Très attendu après le succès de
Brick, son premier long métrage couronné par le Prix spécial du jury au Festival de Sundance en 2005,
Rian Johnson revisite un genre classique du cinéma :le film d’arnaque.
Le bal des escrocs
Une fois le scénario et le financement en place,l’équipe du film s’est lancée à la recherche du casting idéal.
Rachel Weisz a été la première à rejoindre le projet. Elle a accepté le rôle de Pénélope,une héritière américaine excentrique prise pour cible par les frères Bloom pour une ultime escroquerie aux conséquences inattendues.
Rian Johnson explique :« Avec ce film,j’ai compris que l’une des grandes difficultés du casting est d’arriver à décrocher le tout premier acteur,de le convaincre de se lancer avec nous.La confiance de Rachel dans le projet et son implication dans son rôle m’ont littéralement stupéfié.»
Rachel Weisz commente : « Le scénario était complètement original et ne ressemblait à aucun autre.C’était intelligent,émouvant et drôle.Je l’ai adoré.»
Rachel Weisz a trouvé le personnage de Pénélope irrésistible et a savouré ce rôle d’héritière étonnante qui partage son temps entre ses nombreux hobbies et n’a presque jamais mis le nez dehors,et qui se reconvertit en trafiquante à la demande des deux escrocs.
Rachel Weisz reprend : « Je ne me suis inspirée d’aucune référence pour créer ce personnage. Pénélope se suffit à elle-même ! Je ne connais personne qui lui ressemble ; je n’ai jamais croisé personne comme elle et n’ai même jamais vu ni lu de personnage qui s’en approche. Elle est réellement unique.»
Rian Johnson souligne :« Pénélope est un personnage excentrique, ce qui ouvrait de vastes perspectives pour l’interpréter. Le risque était cependant d’en faire quelqu’un de trop gentil ou de trop caricatural.Dès le début,nous nous sommes employés à la rendre la plus réelle et la plus vivante possible.Rachel a entièrement suivi cette approche. À plusieurs reprises, alors que j’avais des idées précises sur la manière de jouer certaines scènes,elle a surgi comme un ouragan, essayant de nouvelles choses, explorant de nouvelles pistes. Elle emportait tout sur son passage avec énormément de joie de vivre,en s’amusant comme une enfant. Je me suis un peu retrouvé dans la peau de Bloom : j’avais des idées au départ, des plans bien tracés, jusqu’à l’arrivée de Pénélope... Comme lui,j’ai vite appris à trouver le bonheur dans le chaos. Comme Pénélope, Rachel a amené un souffle nouveau,plein de vie et inattendu au film.»
Pour entrer dans la peau du personnage,
Rachel Weisz s’est exercée à quelques- uns des hobbies de Pénélope. Elle est notamment devenue une pickpocket de talent sous la férule du célèbre magicien britannique James Freedman, qui a également servi de consultant sur
L’illusionniste de Neil Burger et sur
Oliver Twist de Roman Polanski.
Depuis longtemps admiratif du travail de
Rachel Weisz,
Adrien Brody a été séduit par la participation de l’actrice au projet.« C’est une grande actrice douée d’une capacité de concentration remarquable. Lorsque vous devez être proche de quelqu’un sur un film,c’est vraiment agréable de pouvoir compter sur une partenaire concentrée et si soucieuse de rendre les choses réelles.»
Adrien Brody a également été attiré par la qualité d’écriture du scénario et par la richesse et la profondeur de l’histoire.Il confie :«
Une Arnaque Presque Parfaite est un film que j’aurais aimé voir au cinéma en tant que spectateur. Il y a tellement d’éléments qui entrent en jeu, des choses comiques, dramatiques ; en même temps, c’est une histoire d’escroquerie, une histoire d’amour, il y a des scènes d’action... Tous les personnages suivent une évolution et s’embarquent pour un périple à la fois joyeux et profond. L’histoire avait cette intensité dramatique que je cherche toujours dans un film,qui me guide et à quoi je me rattache,mais aussi une légèreté,une joie et une vraie personnalité.Il y avait tout ce que j’aime... »

Le réalisateur observe :« Le film entier repose sur la renaissance de Bloom, ce qui rendait son interprétation d’autant plus difficile. Il fallait faire en sorte qu’au début du film,le spectateur se sente concerné par le sort de cet homme qui est franchement un pauvre type. Pour y parvenir, nous avons montré les raisons qui l’ont conduit à se sentir ainsi, à être ce qu’il est, et ce sont des raisons qui nous touchent.Chacun peut les comprendre et s’identifier à Bloom. Mais 90% de la crédibilité du personnage réside dans les yeux d’Adrien.Il s’en dégage une réelle profondeur, perceptible dans chacune des prises. On est amené à soutenir Bloom et à croire en lui.»
