« J’ai rencontré
Noko pour un projet de thriller en langue anglaise qui ne s’est finalement pas fait, mais nous avions bien accroché et sommes restés en contact. J’avais suivi et apprécié sa carrière au sein de son groupe avec Howard Devoto, Luxuria, à la fin des années 80, jusqu’à ses succès commerciaux électro avec Apollo 440 des années plus tard. Il y avait dans son approche à la fois expérimentale du son et classique et sombre de la mélodie quelque chose qui me touchait énormément.
Noko avait composé beaucoup de musiques pour des publicités et aussi des génériques de blockbusters mainstream comme
Charlie Et Ses Drôles De Dames ou
Perdus Dans L'Espace mais il n’avait jamais eu l’occasion de faire un score totalement personnel pour un film.
Une Affaire d’Etat en a été l’occasion, et je suis très fier du score où j’espère que transparait l’amour commun que nous portons,
Noko et moi, à John Barry, Roy Budd et nombre de compositeurs italiens, avec un son pourtant très personnel…
La cerise sur le gâteau a été d’avoir un guest vocal de l’icône culte du rock Howard Devoto venu chanter le générique de fin… Un vrai rêve.»
Eric Valette, réalisateur d’
Une Affaire d’Etat.
« Bien que possédant une expérience significative en termes de composition pour le cinéma à travers mon groupe, Apollo 440,
Une Affaire d’Etat est le premier film pour lequel je compose intégralement la musique. Eric (Valette) et moi-même avions décidé dès le début d’approcher la composition d’une manière inhabituelle : écrire les thèmes des personnages principaux avant même le début du tournage pour faire écouter les premières démos aux comédiens et à l’équipe d’
Une Affaire d’Etat afin de définir l’esthétique et l’atmosphère générale bien en amont. J’ai travaillé à partir du scénario traduit en anglais après l’avoir lu de nombreuses fois.
Quelque chose qu’Eric m’a dit m’a frappé et inspiré : aucun des personnages ne dit réellement ce qu’il pense. Ma musique devait traduire leurs pensées intérieures. Sans négliger Nora, la jeune policière, j’ai senti que le réel centre psychologique d’
Une Affaire d’Etat évoluait autour de Victor Bornand et Michel Fernandez et de leurs points de vue. Ces deux hommes sont persuadés de contrôler la situation alors qu’elle leur échappe dans une spirale croissante. La musique de John Barry réalisée à la fin des années 60 pour
Danger Immédiat a été d’une grande influence. De la même manière que la musique de ce film dépendait du cymbalum hongrois (instrument à cordes d’acier) avec toutes ces résonances Bloc de l’Est-Guerre Froide, je souhaitais qu’un seul instrument traduise la voix centrale d’
Une Affaire d’Etat.
J’ai choisi le clavecin pour représenter l’élégance surannée de l’homme d’État Bornand, aussi parisien que l’architecture haussmannienne l’entourant, un instrument parfaitement adapté pour conférer un rythme presque mathématique et horloger aux mélodies représentant le temps échappant à cet homme dont la chute devient de plus en plus flagrante à mesure qu’
Une Affaire d’Etat avance. Ce n’était pas mon intention première mais ça a aussi fonctionné parfaitement pour ce qui est devenu le thème de Nora également utilisé pour le générique d’ouverture. Le clavecin utilisé est un exemplaire magnifique datant du 18ème siècle, situé à l’Université d’Auckland en Nouvelle Zélande où l’enregistrement a eu lieu pour moi grâce à James Gardner. À chaque apparition dans
Une Affaire d’Etat, le clavecin a un soigneux décalage digital au niveau du ton qui produit une atmosphère permanente de cascades harmoniques enracinées de manière impressionnante dans toutes les notes de l’accord. Je souhaitais que le film entier soit bercé d’une ambiance mélancolique en neuvième-mineur.
Le premier morceau achevé était celui chargé de représenter la prise de conscience par Bornand qu’il a été trahi et la solitude qui précède sa chute. Je suis très content de mon sifflement sur celui-ci ! Concernant les deux séquences de poursuite, j’ai utilisé le staccato agressif du violoncelle de Martin McCarrick’s comme thème central de l’instrumentation avec un effet tout particulier lors du passage au Sacré Cœur quand la scène atteint son apogée. Pour la musique de générique de fin, Eric (Valette) m’a encouragé dans mon envie de travailler avec Howard Devoto de Magazine pour le chant. Le résultat de cette nouvelle collaboration, la dernière remontait à 1990, est la chanson « To Anyone Counting». Tout le travail sur la musique d’
Une Affaire d’Etat a été une joie du début à la fin. Eric et moi-même avons bâti une solide amitié et relation de travail qui, j’en suis sûr, se renforcera encore sur d’autres projets. C’est un réalisateur très talentueux qui sait exactement ce qu’il veut et comment obtenir le meilleur des gens qu’il réunit autour de lui, moi y compris. J’ai même fini par faire une apparition dans le film en joueur d’accordéon sur un pont de Paris, ce qui m’a beaucoup plu. »
Noko, compositeur d’
Une Affaire d’Etat.