Il était temps de s’interroger sur ce que sont vraiment les vampires, d’aller au-delà d’un bon vieux Bela Lugosi, mais surtout au-delà des films actuels qui nous dépeignent cette race de monstres comme de gentils schtroumpfs. Quoi de tel, pour connaître la vérité, qu’un documentaire d’immersion dans une famille de vampires ? Mon choix s’est naturellement porté vers la communauté de vampires la plus «près de chez nous» : la communauté belge. À aucun moment je n’aurais imaginé que ces morts-vivants puissent dans leur quotidien nous ressembler à ce point, mais, je suis obligé d’admettre que leur part d’humanité est énorme. Je me suis vite retrouvé témoin des tracas d’une famille presque normale, avec ses problèmes de voisinages, de pouvoir, de respect des règles. Pourtant, nuit après nuit, le documentaire que j’étais en train de tourner devenait de plus en plus politique, de plus en plus incorrect. Car nous y voilà, Vampires est une comédie politique, une satire de l’humanité dans laquelle apparences et réalité sont en constante opposition.
Belges, Français, Canadiens, nous connaissons tous des vampires, des hommes et femmes aux dents longues, capables de toutes les pirouettes rhétoriques pour nous sucer le sang. Je ne citerai pas de nom, pas de camp, mais lors des quelques projections publiques, les rires semblaient montrer qu’en chacun de nous un vampire sommeille. Le rire est une façon agréable de s’interroger, presque inconsciente. Ce fut pour moi le cas au cours de cette aventure parfois potache, parfois burlesque, et, je l’avoue, légèrement cynique. L’une des forces du cinéma de genre, c’est sa capacité à communiquer nos angoisses et nos démons sans réel espoir d’en partager les enseignements. Dans Vampires le mélange de trois genres - documentaire, série B et comédie - offre un terrain au divertissement mais propose aussi un regard critique sur nos contradictions, sur nos propres infamies. Les acteurs sont, depuis mes premiers courts-métrages, le centre de gravité de mon travail, ils exacerbent les comportements naturels, il sont le terreau du film. Les acteurs de Vampire avec ou sans «nom que l’on reconnaît dans la rue» sont devenus de véritables vampires sur le tournage. Rencontrez-les, rencontrez-nous...
Vincent Lannoo