Notes de Prod. : Un Secret

    en DVD le 03 Avril 2008
Entretien avec le réalisateur, et genèse du film


Comment avez-vous découvert le roman de , “Un Secret”,
dont le film est l’adaptation ?

Depuis notre première collaboration en 2000 pour Betty Fisher Et Autres Histoires, d’après Ruth Rendell, , le producteur, m’alimentait très régulièrement en romans dont il me conseillait la lecture. C’est ainsi qu’il m’a fait lire celui de en me le recommandant chaleureusement. Dès cet instant, il ne m’a pas caché qu’UGC pourrait être intéressé par l’adaptation. J’ai donc lu très vite Un Secret et le soir-même j’ai tenu à donner une réponse à Yves : oui, je voulais raconter au cinéma cette histoire magnifique ! Qu’est-ce qui a été pour vous l’élément déclencheur ? Quand on parle des victimes du nazisme, on a l’impression souvent que ces gens n’étaient pas des gens comme tout le monde : qu’ils n’avaient pas vécu d’histoires d’amour, qu’ils n’avaient pas connu de passions.

Mais n’y avait-il pas des raisons plus personnelles ?
Je suis né en 1942. Il n’y a pas beaucoup de survivants dans ma famille : la plupart de mes oncles, tantes et grands-parents ne sont pas revenus des camps de concentration. Enfant puis adolescent, je fus hanté par cette histoire traumatisante et anxiogène. J’en ai conçu des peurs et des phobies. J’étais un enfant craintif mais quoi de plus normal puisque ma mère m’a porté dans la peur ? Mais, bizarrement, c’était un thème dont je n’avais parlé dans aucun de mes films précédents. Au point même que dans L’accompagnatrice, qui se déroule durant la Seconde Guerre mondiale, ce thème n’était même pas abordé.

S’agissait-il d’un sujet tabou ?
Non, mais ce n’était pas dans mes préoccupations premières de cinéaste. A l’instar de toute ma famille, j’ai toujours été un juif laïc, absolument non religieux. J’ai senti que l’adaptation du roman de pouvait être l’occasion de rendre un hommage à ma famille et à son histoire. D’autant que nous sommes tous les deux issus du même milieu social, ni bourgeois, ni prolétaire. Nos parents étaient des petits bourgeois, commerçants et juifs ashkénazes.

Aviez-vous envie de porter par ailleurs un regard politique sur cette période ?
Plus sociologique que politique. Il existe dans le roman une dimension de cet ordre qui m’intéressait fortement. montre très bien l’émergence dans les années 30 d’un véritable culte du corps, de la beauté physique et du sport avant même l’usage qu’en feront plus tard le pétainisme et le nazisme. Dans mon milieu juif laïc, on cultivait volontiers cette tendance : il s’agissait de lutter contre une sorte de dolorisme prétendu typiquement juif, ce que j’appelle dans le film “l’esprit oï, oï, oï”. C’est-à-dire une propension à se plaindre, à renoncer, à ne pas se fortifier pour pouvoir, le cas échéant, se défendre. Mon père, comme le personnage
de Maxime dans le film, me reprochait ainsi mon indolence physique, moi qui, notamment, avais tendance à rester le nez plongé dans des livres. Il avait peur que je fasse partie des soi-disant moutons qui se seraient laissés emmener à l’abattoir sans résister. C’est donc un thème qui
m’intéressait beaucoup.

Malgré ce goût pour l’Histoire de votre temps, vous avez tourné peu de films d’époque. Pourquoi ?
J’ai toujours peur du pittoresque, dans le cinéma en général et dans le mien en particulier. J’ai toujours une petite crainte de l’aspect poussiéreux, du côté opéra comique. J’ai peur du maquillage, des accessoires d’époque, des ambiances. Ils ne doivent pas parasiter l’émotion et troubler le spectateur. Je ne refuse donc pas les films en costumes, comme je l’ai prouvé avec L’accompagnatrice et maintenant Un Secret, mais je fais très attention à ne pas me laisser envahir par l’anecdotique du passé que l’on recompose.

