Vous avez abandonné le ton parodique de Mais Qui A Tué Pamela Rose ?...
Oui. Deux ou trois clins d'œil - qui avaient presque un caractère obligatoire - peuvent peut-être faire penser que l'on parodie par moments un certain cinéma de science-fiction américain, mais ce n'est pas comme ça que nous avons envisagé les choses. Nous voulions raconter une histoire dont le cadre est une station orbitale. C'est un film franco-français, avec des héros français.
Mais Qui A Tué Pamela Rose ? était une parodie de film américain, avec des personnages et un cadre américains. Là, nous sommes en France. Certes, c'est une fiction, mais cette histoire aurait très bien pu exister.
Vous avez écrit avec Julien Rappeneau. Comment se passe l'écriture à trois ?
Julien dort. Il a dormi pendant trois mois ! (rires) Contrairement à
Mais Qui A Tué Pamela Rose ?, pour lequel
Olivier et moi avions écrit une première version avant que Julien ne nous rejoigne, nous avons commencé à trois. Julien est assis à l'ordinateur,
Olivier est généralement assis à côté, et moi je tourne autour. Je n'arrive pas à rester assis. Et là, c'est parti. Julien note, efface. Notre manière de travailler est très bizarre, parce qu'on arrive quand même, à trois, à être d'accord sur les séquences et sur les dialogues. On fait rarement les choses chacun de notre côté. Il peut arriver que Julien,
Olivier ou moi arrivions avec une idée à soumettre aux autres. S'il y en a un qui a un doute, l'idée est abandonnée. On a réussi à trouver un mode de fonctionnement nous permettant d'aller vite quand même. Il n'y a pas de discussions pendant des heures. On savait tous les trois le film qu'on voulait faire et la direction vers laquelle on voulait aller.
Et Eric Lartigau, c'est le quatrième mousquetaire ?
Il s'est imposé naturellement, sans qu'on ait eu besoin de le mettre à l'épreuve. On se connaissait aussi un petit peu. C'est une connection par Canal, et il avait pas mal bossé dans le domaine de l'humour. En même temps, ce n'est pas quelqu'un qui se veut très drôle.
C'est un vrai metteur en scène de comédie ; il comprend parfaitement ce qu'on fait. Quand je vois ce qu'il a réalisé sur nos deux films, je suis émerveillé par la qualité de son travail.
Et Olivier ? Il est si rare que vous soyez séparés, qu'on ne peut s'empêcher de vous questionner à son sujet...
Olivier c'est... (il hésite) Il a tellement de qualités. Il est drôle, il a des idées toutes les secondes. Pour moi, c'est un génie. Le terme est un peu fort, mais c'est normal. Nous sommes tellement proches et contents de nous retrouver tous les matins, comme deux gosses. En plus nous avons chacun nos vies.
Olivier prépare son film, moi je tourne de mon côté. Donc, à chaque fois qu'on se voit, c'est un plaisir. Il m'apporte vraiment de la joie de vivre, d'être. Car parfois, tout ce qui est en dehors d'un film n'est pas facile. Mais dès que nous sommes ensemble, ça devient une vraie partie de plaisir. Je pense qu'il apporte ça aux gens qui le fréquentent. Et professionnellement, c'est un super scénariste, un très bon comédien, et ça va être un très bon réalisateur. Il a tout pour lui, quoi. Mais il est moche. (rires) C'est tout.
Parlons d'un bel homme, alors. Cardoux, que vous interprétez...
Stéphane Cardoux, ça aurait pu être moi. Sauf que je ne suis pas mythomane. Cardoux fait partie de ces gens qui veulent être acteur et qui ont un peu de mal. Ce n'est pas une question de talent, mais de bonnes connections ; il n'est pas là où il faut. Forcément, il devient un peu mythomane, et s'invente une vie d'acteur alors qu'il anime des séminaires. Il n'y a rien de péjoratif là-dedans, je l'ai fait ! Pour La Poste. Je sais donc de quoi je parle. C'est pour ça que ça aurait pu être moi. On est comédien, mais sans faire ce métier. On devient un animateur amélioré, qui écrit des sketches. Cardoux c'est ça. Il a une petite vie simple, un pavillon tranquille, un petit garçon, Hugo, et sa femme. Lui se rend compte qu'il n'arrivera peut-être pas à concrétiser son rêve. Elle, elle l'accepterait tel qu'il est.
Mais lui ne peut pas s'empêcher de se créer des rôles qu'il n'a pas. Jusqu'au jour où sa femme n'en peut plus et décide de partir avec son fils. Cardoux est un homme seul, abattu. Son fils, avant de partir, va lui offrir pour son anniversaire un ticket pour l'espace. En grattant il va découvrir trois navettes. En partant dans l'espace, il va peut-être devenir le héros qu'il n'a pas pu être au cinéma.
Pourquoi avoir choisi André Dussollier ?
Il est formidable dans ce rôle de type sérieux dans une comédie. Ça n'a pas été une évidence au départ. Nous avions pensé à plusieurs acteurs, parce qu'on n'avait aucune certitude sur le fait qu'André accepte le rôle. Il faisait partie des premières personnes évoquées. Pareil pour
Guillaume. Nous cherchions un méchant séduisant, charismatique, qui ne le joue pas de manière drôle. Ce qui rend le personnage comique, c'est la situation, le film... On est passé par différentes combinaisons. Le film aurait pu avoir un autre visage avec d'autres acteurs, peut-être plus proche de notre univers. Justement.
Prendre Guillaume Canet et André Dussollier, c'était donner un certain crédit au film ?
Oui, bien sûr. Ça permettait aussi de faire comprendre que c'est un film, pas un sketch. Mais qui a tué Pamela Rose ? était plus proche du gros sketch. Car c'était notre premier film, et qu'à l'époque, c'était ce que nous savions faire. Les choses ont ensuite bien marché ; le film a connu un bon succès, les gens l'ont aimé. Mais il fallait pour Un ticket pour l'espace que les autres rôles aient une dimension “cinéma” plus prononcée.
Marina Foïs était aussi une évidence ?
Elle avait un tout petit rôle dans
Mais Qui A Tué Pamela Rose ?. Ça fait longtemps qu'
Olivier et moi la “draguons”. Sauf qu'avant nous n'avions pas le bon rôle pour elle. Avec celui de Soizic, on le tenait. Marina, c'est un bonheur. C'est une très grande comédienne et une très bonne camarade. C'est important, car pour passer deux mois ensemble, il faut des gens avec qui l'on peut s'entendre facilement.