Bien qu’il conserve encore quelques reliques comme Big Ben, le Parlement ou l’Old Bailey, le Londres futuriste de
V Pour Vendetta a sombré dans cet état de déréliction et d’abattement qu’on ne rencontre qu’après un conflit majeur. La ville, comme le reste du pays, porte des traces de plusieurs années d’oppression totalitaire qui l’ont dépouillée de son identité et de sa vitalité. Le couvre-feu, les rationnements, les dénonciations et les internements abusifs entretenant la passivité et la soumission, nul n’ose plus s’opposer au pouvoir de crainte d’être arrêté par « le Doigt », l’omnipotente police secrète de Creedy, et de disparaître à tout jamais.
James Mcteigue et son équipe s’attachèrent à capter ce Londres austère et inquiétant en s’appuyant sur l’image actuelle de la capitale, comme ci celle-ci s’était totalement figée dans le temps.
Réalisé majoritairement en studio,
V pour Vendetta démarra en Mars 2005 aux studios Babelsberg de Potsdam. L’équipe y travailla une dizaine de semaines et filma aussi quelques extérieurs à Berlin avant de tourner les principaux extérieurs à Londres.
Owen Paterson supervisa la conception et la réalisation de 89 décors pour la seule portion allemande du tournage. Parmi ceux-ci : la tour du British Telecom Network, l’ancien arrêt de Victoria Station (..).
C’est sur le légendaire Studio 2, où
Fritz Lang réalisa en 1927
Metropolis, que Paterson installa son décor le plus vaste et le plus élaboré : l’antre de V. Cette labyrinthique et imposante galerie des Ombres Souterraines tient à la fois de la crypte et de l’église.
« Je lui ai donné le contour d’un as de pique du centre duquel partiraient une série de couloirs menant à divers locaux : la bibliothèque, le salon, la cuisine, la salle de séjour et de projection. C’est le genre d’endroit qu’on pourrait trouver dans les sous-sols de la Cathédrale St. Paul ou de l’Abbaye de Westminster et qu’on aurait oublié quelques années après l’avoir mûré ».
Ce repaire de l’architecture Tudor abrite aussi le musée privé de V, où celui-ci a amoureusement rassemblé les livres, toiles, statues et films prohibés par le Ministère de la Décence.
« Car V est aussi le gardien d’une culture en péril. », ajoute
Hugo Weaving.
Owen Paterson contribua aussi avec
James Mcteigue et le directeur artistique Stephan Gessler à la création du masque de V. Cet accessoire figé dans un éternel sourire n’a pas seulement une fonction protectrice. Il renforce la théâtralité d’un personnage au verbe raffiné, friand de citations shakespeariennes et d’allitérations. Mais surtout, il symbolise l’idéal libertaire de V – la plus efficace et la plus redoutable de toutes ses armes.
Owen Paterson s’inspira des dessins de Lloyd (..). Mais, alors que le masque de Lloyd change d’expression à chaque vignette, celui du film n’en arbore qu’une seule jusqu’au bout.
James Mcteigue :
« J’ai opté pour un masque rigide et écarté l’option infographique car je voulais que cet accessoire garde, en dépit de son extrême originalité, une dimension universelle . Je savais aussi que le talent d’Hugo Weaving et de subtils jeux de lumière lui donneraient vie pour qu’il ait le look approprié. ». Le résultat final (..) fut sculpté en argile, réalisé en fibre de verre et peint à l’aérosol pour obtenir une texture « poupée de porcelaine ».