Entretien avec


Comment s’est passée la rencontre avec ?
Je savais qu’il allait me proposer le rôle de Tania. Alors, j’ai décidé d’aller au rendez-vous qu’il m’avait fixé dans une tenue de sportive... sexy ! C’est bien l’image que donne Tania d’elle-même. Je crois que c’est comme ça que m’a choisie ! J’étais immédiatement le personnage au moins dans son apparence physique.

Tania est en effet une championne de natation. Avez-vous travaillé cet aspect du personnage ?
Il a bien fallu ! m’a fait passer des documents de l’époque, des photos notamment en rapport avec le monde du sport et de la natation. Avec l’aide d’un coach qui m’a considérablement aidée, j’ai modelé mon corps pour qu’il se rapproche des modèles sportifs d’alors lesquels n’ont rien à voir avec ceux d’aujourd’hui. J’ai travaillé cet aspect de mon personnage durant trois mois et, moi qui n’ai pas un goût particulier pour la natation, je suis devenue une “spécialiste” de la nage indienne très en vogue à cette époque. Mais, attention, Tania est une sportive qui reste très élégante, très féminine, très gracieuse.

Mais au-delà de cette apparence, comment définiriez-vous Tania ?
C’est un personnage pour le moins complexe. Chacun peut juger de l’évolution de son comportement tout au long de l’histoire tragique que raconte le film. C’est un personnage terriblement humain qui se transforme. Au départ, elle ne veut pas tomber amoureuse de Maxime, elle lutte de toutes ses forces contre l’idée même d’une attirance pour cet homme. Il est hors de question de succomber. C’est un point de vue moral. Et puis, elle finira par briser cette armure et par craquer. Mais rien ne se fait simplement. On la voit déchirée, culpabilisée, terriblement triste. Tania, c’est une grande amoureuse : elle véhicule différentes facettes du personnage.

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Pour vous, comment le casting d’Un Secret s’est-il déroulé ?
De façon assez inhabituelle, car j’ai eu la chance de lire très tôt le roman de . J’en
avais été très bouleversé et l’envie d’incarner le personnage de Maxime fut immédiate. Mais il n’était pas encore question d’un film...

Comment définiriez-vous Maxime ?
C’est un personnage complexe, qui est d’abord en lutte contre lui-même puisque dans son désir
d’intégration et sa négation de la fatalité, il nie farouchement ses origines au risque de passer pour
antisémite ; c’est juste un juif laïc qui refuse de courber l’échine dans la France de l’avant-guerre
puis de l’Occupation. C’est un homme qui, au fil de sa vie, va s’enfermer dans la solitude de ses
secrets, happé par le destin et victime de sentiments plus forts que lui... Je n’ai d’ailleurs pas cherché à atténuer ses faiblesses, à le rendre sympathique ou autre. J’ai essayé de respecter ses failles, visibles ou intimes. C’est peut-être la première fois que je joue un personnage qui n’est ni bon ni mauvais. Il est dans une humanité à la fois profonde mais complexe, qui doit vivre avec ses écarts de bonheur et malheur.

Comment avez-vous travaillé avec ?
Harmonie, complicité, en pleine confiance... nous étions d’accord sur tout.. Sur la complexité
du personnage de Maxime, je lui disais souvent à la fin d’une scène : “Drôle de mec quand même !”, il me répondait invariablement : “L’âme mascu- line est un champ de bataille !”... Je voulais
tourner avec Claude depuis longtemps, j’ai été très heureux de rentrer dans sa famille.

Vous avez plusieurs fois rencontré sur le tournage. Incarner son propre père n’était pas troublant ?
Non, cela devait l’être beaucoup plus pour lui ; moi je suis forcément resté dans le domaine de la
fiction, tout en m’inspirant de sensations exprimées par Philippe.

