Vous vous préoccupez depuis longtemps de la question du réchauffement climatique. Comment cela s’est-il traduit, et qu’est-ce qui vous a motivé à faire ce spectacle itinérant ?
J’ai commencé à étudier le problème à la fin des années soixante, après avoir été alerté par l’un de mes professeurs de fac, Roger Revelle. J’ai contribué à l’organisation des premières auditions du Congrès sur ce thème à la fin des années soixante-dix, après mon élection à la Chambre des Représentants. J’ai commencé à en discuter avec des dirigeants étrangers au cours des années quatre-vingt et ai organisé un réseau mondial de législateurs pour traiter de ces questions. En tant que Sénateur, puis en tant que Vice-président, j’ai participé à de nombreuses rencontres internationales sur l’environnement, dont le Sommet de la Terre à Rio, en 1992, et les négociations sur le Protocole de Kyoto, en 1997. Une masse croissante d’études scientifiques a renforcé mes convictions et mes préoccupations, m’amenant à entreprendre cette mission d’information pour faire comprendre à tous l’urgence de la crise. Ce travail se poursuit, j’apprends chaque jour à communiquer plus efficacement sur ce problème.
Pourriez-vous nous parler de l’accident qui a failli coûter la vie à votre fils et de ses répercussions sur votre mission ?
L’idée que je risquais de perdre un enfant a été un profond déchirement, mais aussi une leçon. J’ignorais, par exemple, ce secret de la condition humaine : la souffrance rapproche les gens. J’ai découvert que lorsque des personnes qui avaient éprouvé la même douleur me tendaient la main, un lien spirituel se nouait entre nous, qui me permettait de franchir un cap et de guérir. Après cela, j’ai envisagé tout autrement le risque que nous courions de perdre notre précieuse Terre ou de la rendre inhabitable.
Pourquoi Participant est-elle la société appropriée pour produire ce documentaire ? Vous associerez-vous à la campagne d’action sociale qu’elle mènera pour ce film comme pour ses autres productions ?
Jeff Skoll m’a impressionné par sa compétence et sa passion. Sa société occupe une place unique, j’admire son action. La réponse est : oui, je m’impliquerai de très près dans cette campagne. www.climatecrisis.net
Vous dites dans ce film que nous ne devrions pas passer «du déni au désespoir». Qu’entendez-vous par là ?
Notre civilisation en est encore au stade du déni «de catégorie 5». Ce déni commence à céder du terrain, mais une prise de conscience collective de l’urgence et de la gravité de la situation pourrait nous amener à penser que la crise est d’une ampleur insurmontable. Or, il existe des solutions. Une seule chose manque : la volonté politique, mais c’est une énergie renouvelable !
Vous évoquez aussi «une vérité qui dérange». Quel sens précis attribuez-vous à cette formule qui a donné son titre au film ?
Certaines vérités sont difficiles à accepter parce que si vous les entendez vraiment, vous êtes contraint au changement. Ce qui est parfois extrêmement dérangeant.
Nous avons perdu beaucoup de temps en n’affrontant pas directement ce problème dont l’urgence semble maintenant reconnue. On pourrait penser que cela vous déprime, or vous continuez à vous battre et à garder une attitude très positive.
J’ai parfois l’impression d’être dans un de ces feuilletons du muet où de nouveaux périls surgissent à chaque fin de chapitre, mais il y a toute raison d’être optimiste si chacune des personnes qui lira cette phrase s’engage dans le combat. Il ne nous reste plus beaucoup de temps pour changer de cap – mais il nous reste du temps.