Comment êtes-vous arrivé sur « Une petite zone de turbulences » ?
Grâce à
Brigitte Moidon, la directrice de casting. Elle m’avait repéré pour
Complices de Frédéric Mermoud, un film qui sortira en janvier où j’ai un des rôles principaux aux côtés d'Emmanuelle Devos et de Gilbert Melki. Au départ, Alfred imaginait un acteur un peu plus âgé pour Mathieu, mais nous avons fait une séance de travail qui fut extrêmement enrichissante. On est rentrés dans le vif du sujet tout de suite...
A la fin d'une scène, il me suggérait une intention différente qui donnait un sens plus subtil au texte. On sentait qu'il maîtrisait parfaitement son sujet. Il ne se perdait pas dans des élucubrations interminables sur le passé ou la psychologie des personnages. Dans le travail, il est toujours cool en surface, mais en fait il a l’oeil partout et aucun détail ne lui échappe. Il a confiance en son équipe et c'est très agréable pour tout le monde.
Mathieu, votre personnage, a du mal à s’engager...
Il a peur de s’imposer vis-à-vis de sa famille. Une crainte courante et commune, du moins j’imagine, à pas mal de jeunes homos, tiraillés, encore aujourd’hui, entre leur orientation sexuelle et les souhaits de leurs parents. Le fait que Jean-Paul, le père de Mathieu, pète un plomb, et que tous les membres de la famille se retrouvent entraînés à sa suite dans un tourbillon va bizarrement l’aider à faire son « coming-out ».
Mathieu semble très proche de Cathie, sa soeur, la seule à accepter d’emblée son homosexualité...
Dans la seule scène du film, où ils sont seuls tous les deux, ils sont morts de rire. Ce moment suffit à résumer la complicité de leurs rapports. Il me semble que ce film parle, entre autres, du fossé entre les générations. Jean-Paul et Anne se sont encroûtés dans leur belle maison. Les jeunes essaient de trouver l’amour et leurs parents, de le rattraper.
Comment définiriez-vous les rapports de Philippe et Mathieu ?
Philippe est un intrus au premier sens du terme. Il fait intrusion dans la famille et va bousculer l’a priori aigri et bourgeois de cette famille trop confortablement installée dans des principes démodés. Au départ, comme son père et sa mère, Mathieu prend Philippe pour un abruti, il le surnomme d'ailleurs « Bac moins 6 »! Mais ils apprennent au fur et à mesure à se connaître et à s’apprécier, notamment lorsque Mathieu débarque chez sa soeur et trouve Philippe en train de passer l’aspirateur, ou la nuit, lorsqu’ils ont une conversation près de la cabane qui les rapproche définitivement. Le gay pas totalement assumé et celui qu’on prenait pour un bourrin homophobe découvrent petit à petit l'univers de l'autre et une sympathie naît alors.
Comment avez-vous trouvé votre place au sein de cette équipe ?
Très facilement. On entend souvent dire qu’une comédie nécessite du sérieux et de la concentration pour que les ressorts comiques fonctionnent. C'est vrai qu'il faut être précis et juste, mais cela n'a pas empêché l'ambiance d'être détendue.
Michel Blanc est un acteur que j'admire, il est très minutieux et je trouve son personnage hilarant. Il n’y avait que lui pour rendre la folie de son personnage aussi crédible.
Et les autres ?
Miou-miou est incroyable, elle est tout le temps dans le décalage, dans la rupture, c'est à la fois surprenant et déstabilisant de jouer avec elle. Mélanie, je la connaissais pour avoir travaillé avec elle sur Clara Sheller, la série de France 2, et j’adore sa spontanéité dans le jeu et sa bonne humeur communicative sur le plateau. Gilles, lui, est un acteur qui joue avec ses tripes, mais il est aussi très sensible et il a réussi à rendre son personnage de brute attachant. J’ai ressenti un réel plaisir à me nourrir de ce kaléidoscope de personnalités.