ai lu il y a très longtemps, mais je me souviens d'un parent emmenant son enfant à sa leçon de piano. On a donc emprunté l'idée. Enfin, j'ai deux filles et j'ai eu envie de faire un film
sur un père et ses deux filles."
Le réalisateur a également pensé au film
Ne Vous Retournez Pas (Don’t look now) de Nic Roeg. "Gênes est un peu la ville jumelle de Venise, l'atmosphère y est semblable avec ses ruelles étroites. C'est très beau, mais en même temps, c'est un peu effrayant, comme dans le film de
Nic Roeg."
"J'aimais bien aussi l'idée de cette famille qui s'installe dans une ville où elle ne connaît presque personne et se retrouve en vase clos. Pour moi, le film parle de l'amour d'un père pour ses enfants et de la relation entre les deux filles. La mort de la mère n'est qu'un point de départ. J'ai voulu observer comment ils avancent dans la vie en faisant leur deuil."Pour le scénario, le réalisateur a fait appel à
Laurence Coriat, avec qui il avait déjà travaillé pour
Un Coeur Invaincu et
Wonderland.
Andrew Eaton pense que ce scénario est l’un des plus personnels qu’ait écrit
Michael Winterbottom : "Dans tous ses films, Michael se penche sur la famille, les gens émigrés, ceux qui sont en situation de stress, de danger et il examine comment ils gèrent tout ça. J'ai retrouvé beaucoup d'éléments personnels de sa vie."
Le cinéaste voulait un acteur anglais pour jouer le père et deux jeunes américaines pour les filles.
"Je voulais que le père n'ait pas la même nationalité que ses filles. Pour la cohérence de l'histoire, déjà, parce qu'étant étranger aux Etats-Unis, il semblerait normal qu'il veuille retourner en Europe après l'accident de sa femme. Mais également parce qu'aujourd'hui, beaucoup de parents n'ont pas la même nationalité que leurs enfants, ce qui crée un vide culturel que je voulais retranscrire. Je cherchais donc un acteur anglais et
Colin Firth convenait parfaitement."
Andrew Eaton ajoute : "L'histoire commence aux Etats-Unis. Michael aimait l'idée de déplacement. Le père vit déjà dans une culture qui n'est pas la sienne, ce n'est pas son cadre normal. Partir d'Angleterre pour aller en Italie, ce n'est pas aussi difficile que de venir des Etats-Unis. Là, c'est un véritable choc culturel qui renforce le mal-être des enfants. C'était important pour Michael que le père soit anglais, comme lui, c'était plus facile pour raconter l'histoire.
Colin Firth est également père de famille et a pu apporter toutes les qualités nécessaires à la crédibilité du personnage."
De son côté, Colin avait très envie de travailler avec Michael : "Tous les acteurs veulent travailler avec Michael. Ses films sont osés et forts. J'aime leur honnêteté et le fait qu'ils ne proposent jamais une approche évidente. Ils n'essaient pas d'appuyer sur les touches habituelles, de cocher les cases banales. Le film nous permet d'aborder certains aspects de la vie très difficiles à raconter. C'est dur de parler de l'amour familial, du deuil, du cheminement de ces personnages qui vivent la douleur d’avoir perdu un parent. Michael ne prend jamais les routes les plus faciles. On pense être sur un chemin émotionnel familier, mais il ne va pas là où on s'y attendait.
Parfois, les personnages sont en totale connexion, on ne s'y attend pas, ils sortent de l'adversité ou de la banalité, l'humour arrive à des moments inattendus. Le film offre constamment ces surprises. Il y a sans arrêt des tournants, des ombres de lumière et d'obscurité, un peu comme la géographie d'une ville qui n'est jamais comme on l'attend."
Colin Firth a également été attiré par les subtilités émotionnelles du scénario : "Le film est davantage centré sur les préoccupations familiales, les obstacles, les déceptions mais aussi les espoirs qu'on a pour ses enfants. La mort de la mère a foudroyé cette famille qui ne sait pas comment en parler. Joe est un père célibataire qui doit aussi mener sa vie personnelle. Le film souligne comment une famille doit continuer sa vie quotidienne malgré la tragédie qu’elle vient de traverser. Andrew, Michael et moi avons des enfants, même si nos expériences diffèrent et ne reflètent pas nécessairement cette famille en particulier, elles ont beaucoup contribué à l’histoire."
Michael Winterbottom avait rencontré
Catherine Keener il y a quelques années pour le casting d'un film qui n'a jamais été tourné : "J’ai tout de suite songé à elle pour le rôle de Barbara. Son jeu est tellement subtil qu'on comprend très vite qui est son personnage. On ressent très vite que Barbara aimerait se lier à la famille. Mais même si elle leur apporte une aide très précieuse, les enfants ne veulent pas d'une autre maman et Joe ne veut pas d'une autre femme."
Catherine Keener a été attirée par le scénario qu’elle a trouvé superbement écrit : "L'histoire est très simple, belle et touchante. Le scénario m'a paru très personnel, je ne sais pas pour qui, mais il l'est."
Hope Davis a été choisi pour le rôle de Marianne. "On n'a pas eu besoin de la convaincre pour accepter le rôle" explique le réalisateur. "Elle a aimé le scénario et son personnage de mère fantôme. Elle s'est très bien entendue avec Willa et Perla et a su retranscrire l'unité de la famille."
Pour trouver les deux jeunes actrices, ce fut un peu plus compliqué.
