Notes de Prod. : Va, Vis et Deviens

    en DVD le 12 Octobre 2005

Entretien avec Radu Mihaileanu

Quelle est la genèse du projet ?
Comme dans tous mes films précédents, Va, Vis Et Deviens est né de l'idée de combat que doit mener l'être humain pour s'affranchir de lui-même, pour sortir de sa petite carapace qui le serre. Cela a l'air très théorique et réfléchi, mais en fait je ne maîtrise rien, je me fais cueillir par des histoires qui me bouleversent, qui me choisissent autant que je les choisis. J'ai toujours besoin de plonger mes protagonistes dans une situation dramatique forte pour m'obliger à me poser, avec eux, des questions qui me semblent essentielles.

Comment vous est venue l'idée de parler des Falashas ?
Je me souvenais de l'opération de Moise et du rapatriement des Juifs éthiopiens en Israël en 1984/85, mais je n'avais pas pris conscience de l'énormité de cette aventure humaine. Peut-être l'une des plus complexes du 20ème siècle, par les questions qu'elle suscite. C'est grâce à une rencontre avec un juif éthiopien, à l'occasion d'un festival de cinéma de Los Angeles, que j'ai compris que les Falachas étaient restés « les figurants » de cette opération alors qu'ils en étaient les protagonistes. Cet homme à Los Angeles m'a raconté son épopée, son voyage à pied jusqu'au Soudan où tous les Juifs étaient en danger de mort, la vie dans les camps de réfugiés, leur accueil en Israël… J'étais à la fois profondément ému et révolté qu'on en parle pas davantage. Je me suis alors emparé de tout ce qui avait été publié sur les Falashas : j'ai ainsi alimenté mon émotion, mon désir de mieux les connaître et peu à peu, mon envie de leur consacrer un film.

Avez-vous mené un important travail de recherche ?
Je mûris chacun de sujets que j'aborde au cinéma pendant plusieurs mois voire plusieurs années, avant de les développer. Au bout d'un moment, c'est comme si le sujet me prenait par la main et m'invitait au voyage… J'écris alors un synopsis d'une dizaine de page et avec mon co-scénariste, Alain-michel Blanc, nous menons une enquête. Pour Va, Vis Et Deviens, nous avons beaucoup lu et surtout rencontré sur place tous ceux qui s'étaient impliqués dans l'opération Moise : des Éthiopiens, des membres du Mossad, de l'armée et de l'aviation, des sociologues, des historiens, ou encore Gadi Ben Ezer, le seul psychologue qui ait su élucider le mystère de l'âme éthiopienne, et même des Ethiopiens non juifs qui vivent en Israel clandestinement. Nous avons ainsi ramené en France des dizaines d'heures d'enregistrement d'une richesse inouïe qui ont nourri la fiction et inspiré certains dialogues.

Etes-vous d'accord pour dire qu'il s'agit avant tout d'un film autour du lien ombilical, du lien fondamental qui nous relie à la mère ?
Absolument. C'est un film autour de la quête désespérée de la mère, et le film aurait pu s'appeler « l'enfant des mères ». Schlomo a la chance de tomber sur quatre mères exceptionnelles : la sienne, capable de dire « ce n'est pas mon fils », pour le sauver ; la deuxième, juive éthiopienne, qui retrouve une raison de vivre en recueillant Schlomo et en l'arrachant à la mort ; la troisième, la mère adoptive issue d'une autre culture qui accepte de faire un pas vers Sclomo ; enfin, Sarah, l'amoureuse, qui en devenant mère à son tour finit par comprendre Schlomo, et le renvoie vers sa mère originelle.

L'histoire que vous racontez n'a rien d'une « Shoah à l 'envers »…
Israël, qui est un pays d'une superficie équivalente à l'ile-de-France, est allé sauver les Ethiopiens qu'il pouvait sauver. Ce qui ne veut pas dire qu'Israël a voulu condamner les autres, ceux qui sont restés dans les camps soudanais. Il serait trop facile d'accuser les israéliens d'avoir voulu sélectionner ceux qu'ils ont sauvés, alors qu'aucun autre pays ou organisme au monde n'a voulu faire venir en masse des chrétiens ou des musulmans qui mourraient par dizaine de milliers. Le sauvetage des Juifs éthiopiens n'a donc rien à voir avec la Shoah où les nazis sélectionnaient ceux qu'ils envoyaient à la mort.

Entretien avec Roschdy Zem

Qu'est-ce qui vous a intéressé dans le projet de Radu Mihaileanu ?
J'ai été très touché par l'histoire des Juifs éthiopiens et leur déracinement. Quand je transpose cette situation au contexte parisien, j'imagine que c'est ce que doivent vivre les clandestins qui arrivent à Paris… J'ai aussi été attiré par l'idée d'aller tourner en Israël : j'avais envie de quitter le confort du cinéma parisien, pour comprendre un peu mieux par moi-même la situation de ce pays à propos duquel on entend tout et n'importe quoi…