Notes de Prod. : Une jeunesse chinoise

    en DVD le 24 Janvier 2008

Génération Tian An Men

Tian An Men. Pendant six semaines, entre avril et juin 1989, la Chine entière vit au rythme de la grande place pékinoise. Un incroyable vent de liberté souffle sur la ville et sur l’empire du milliard. Un souffle inédit, qui fait chanceler les caciques du parti, une montée de désir libertaire, une danse du bonheur, où étudiants, parents, ouvriers, employés, se donnent la main pour s'ouvrir au monde. Sur la place de quarante hectares, sous des tentes de fortune et abris de bâches, mer de drapeaux rouges et de parasols, résonnent des mots d’émancipation, claquent des bannières aux mots d’ordre insolents. Des milliers de poitrines juvéniles chantent et les cris du coeur, élections libres, démocratie, libertés, volent jusqu'au coeur de la Cité interdite. Le peuple y croit, envoie ses porte-étendards, écoute certains démocrates du parti, dont Zhao Ziyang, encourager la sarabande audacieuse. Les grandes murailles vacillent, le dogme chancelle, la Cité interdite frémit.

A deux pas, D., un de mes amis, professeur aux Beaux-arts, surveille le travail clandestin de ses étudiants: une réplique de la statue de la Liberté, déclinée en quatre morceaux de polystyrène, bientôt érigée sur la place, sous le portrait de Mao. Barbouillé de peinture, le Grand Timonier n’en revient pas. Les Pékinois sont devenus le fer de lance d'un grand soir, le vrai grand soir, qui enterre les dernières bastilles. Comme pour les amants de Lou Ye, “le désir est devenu réalité”.

3 juin 1989. Une première colonne de jeunes recrues est envoyée au casse-pipes sur la place, sans armes. Provocation que n'évitent pas les étudiants. L’occasion pour l'armée de rameuter les troupes, de convaincre les récalcitrants d'imposer l'ordre bafoué. Le 4 juin au soir, un premier mini-tank est envoyé. Il échoue sur les barricades, brûle sous des couvertures en feu. Sous mes yeux, à l’entrée de la Cité interdite, les trois soldats sont lynchés par la foule, ivre de rage, qui sait que l’heure de la vengeance a sonné. Puis déferlent les troupes, par l’ouest. La répression frappe jeunes et vieux, hommes et femmes, mendiants et mandarins. Les rafales résonnent, les étudiants tombent, par centaines, les ouvriers crient, les parents pleurent. Gavroches trahis, les héros de Tian An Men évacuent les lieux du drame. L’ordre règne à nouveau. C’est toute une génération qui voient ses rêves se briser sur les baïonnettes.

Le lendemain, sous les fenêtres de ma chambre, à l’hôtel Beijing, des dizaines d’insoumis sont encore blessés. Un étudiant aux sacs de plastique arrête une colonne de tanks, symbole éphémère d'une résistance qui n’y croit plus. La pluie est arrivée, le désespoir aussi, et les patriotes tremblent de froid. Les dazibaos sont arrachés. Sur les écrans de télévision, filmés par des agents que je croyais être d’innocents promeneurs, défilent les visages des meneurs de la fronde, catalogués comme contre-révolutionnaires, en clair comme « traîtres à la nation ». La délation est en marche. La peur a gagné.

Évoquer Tian An Men devient un délit. Les purges s'installent. Mais dans le coeur de nombreux Chinois le désir de liberté s’est secrètement ancré. A défaut de changer le monde, on rêve d'un nouvel empire, plus humain. Comme si l’esprit, au-delà de la place vide, au-delà des crématoriums et des geôles où croupissent les insurgés, régnait encore. Derrière les barreaux, les mémoires perdurent, en attente d'un procès qui laverait un jour l’affront. Déjà, la famille d'une victime a été indemnisée, prémisse d’une reconnaissance implicite. Les Rimbaud ivres de liberté n’ont pas dit leur dernier mot. Le Printemps de Pékin n’est pas mort, il vit encore dans les âmes.

Olivier Weber, grand reporter, écrivain. Dernier ouvrage paru: La Bataille des anges(Albin Michel).

Entretien avec le réalisateur, Lou Ye

Comment vous est venue l’idée du film ?
En fait, depuis la fin de mes études universitaires en 1989, je pensais écrire une histoire d’amour. J’avais aussi en tête l’image du Palais d’été de Pékin. Le Palais d’été se situe à côté du quartier universitaire. Le point de départ du scénario se résumait donc à l’Université à Pékin, le Palais d’été et une fille qui s’appelle Yu Hong.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 6 223 entrées
  • Cumul IDF : 22 389 entrées

  • 1ère semaine France : 9 871 entrées
  • Cumul France : 38 829 entrées