Notes de Prod. : Une exécution ordinaire

    en DVD le 08 Juin 2010

Marina Hands nous parle d'Une exécution ordinaire

Comment le projet d’Une Exécution Ordinaire vous est-il par- venu ?

Par l’intermédiaire de Jean-louis Livi. J’ai pour lui beaucoup d’affection et de reconnaissance. Alors que j’étais en train de sortir du Conservatoire, que je n’avais rien fait au cinéma, il m’a téléphoné pour que je rencontre Yves Angelo qui préparait un film, et qui cherchait une actrice... La première fois qu’un producteur vous appelle, qu’il distingue la complète inconnue que vous êtes, c’est inoubliable !
Avant même que le scénario d’Une Exécution Ordinaire soit écrit, Jean-louis Livi m’a demandé de lire le livre de Marc Dugain, me disant qu’il pensait à moi pour le rôle d’Anna, et m’annonçant aussi qu’Yves Angelo serait là. Encore quelqu’un qui m’a fait confiance très tôt, avec qui j’ai tourné Sur Le Bout Des Doigts donc, avant de le retrouver dans Les âmes Grises. Je savais, avant de commencer, qu’il y avait sur ce projet deux hommes pour me rassurer ! Puis j’ai rencontré Marc Dugain, l’importance de l’enjeu m’est apparue, la conscience que j’allais porter la responsabilité d’un rôle très lourd dans un premier film. J’ai l’habitude d’être docile avec les metteurs en scène, Marc Dugain allait-il me diriger, moi qui adore être dirigée ! J’ai été vite fixée. La réponse était oui.


Comment Marc Dugain vous a-t-il présenté le personnage d’Anna ?

Il m’a dit : «C’est quelqu’un qui n’a rien d’exceptionnel à qui il arrive quelque chose d’exceptionnel, pour moi c’est le personnage le plus mystérieux, et tout ce que tu vas lui apporter m’intéresse.» Une chose très importante pour lui était d’éviter l’écueil du sentimental. Même dans la volonté d’Anna d’avoir un enfant, même dans l’amour qu’elle porte à son mari, il voulait qu’elle se montre déterminée, pas désarmée. Et nous étions d’accord là-dessus. Tout cela me convenait, si je n’ai pas un voyage à faire vers le personnage, je suis perdue. Quand j’ai commencé à réfléchir au rôle d’Anna, j’ai pensé à l’interprétation d’Adrian Brody dans Le Pianistede Roman Polanski. À propos de cette question essentielle du «trop» ou du «pas assez», je me suis souvenue de cette façon qu’il a de réagir dans la situation tragique qui est la sienne, jamais dans le pathétique surjoué, toujours dans l’héroïsme ordinaire de la survie.

Y a-t-il eu une préparation, des répétitions ?

Oui, dès le départ, les répétitions nous ont semblé primordiales pour préciser le chemin que nous allions prendre, mais aussi évacuer les doutes. J’en avais beaucoup sur ma capacité à faire vivre Anna. Elle parle peu finalement, donc tous ses gestes, tout son corps doivent exprimer une force de résistance. Pour m’approcher d’Anna, je pouvais compter sur Marc Dugain, sur sa franchise quant à la direction d’acteurs. Il ne prenait pas de gants. Si ça n’allait pas, il le disait. Et c’était bien. Il n’y avait pas de complaisance par rapport à ce qu’on était en train de jouer, aux ego. À aucun moment je ne me sentais épargnée parce que j’étais en train de vivre quelque chose de difficile à exprimer. Non, on construisait. Et évidemment, la personne la plus à même à s’engager dans cette voie, à tenir le cap de façon exceptionnelle était André Dussollier. J’ai été totalement émerveillée de jouer à ses côtés. Je n’ai jamais vu quelqu’un travailler comme il travaille.
Ça ne se dit pas. Il ne le dit pas lui-même, parce que le travail lui est aussi indispensable que naturel, et peut-être aussi parce qu’on associe souvent la notion de travail à celle d’effort. Chez lui, c’est un besoin, une éthique. Il demande des répétitions et encore des répétitions. Des prises, et encore des prises. Il n’est jamais satisfait. Dès le premier jour de tournage, il connaissait la totalité de son texte au cordeau. Avoir un partenaire tel qu’André Dussollier, est mieux qu’une aide, c’est un extraordinaire stimulant, il met la barre très haut. De temps en temps, lorsque nous n’étions pas tout à fait contents d’une scène même après plusieurs prises, on se mettait à part, et on se racontait cette scène, pas avec les mots du dialogue, avec nos mots à nous pour en redécouvrir le sens véritable, son enjeu, rafraîchir nos sensations, nos sentiments. Tout au long du tournage Une Exécution Ordinaire, j’ai eu l’impression que nous étions plus ou moins des fous, et c’est peut-être pour cela que je suis particulièrement attachée au film.
Cela fait partie des choses que j’aime dans la vie : s’il n’y a pas de danger, cela ne m’intéresse pas. Mais cette notion de danger était compensée par un état de complicité, d’entraide, de solidarité autour du projet : c’est la première fois que j’ai eu l’impression de faire un film autant avec le réalisateur qu’avec le chef opérateur, autant avec l’ingénieur du son qu’avec le producteur. L’investissement de tous a été sans faille. Oui, Une Exécution Ordinaire est un premier film. Mais je peux dire que Marc Dugain a été notre capitaine.

Entretien avec Marc Dugain, le réalisateur d'Une exécution ordinaire

Votre livre «La Chambre des officiers» a été adapté au cinéma en 1991 par François Dupeyron. Pensiez-vous à ce moment-là devenir un jour vous-même metteur en scène ?

Dans mon parcours, le cinéma a été plus important que la littérature. J’ai toujours été un grand cinéphile et me suis mis à écrire parce que c’est ce qui demandait le moins de moyens. De toutes façons, si j’avais voulu moi-même faire un film à l’époque, personne ne m’aurait fait confiance, si éloigné que j’étais de ce métier-là : j’étais président d’une compagnie aérienne...

André Dussolier nous parle d'Une exécution ordinaire

Un jour on vous appelle, et on vous dit : «André Dussollier, voulez- vous être Staline», quelle a été votre première réaction ?

J’ai répondu : «Vous êtes tombés sur la tête, quelle idée, je ne ressemble en rien à Staline !». Et en même temps, quelque chose en moi disait : «Ce serait un sacré défi tout de même !». J’ai alors précisé au producteur, Jean-louis Livi, que le mieux serait de faire des essais. Ce que nous avons fait dans les meilleures conditions techniques, sans trop appuyer le maquillage, une moustache, une perruque, rien de plus. Une équipe de maquilleurs s’est mise au travail, la date du tournage approchait.