“La grande réussite de ce film est d’avoir su associer étroitement la réalité, celle du 8 mai 1938, et la fiction, une rencontre amoureuse de deux laissés pour compte de la grande fête fasciste.
Ettore Scola met alors en évidence les rapports entre le fascisme historique, magistralement évoqué par un montage de bandes d’actualités d’époque et un fascisme quotidien, ancré dans la mentalité des petites gens. Le fascisme de la rue et le fascisme des maisons.
Le fascisme comme institution publique et le fascisme comme manifestation privée. Ce qui permet à
Ettore Scola de nous dire qu’un fascisme subtil et insidieux peut survivre à la défaite du fascisme officiel. La liaison entre ces deux aspects de l’oppression est exprimée par une mise en scène aussi simple qu’efficace : la présence d’un énorme drapeau à croix gammée déployé sur la façade de l’immeuble, l’utilisation judicieuse d’un décor naturel (un immeuble caserne classé
“oeuvre du régime”), l’emploi d’une couleur proche des limites du noir et blanc, et surtout la richesse de la bande-son.
Le duo des deux exclus qui se rencontrent, se découvrent, se comprennent et s’aiment, se poursuit sur effet de contrepoint avec un poste de radio qui déverse discours, acclamations et musiques militaires. De simples éléments du décor, comme un portrait de Mussolini patiemment confectionné avec des boutons de couture, ou un album-photo avec citation du genre
“le génie est essentiellement masculin”, contribuant à dénoncer la nocivité d’un régime qui affirme la suprématie de l’
“homme-phallus” sur
“la gardienne du foyer” et qui veut que le citoyen se conforme à la trilogie
“Mari-père-soldat”...
Pour s’assurer un plus grand impact,
Ettore Scola a fait appel à deux acteurs prestigieux dont la performance est liée au succès commercial de
Une Journée Particulière.
Ettore Scola a réussi le difficile amalgame entre la comédie populaire, fidèle aux impératifs du star-system, et le propos politique qui invite à la prise de conscience et à l’engagement. Le tour de force est d’avoir exprimé, avec une telle simplicité de narration, toute la quintessence du fascisme.”