Adrien Brody a été fasciné de constater les similitudes existant entre son personnage et sa propre carrière d’acteur. Il explique : « Je comprends parfaitement la situation et la frustration de Bloom. Il est un peu comme un acteur de “La Méthode” qui vit quotidiennement à travers les scénarios qu’il fabrique et qu’il expérimente en essayant de s’y intégrer - à ceci près qu’il ne s’agit pas d’une pièce de théâtre mais d’une arnaque.»
Rian Johnson a choisi
Mark Ruffalo pour jouer Stephen,l’aîné et le leader des frères Bloom.Il raconte :« Je connaissais Mark uniquement à travers ses rôles dramatiques comme
Tu Peux Compter Sur Moi et
In The Cut, dans lesquels il est vraiment excellent. Il était difficile de l’imaginer dans un autre registre. Lorsque je l’ai rencontré pour incarner cette espèce de showman charismatique,chaleureux et exubérant,je me trouvais plutôt futé de lui proposer un rôle à contre-emploi. En réalité, ce sont les autres qui l’ont toujours engagé à contre-emploi, parce que dans la vie, Mark est réellement charismatique, chaleureux et exubérant ! »
À la lecture du scénario,
Mark Ruffalo a pensé que le film serait un sacré challenge pour le réalisateur. Il s’explique : « J’ai trouvé l’histoire tellement particulière ! Elle rebondit allègrement entre réalisme magique,comédie,drame intense,le tout imbriqué avec les ingrédients d’une histoire d’amour.Je connais peu de gens capables de maîtriser un tel cocktail ! » Au départ,
Mark Ruffalo n’était pas sûr de correspondre au rôle de Stephen, mais
Rian Johnson l’a rapidement convaincu.
Mark Ruffalo se souvient : « Je n’ai pas cerné immédiatement mon personnage. Mais ensuite,j’en ai parlé avec Rian et nous nous sommes mis au travail. »
Mark Ruffalo a approché le personnage en commençant par l’imaginer physiquement.« Je suis parti de ses vêtements, son allure,cette élégance d’autrefois un peu surannée,anachronique.Ensuite, je me suis imaginé des amis arnaqueurs - dans une vie d’acteur,on en rencontre une quantité - et je me suis demandé comment ce type procéderait pour escroquer les gens.»
Bang Bang est interprétée par l’actrice japonaise
Rinko Kikuchi. Elle est la complice muette des frères Bloom et une associée pleine de ressources.
Rian Johnson explique à son sujet : « Rinko est la fille la plus cool de la terre. La plupart des gens la connaissent pour son rôle dramatique dans BABEL, bien qu’elle ait débuté par des comédies au Japon. D’ailleurs, son sens du rythme comique est fantastique !
Il était évident qu’après sa nomination aux Oscars, elle n’hésiterait pas à accepter un rôle dépourvu de dialogue.Je n’ai donc pas eu à me montrer convaincant. En réalité,elle était comme moi très excitée à l’idée de donner vie à un personnage muet. Il s’agissait d’un jeu d’acteur silencieux, très pur, et elle ne s’est pas contentée de tenir son rôle mais elle l’a sublimé :c’est une grande preuve de talent.»