Michael Winterbottom devait en fait tourner
Un été Italien avant
Un Coeur Invaincu : "Il y a deux ans environ, j'ai reçu une cassette de Perla improvisant la scène de voiture du début. Elle était très intéressante, mais un peu trop jeune, et quand enfin, on l'a rencontrée un an et demi après, elle avait le bon âge.
Elle est incroyablement naturelle, très intelligente et très subtile. Et même si elle a déjà joué dans quelques films, elle ne vient pas de Los Angeles, ne ressemble pas à une enfant actrice et reste normale et crédible.
"On avait également rencontré Willa un an auparavant. On voulait une jeune fille qui soit à cet âge où on se croit adulte alors qu'on est encore qu'une enfant. Quand on l'a rencontrée, elle avait 14 ans et paraissait très mature.
Je voulais une dynamique entre les deux sœurs assez proches en âge tout en étant très différentes.
Par exemple, l'aînée est déjà dans l’adolescence, veut sortir et faire des choses de son côté. Du coup Mary se retrouve seule, telle une enfant unique. Le père panique un peu, surveille sa fille aînée tout en la laissant sortir seule, et ne sait trop comment doser son autorité."
Comme le dit
Andrew Eaton : "On a commencé à chercher les deux filles avant le reste du casting. On savait que ce serait plus long. Michael voulait que les filles soient américaines. On a rencontré beaucoup de filles, mais les deux qu'on a choisies sont très expérimentées pour leur jeune âge.
Willa est dans la série Newport Beach depuis plusieurs saisons et Perla a joué dans
Kill Bill (volume 2) et
Spider-man 3, ce qui n'est pas mal pour une enfant de 10 ans !"
Willa Holland a adoré l'histoire : "Il n'y a jamais de films sur les relations d’un père et ses filles. Il y a les productions Disney, mais pas de films chaleureux comme
Genova. Le scénario était très différent de ceux que j'ai lus jusqu'à présent."
Le tournage s'est déroulé dans le style de Winterbottom : le directeur de la photo,
Marcel Zyskind, qui a travaillé plusieurs fois avec le réalisateur, a filmé caméra à l'épaule. Il n'y a eu aucune répétition, aucun plan d'ensemble, aucune série de gros plans. La plupart des prises sont de la durée d'une scène, et les scènes ont été tournées en séquence. Michael ne disait pas "action !" et n'indiquait pas où était placée la caméra. C'était décidé sur l'instant. Parfois Winterbottom agrippait la chemise de Zyskind pour le diriger.
La lumière naturelle était utilisée aussi souvent que possible afin de donner aux acteurs et à la caméra plus de liberté de mouvement.
Michael Winterbottom crée un environnement qui ne ressemble en rien à un plateau de cinéma. Il explique pourquoi il préfère cette méthode : " J'aime travailler en équipe réduite, caméra à l'épaule, avec le minimum d'éclairage en laissant les acteurs improviser un peu autour du scénario, même si dans ce cas, il y a eu assez peu d'improvisations. Cela permet une relation plus informelle entre les acteurs et la caméra. On a tourné là où on était, le but étant de capturer l'atmosphère de Gênes. Être peu nombreux permet de se débarrasser de l'aspect épuisant d'un tournage, et tout le monde est plus détendu."
Tourner dans la ville a été très simple. "Gênes n'a pas vraiment d'industrie du cinéma. Tous ceux qui nous ont aidés ont été très efficaces et enthousiastes, ce qui facilite d'autant plus le procédé."
Colin Firth a lui aussi apprécié ce tournage différent de ses précédents films : "L'équipe réduite ajoute une intimité à l'expérience. Quand on tourne un film à gros budget, on peut se retrouver dans un environnement impersonnel et mécanique, entouré d'un tas de techniciens. Ça peut prendre des heures de tourner un minuscule fragment d'une histoire. Le rythme est dicté par ça, c'est forcément tourné hors d'une séquence et l'énergie que ça requiert est très étrange, parce qu'on se bat contre les effets dangereux des temps d'arrêt, qui peuvent vous vider.
"Sur un film comme celui-ci, on a le bénéfice du moment, on fait partie ensemble du processus, on le voit se dérouler devant nous. Quand on travaille avec des enfants, c'est un énorme avantage, parce qu'on peut suspendre l'incrédulité beaucoup plus facilement. Michael ne dit jamais "action" ni "coupez !". L'interaction entre les filles et moi se faisait tout naturellement et spontanément.
On est soudain proches de gens avec qui on doit faire passer tout un passé d'intimité, des gens qu'on ne connaissait pas il y a une semaine, mais cette façon de travailler fonctionne et ça n'a pas été difficile."
Pour
Catherine Keener, la méthode de travail n'était pas inconnue. "Quand j'ai reçu la liste technique, j'ai tourné la page, m'attendant à trouver plein de noms, mais il n'y en avait que dix. J'ai tourné avec Spike Jonze, qui travaille un peu de la même façon. On ne sait jamais trop ce qu'on fait. Ça m'a montré qu'on n'avait pas besoin de superflu pour tourner un film. En fait, il faut avant tout une histoire, un réalisateur, quelques acteurs et des techniciens pour la caméra et le son, sans trop de matériel. Par contre, il faut beaucoup de travail, de sensibilité et de préparation. Michael profite de la chance quand elle se présente à lui et c'est là qu'arrivent les choses qu’on aime dans ses films."