Entretien avec


Un Secret, n’est-ce pas d’abord pour vous la suite d’une collaboration avec après La Petite Lili?
Je ne peux parler de ce nouveau film sans parler effectivement de La Petite Lili. Avec que j’admire beaucoup, il s’est tissé une relation de confiance et d’amitié. Quand il m’a proposé ce nouveau rôle, et de nouveau aux côtés de , j’ai éprouvé de la fierté car je ne pensais connaître sur le plan professionnel une nouvelle forme de complicité comparable par exemple à celle qui me lie déjà avec François Ozon. Je ne pensais pas qu’on pouvait avoir plusieurs complicités de ce genre en même temps. Un Secret marque pour moi, la confiance renouvelée avec Claude et une nouvelle étape dans notre travail en commun.

A quel moment avez-vous lu le roman de ?
J’ai d’abord lu le scénario et c’est ensuite seulement que j’ai découvert le livre. J’ai été bouleversée par la lecture du scénario et en fait j’ai lu le roman dans la même journée. A partir de là, cette histoire m’a totalement portée. Durant les longs mois qui ont précédé le tournage proprement dit, je n’ai pas cessé de vivre avec mon personnage en tête. J’ai aimé ce film bien longtemps avant sa fabrication !

Entretien avec , l’auteur du roman Un Secret


Vous avez choisi le cinéaste qui adapterait votre livre. Comment s’est déroulé ce casting peu habituel ?
Ma position est singulière. Ma vie professionnelle me tient très éloigné des mondes de l’édition et du cinéma puisque je suis clinicien auprès d’enfants autistes et psychotiques. Mais je suis par ailleurs un grand passionné de cinéma. J’ai appris, une fois Un Secret publié, qu’un certain nombre de cinéastes s’intéressaient à son adaptation éventuelle. Marie-Hélène d’Ovidio qui est la responsable des droits audiovisuels de mon éditeur Grasset m’a alors suggéré de m’impliquer dans un processus de consultation qui me permettrait de rencontrer six ou sept de ces réalisateurs et d’apprécier ainsi leur projet. J’ai évidemment trouvé l’idée formidable. Il se trouve que c’est avec que j’ai eu le contact le plus immédiat et le plus proche. Tout a donc commencé très vite après cette première rencontre décisive.

Comment expliquez-vous cette empathie immédiate avec ?
Dans un premier temps, c’était pour moi d’autant plus étonnant que j’estimais mon livre inadaptable ou presque ! Mais la rencontre avec Claude se fonde sur une communauté d’histoires personnelles. Même si son parcours est différent du mien, Claude avait quelque chose à exprimer et qui nous rapprochait. Nous avons en commun un questionnement sur l’identité et les origines. J’ai donc progressivement compris pourquoi l’alchimie a si bien fonctionné entre nous. Nous sommes tous les deux les fils d’hommes qui avaient choisi de s’assimiler en faisant silence sur leurs origines. C’est un premier point commun qui nous a fortement et rapidement rassemblés. A partir de là, nous nous sommes fait mutuellement confiance pour l’adaptation, nous avons discuté tout au long de l’écriture du scénario à laquelle je n’ai pas directement participé mais également tout au long du tournage du film proprement dit. Quand je faisais des remarques, Claude en tenait compte avec enthousiasme.

Question à la scénariste

Un Secret est-il un livre facile à adapter ?
Il contient quelques beaux paris scénaristiques ! Le roman se promène entre passé et présent, multipliant des temporalités intermédiaires. Les personnages vieillissent, les époques changent. C’est un roman sans aucun dialogue. En outre, le récit est à la première personne, ce qui permet certes d’avoir un point de vue, celui du narrateur en l’occurrence, mais pose des problèmes de transposition cinématographique. Enfin, à certains moments, le récit est celui d’une vie rêvée et non d’une vie réelle.