Adrien Brody ajoute :« Sans prononcer un mot, Rinko a su camper son personnage. Elle lui a apporté de l’humour, de la sensualité et une vraie attitude ; tout ce que Rian, j’en suis sûr, attendait d’elle. Elle y est parvenue sans effort.» L’équipe du film a fait appel à l’acteur vétéran
Maximilian Schell (
Jugement à Nuremberg) pour le rôle du formidable Diamond Dog,un gros bonnet de la pègre.
Rian Johnson revient sur le plaisir que lui a procuré sa collaboration avec
Maximilian Schell :« J’admets volontiers avoir eu les genoux qui tremblaient au moment de diriger Monsieur Schell. Il est l’un des plus grands.Mais ça a été un immense plaisir et j’ai été saisi par l’enthousiasme quasi enfantin avec lequel il s’est glissé dans le rôle.»
Rian Johnson conclut :« Ma plus grande joie a été d’apprendre à connaître tous ces acteurs formidables et à découvrir leurs styles personnels.Chaque journée de tournage m’a donné l’occasion d’assister à un spectacle aux premières loges.Leurs prestations m’ont ébloui et j’ai pu constater de quoi ils étaient capables.Lorsque tout le monde se trouve sur la même longueur d’onde, que vous savez quelle histoire vous racontez et que chacun sait ce qu’il a à faire,le bonheur est absolu.»
Tous globe-trotters
Contrairement aux frères Bloom que leurs aventures ont conduits à bourlinguer en Europe et ailleurs,
Rian Johnson a attendu d’avoir presque trente ans pour voyager loin de chez lui.Il raconte :« Je me faisais une idée romantique d’un voyage en Europe et j’ai cherché à mettre cet aspect en avant.On retrouve des bateaux à vapeur sur l’Atlantique,des trains hongrois à flanc de montagne,des ports en Grèce,des vieilles ruelles à Saint-Pétersbourg et un tas de choses qui n’existent sans doute pas ou plus mais qui passent très bien à l’écran.»
En explorant l’Europe centrale et l’Europe de l’Est,l’équipe du film a cherché à découvrir des endroits exotiques s’approchant au mieux de la vision de
Rian Johnson.
Une Arnaque Presque Parfaite a finalement été tourné dans différents pays : en Serbie, au Monténégro, en République tchèque et en Roumanie.Preuve que le thème de l’escroquerie n’a jamais quitté le tournage, ces nations ont toutes (à l’exception de la République tchèque) servi à doubler d’autres pays. L’action à l’écran se déroule donc rarement là où elle est censée le faire...
Les lieux de tournage en Serbie ont servi à doubler Saint-Pétersbourg, Monaco et l’Allemagne.Ceux du Monténégro ont permis de simuler la Grèce, le Mexique et le Monténégro lui-même.La Roumanie a servi à reproduire Saint-Pétersbourg et le New Jersey.La République tchèque a joué son propre rôle. Au final,l’équipe s’est rendue dans quatre pays alors que le scénario en compte huit.
Un tournage dans autant de pays différents a permis à tous de vivre une véritable aventure et a offert l’occasion à certains de découvrir des territoires inconnus.
Rachel Weisz raconte :« Je ne connaissais aucun des endroits où nous avons tourné.Je m’étais rendue en Croatie,qui est une partie de l’ex-Yougoslavie,mais je n’avais jamais mis les pieds en Serbie,ni au Monténégro,ni en Roumanie.» Ce dépaysement semble avoir apporté une autre dimension à la performance des acteurs.
Adrien Brody remarque :« Je pense que le fait d’avoir tant voyagé a participé à créer l’atmosphère du film.Pas mal de similitudes se sont dessinées entre notre vie devant et hors caméra.Nous avons tous été comme embarqués dans l’aventure.»
Un monde bien à eux
Avec
Une Arnaque Presque Parfaite,
Rian Johnson a créé un monde merveilleux,un univers pas tout à fait réel qui ne se rattache pas à une époque précise.
Rian Johnson explique :« L’idée de se laisser absorber par cette histoire est très séduisante.Nous avons bénéficié d’une grande liberté pour créer notre propre univers car l’action se déroule principalement dans le monde que Stephen a créé. C’est un vaste monde magique dans lequel tout est un peu exagéré et Stephen y injecte une dose massive de romantisme dans le but de séduire la cible. Et l’on est nous aussi séduit en pénétrant dans ce monde.»
