Notes de Prod. : Valse avec Bachir

    en DVD le 04 Mars 2009

Entretien avec Ari Folman

Le film s’inspire-t-il de votre propre expérience ?
Cette histoire est mon histoire personnelle. Le film retrace ce qui s’est passé en moi à partir du jour où j’ai réalisé que certaines parties de ma vie s’étaient complètement effacées de ma mémoire. Les quatre années pendant lesquelles j’ai travaillé sur Valse Avec Bachir ont provoqué en moi un violent bouleversement psychologique. J’ai découvert des choses très dures dans mon passé et en même temps, pendant ces années-là, ma femme et moi avons eu trois enfants. Finalement, j’ai peut-être fait tout cela pour mes fils. Pour que, lorsqu’ils grandiront et verront le film, cela puisse les aider à faire les bons choix, c’est-à-dire de ne participer à aucune guerre.

Faire Valse Avec Bachir était comme une thérapie pour vous ?
La quête de souvenirs traumatiques enfouis dans la mémoire est une forme de thérapie. Une thérapie qui a duré aussi longtemps que la production du film : 4 ans. Au cours de cette période, j’oscillais entre la dépression la plus noire, engendrée par les souvenirs retrouvés, et l’euphorie du projet de film, avec cette animation novatrice, qui avançait bien plus vite que prévu. Si j’étais vraiment passionné de psychothérapie, je penserais que faire ce film m’a transformé en profondeur. Mais je dirais plutôt que réaliser le film était la partie agréable, et la thérapie la partie douloureuse.

Est-ce que les personnages interrogés dans le film sont tous réels ?
Sept sur neuf. Pour certaines raisons, Boaz (mon ami qui faisait ce rêve avec les chiens) et Carmi (mon ami qui vit aux Pays-Bas) ne voulaient pas apparaître à l’écran sous leur véritable identité. Mais leurs témoignages sont réels.

Connaissez-vous d’autres personnes ayant vécu cette expérience ?
Bien sûr. Je ne suis pas le seul. Je pense que des milliers d’ex-soldats israéliens ont enfoui leurs souvenirs très profondément. Ils pourraient vivre ainsi le reste de leur vie. Mais cela peut toujours exploser un jour, causant on ne peut savoir quels dommages. C’est exactement ce que l’on nomme la maladie du stress post-traumatique.

Quelle était votre première intention ? Faire un documentaire ou un film d’animation ?
Cela a toujours été pour moi un documentaire d’animation. Comme j’avais déjà réalisé plusieurs documentaires auparavant, c’était très excitant de se lancer dans ce projet. J’avais eu une première expérience de l’animation dans ma série télé documentaire The Material That Love Is Made Of. Chaque épisode s’ouvrait par 3 minutes d’animation, où des scientifiques évoquaient la « Science de l’Amour ». C’était de l’animation Flash de base, mais cela fonctionnait tellement bien que je n’avais aucun doute sur la possibilité d’étendre le procédé à un long-métrage.

Ce projet était donc pensé à la base comme un documentaire d’animation ?
Oui. Valse Avec Bachir a toujours été un documentaire d’animation. L’idée du film me travaillait depuis plusieurs années, mais le tourner en images « réelles » ne me convenait pas. Qu’est-ce que cela aurait donné ? Un quarantenaire interviewé sur fond noir, racontant des histoires vieilles de 25 ans, sans aucune image d’archives pour illustrer son propos. Quel ennui ! Alors, l’animation m’est apparue comme la seule solution, avec sa part d’imaginaire. La guerre est tellement irréelle, et la mémoire tellement retorse, autant effectuer ce voyage dans la mémoire avec de très bons graphistes.

Comment a été créée l’animation du film ?
J’ai d’abord réalisé un film vidéo de Valse Avec Bachir, tourné en studio puis monté comme un film de 90 minutes. Nous avons alors réalisé un story-board à partir du film, développé en 2300 dessins, que nous avons ensuite animés. Le style de l’animation a été créé dans notre studio, le Bridgit Folman Film Gang par notre directeur d’animation, Yoni Goodman. C’est un mélange d’animation Flash, d’animation classique et de 3D. Il est important de souligner que le film n’utilise pas le système du rotoscope, qui repeint l’image par-dessus la vidéo. Chaque dessin de mon film a été créé de toutes pièces, grâce au talent de notre fantastique directeur artistique David Polonsky et de ses trois assistants.

Que ressentez-vous envers le massacre de Sabra et Shatila aujourd’hui ?
Toujours la même chose qu’avant : c’est la pire des choses qui puisse arriver à des êtres humains. Ce qui est sûr, c’est que les phalangistes chrétiens sont pleinement responsables du massacre. Les militaires israéliens n’ont rien commandité. En ce qui concerne le gouvernement israélien, lui seul connait l’étendue de sa véritable responsabilité, lui seul sait s’il avait été mis au courant à l’avance de cette tuerie vengeresse préméditée.

Et la guerre ?
J’ai réalisé Valse Avec Bachir du point de vue d’un soldat quelconque, et la conclusion est que la guerre est si incroyablement inutile ! Ca n’a rien à voir avec les films américains. Rien de glamour ou de glorieux. Juste des hommes très jeunes, n’allant nulle part, tirant sur des inconnus, se faisant tirer dessus par des inconnus, qui rentrent chez eux et tentent d’oublier. Parfois ils y arrivent. La plupart du temps, ils n’y arrivent pas.

Quelles réactions attendez-vous de la part du public israélien ?
Comme pour tous les films, je trouve qu’il est très difficile d’anticiper la réaction du public. Une chose est sûre : ce n’est pas un scoop pour les Israéliens que l’invasion de Beyrouth ouest en septembre 1982 était inutile et ne rapportait rien. Une énorme tache noire sur notre Histoire. Je suis même prêt à parier qu’Ariel Sharon, en ce moment dans le coma, aurait donné n’importe quoi pour réécrire l’histoire et éviter cette expédition insensée dont il fut l’initiateur. Concernant donc cet aspect du film, je ne m’attendrais à aucun : « Comment ose-t-il dire que nous ne devrions pas avoir été là ? ... » etc. La façon dont l’armée est présentée dans le film pourrait, en revanche, apparaître plus gênante aux yeux du public israélien. On ne trouve aucune fascination, aucune gloire dans le film ; je dirais que tous les interviewés qui apparaissent sont de parfaits anti-héros, à l’exception d’un : le journaliste Ron Ben-Yishai. Mais une fois encore, ce n’est pas un soldat. On pourrait penser qu’à cet égard, le fait que le film soit dessiné pourrait aider les gens qui sont gênés par la façon dont l’armée, ou la guerre en général, sont présentées. Ils pourraient dire : « Ce ne sont que des dessins animés de toute façon ; Donald Duck était aussi un dessin animé n’est-ce pas ? »

A lire : La BD

La BD


David Polonsky, directeur artistique de Valse Avec Bachir, nous offre une approche différente des souvenirs d'Ari Folman au travers de la bande dessinée. Loin d'être une simple série de photos du film d'animation, cet ouvrage donne une nouvelle résonance à l'horreur de ce massacre et à son oubli, sous une forme originale.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 733 entrées
  • 1ère semaine IDF : 55 931 entrées
  • Cumul IDF : 200 684 entrées

  • 1ère semaine France : 131 234 entrées
  • Cumul France : 483 363 entrées