Le désir de réaliser un film est venu assez tard dans ma vie. Il y a eu des détours: j’ai été un peu comédienne, un peu costumière, pour le cinéma. Puis j’ai réalisé un court-métrage à la suite duquel j’ai décidé d’intégrer l’Atelier Scénario de La fémis. C’est là qu’est né
Une Vie Toute Neuve.
C’est là aussi que j’ai rencontré
Laurent Lavolé, qui, à la lecture d’une première version, a voulu produire le film. Cette histoire, j’aurais dû l’écrire en coréen, dans ma langue maternelle. Je l’ai perdue, oubliée. C’est en français, dans ma langue d’adoption, que j’ai décidé de le faire en ayant la conviction que la langue du cinéma, langue universelle, viendrait “au secours de mon handicap”. Pour autant, je savais qu’il me fallait le regard et l’écoute de Coréens. Il y a eu alors cette rencontre avec Lee Chang-dong. Sa collaboration à la réécriture du scénario a nourri le récit d’une réa- lité et de voix coréennes auxquelles je n’étais plus rattachée. Plus tard, il en est devenu le coproducteur. Sa présence, constante, tout au long de la fabrication du film, a été une chance alors que je m’engageais dans la réalisation de mon premier long-métrage. Il fut un guide, une inspiration, au-delà de nos accords et désaccords.
Une Vie Toute Neuve s’inspire de l’année que j’ai passée de 1975 à 1976 dans l’orphelinat Saint-Paul de Séoul avec des Sœurs catholiques. S’il est donc difficile de taire la part autobiographique, mon intention n’était pas d’en faire une simple reconstitution. J’ai cherché au contraire à traduire au présent les émotions d’une petite fille face à ces événements extraordinaires, l’abandon et l’adoption. L’année à l’orphelinat est le lieu et le temps d’un entre-deux: entre deux vies, celle d’avant que Jinhee doit apprendre à quitter et celle d’après qu’elle va tout autant apprendre à désirer. À tort ou à raison, je trouvais que seul le cinéma par sa force d’incarnation pouvait traduire ce lieu et ce temps. Très vite, j’ai su que la force du film serait la rencontre avec les enfants, avec celle qui allait incarner la petite Jinhee,
Kim Saeron. Lors de sa première audition, le premier assistant lui a donné une improvisation. Ce qui était frappant, c’était de voir comment, instinctivement, naturellement, elle se servait de son expérience émotionnelle pour entrer dans le jeu. Je ne saurai jamais vraiment ce qui fut de sa part consciente ou inconsciente. C’est un mystère qui reste entier et qui lui appartient. Nous avons tourné dans la continuité du récit et Saeron a découvert les scènes au fur et à mesure que nous avancions dans le tournage. C’était un pari. Mais il y a eu un réel bonheur à la voir s’approprier un personnage aux antipodes de ce qu’elle est, de ce qu’elle vit.