Donner vie à l’univers imaginé par
Rian Johnson a nécessité un réel effort de collaboration entre le réalisateur et les chefs de poste,comme le chef décorateur
Jim Clay, le directeur de la photographie
Steve Yedlin et la costumière Beatrix Pasztor.
Jim Clay considère son travail comme « une sorte d’arnaque visuelle ». Il déclare :« Nous, les chefs décorateurs,nous passons notre temps à créer des univers factices et si notre job est bien fait,le spectateur doit pouvoir être pris par l’action,sans penser une seconde à notre existence.Ici,l’histoire traite de deux hommes qui passent leur vie à imaginer les escroqueries les plus complexes et les plus parfaites.Ils établissent leurs plans à la manière de cinéastes et tout n’est qu’illusion.Je trouve la comparaison très pertinente... »
Pour
Une Arnaque Presque Parfaite,
Rian Johnson a de nouveau collaboré avec son ami d’enfance
Steve Yedlin, déjà directeur de la photo de
Brick. Les deux hommes se sont inspirés notamment du film de Bernardo Bertolucci
Le Conformiste.
Rian Johnson explique :« Le film est un périple autour du monde et les lieux de tournage lui apportent une forte valeur ajoutée,nous avons donc cherché à profiter visuellement au maximum des endroits où nous nous trouvions. Les plans de Bertolucci ont délibérément une certaine théâtralité que nous souhaitions retrouver, tout en informant le spectateur sur l’environnement et sur la forme des pièces dans lesquelles l’action se déroule. Nous nous sommes également inspirés de ce film dans l’utilisation de la diffusion de la lumière dans l’image. C’est quelque chose que Steve déteste d’habitude mais qui confère un côté subtil et épanoui aux plans lumineux et un aspect feutré aux scènes plus sombres.» La costumière en chef Beatrix Pasztor a contribué au style visuel unique et inspiré des personnages. Les costumes,eux aussi,sont révélateurs d’un certain décalage,d’une autre réalité :« L’évolution du récit se reflète à travers les lieux mais aussi à travers les costumes et l’interprétation des personnages. Les tenues du film sont très cool, elles ont quelque chose d’un peu rétro tout en restant très actuelles voire même avant-gardistes. Je pense qu’elles contribuent à créer un “univers Bloom” absolument unique.»

L’esprit de famille
Rian Johnson a appris le métier en réalisant des films « maison »aidé par sa famille et ses amis.Il a conservé une approche et une chaleur familiale qu’il a su transmettre sur les plateaux de BRICK et de
Une Arnaque Presque Parfaite. Pour ce second film,il a fait appel à plusieurs de ses collaborateurs de
Brick,notamment à
Ram Bergman,à
Steve Yedlin et au compositeur
Nathan Johnson.Il a cependant souhaité la bienvenue à d’autres talents et amis.
Rian Johnson confie : « Je n’ai jamais considéré la réalisation comme une activité professionnelle à mener séparément des gens qui m’entourent dans la vie. Il m’a semblé naturel de m’entourer de mon cousin compositeur
Nathan Johnson, d’être avec lui durant le tournage, ainsi que des acteurs de
Brick que j’adore et qui font désormais partie de ma famille.»Plusieurs acteurs de
Brick font en effet une apparition dans ce film, dont Joseph Gordon-Levitt, Nora Zehetner et
Noah Segan.
Rachel Weisz remarque :« Rian est sans cesse entouré de sa famille et de ses amis.Au fur et à mesure de ses collaborations, ses amis deviennent sa famille ! »
L’art de l’escroquerie implique forcément de déposséder une victime de son argent ou de ses biens.
Rian Johnson conclut :« Dans cette aventure,les deux frères et la fille choisissent la réalité dans laquelle ils vivent,à travers leur façon de s’habiller,les endroits qu’ils fréquentent,les histoires qu’ils se racontent les uns aux autres et leurs agissements en général.Ils inventent leur vie. C’est là l’idée centrale du film :chacun est maître de son existence ! »