Notes de Prod. : Victor

    en DVD le 17 Février 2010

Entretien avec Pierre Richard, acteur principal de Victor

Peut-on dire que Victor marque votre grand retour sur les écrans ?

Je ne me suis jamais véritablement éloigné des plateaux de tournage, même si ces dernières années, il est vrai que j’ai surtout joué des seconds rôles, comme dans Fauboug 36, Le Serpent ou King Guillaume. Victor marque donc mon retour sur grand écran dans le sens où je tiens le rôle pivot d’un film, et qui plus est d’un film populaire.

Ressentez-vous une certaine frustration à ne pas travailler davantage pour le cinéma ?

En aucun cas puisque je tourne en moyenne un film par an et que je multiplie les aventures sur scène. J’ai largement de quoi m’occuper. Si je ne m’investis pas plus au cinéma, c’est par choix : quel intérêt aurais-je à consacrer deux ou trois mois de ma vie à un scénario auquel je ne souscris pas entièrement, sur lequel j’ai des bémols ? Je préfère être patient et attendre un bon projet.

En quoi Victor était-il un bon projet à vos yeux ?

Bien souvent, en lisant un scénario, quand un rôle me plaît, j’ai tendance à ne me focaliser que sur lui et à occulter tout le reste, à ne pas remarquer les failles de l’histoire. Ce sont les proches à qui je demande ensuite conseil qui m’ouvrent les yeux. Cette fois, avec Victor, je me suis autant concentré sur mon personnage que sur la construction, et j’ai été emballé. Une bonne comédie n’est en général rien d’autre qu’une bonne tragédie que l’on décale très légèrement, dont on modifie le prisme. C’est le cas ici et cela m’a beaucoup plu. Au départ, Victor s’apprête à être expulsé de sa chambre de bonne et à se retrouver à la rue. Hormis sa jeune voisine qui lui apporte de la soupe, personne ne se soucie de son sort. À bien y réfléchir, on nage en plein drame. C’est le regard que porte l’auteur sur cette histoire qui la transforme en comédie. J’ai beaucoup aimé le regard de Thomas Gilou, ainsi que la justesse avec laquelle il dépeint notre société.

Victor est un personnage bien plus ambigu que les gentils lunaires que vous avez l’habitude d’interpréter...

C’est justement ce qui m’a attiré. Victor correspond parfaitement au genre de personnage que j’ai envie de jouer aujourd’hui. J’aime sa complexité. J’aime que sa véritable nature se dévoile progressivement tout au long du récit. Il est vieux, il est malade, mais l’on va vite s’apercevoir qu’il n’est pas si vieux et si malade que ça. Il est geignard, il se plaint sans cesse, mais dès que les invités ont fermé la porte, il fait un bond, saute du lit comme un athlète et va se fumer une cigarette. A contrario, quand on le pense malhonnête, arnaqueur, sans cœur, il peut se révéler serviable et avoir un geste généreux. Il est insaisissable, Victor. C’est ce qui fait son charme et son intérêt.

Quel rôle va-t-il jouer au sein de cette famille du XVe arrondissement, les Saillard ?

Victor, c’est aussi une sorte de Boudu aux couleurs d’aujourd’hui. Il est plus calculateur que Boudu, mais il va révéler la nature de chacun ainsi que toutes les mesquineries bourgeoises d’une famille très représentative de notre société actuelle. Victor n’agit pas par méchanceté, il cherche avant tout à servir ses propres intérêts. La mère, qui n’est pas dupe, va immédiatement le prendre en grippe. Elle comprend également qu’il constitue une menace pour l’équilibre de son foyer et que lui non plus n’est pas dupe quant à sa liaison avec le rédacteur en chef de Global. Entre cette femme, une nutritionniste portée sur le bio et les légumes vapeur, et lui, amateur de charcuterie et de viande rouge, la guerre est inévitable. Victor va heureusement trouver des alliés, dont le mari, qu’il va se mettre dans la poche, et les enfants, à qui il apprendra à jouer au poker. Il y a une causticité dans cette comédie qui n’est pas pour me déplaire.

En avez-vous déjà croisés, des spécimens comme Victor dans votre vie ?

Oh oui, plein ! Des énergumènes plus jeunes que Victor, mais qui s’accrochent à vous, qui profitent de vous. Ils sont généralement fainéants, mais aussi très sympathiques et très drôles. Remarquez, s’ils étaient odieux,
ils se feraient virer au bout de deux jours. Comme ils m’amusaient, j’acceptais donc qu’ils vivent à mes crochets, même si au bout d’un certain temps je me rendais compte qu’ils me coûtaient quand même un peu trop cher pour ce qu’ils me faisaient rire.

Le Victor du film est en effet lui aussi sympathique...

Pour ma part, je le trouve même très attachant, malgré ses travers et ses combines. Cela dit, interprété par un autre acteur, il aurait pu apparaître franchement détestable. Ne pensez pas surtout pas que je me jette des fleurs, ce n’est pas mon genre, mais j’ai cette faculté de rendre n’importe quelle ordure sympathique.

Thomas Gilou partage entièrement votre point de vue. Mais à votre avis, d’où vient cette faculté ?

C’est moins une question de talent que de nature. Je n’ai en effet rien d’un héros shakespearien, sombre et torturé. J’aurais bien aimé, mais je ne le suis pas. Je suis solaire, j’incarne le grand blond avec un large sourire et on me donne le bon dieu sans confession. J’ai également incarné un nombre incalculable de fois les timides et les maladroits. Les spectateurs s’attachent à ce genre de personnage inadapté, et ils gardent encore cette image de moi.

Comment vous êtes-vous glissé dans la peau de Victor ?

Hormis une ou deux fois dans ma carrière, je n’ai jamais eu à effectuer un travail de composition. Je n’ai pas eu non plus un grand effort à fournir pour incarner Victor : la barbe, les cheveux longs et la cigarette avec la cendre qui tombe sur le pull-over, c’est moi tout craché. Ensuite, selon les scènes, je n’ai plus qu’à fixer la caméra avec un regard suppliant ou à faire apparaître une lueur de malice dans l’œil, et le tour est joué.

Vous rendez-vous compte que vous avez rarement été aussi émouvant que dans Victor ? Thomas Gilou, le premier, a été bouleversé par votre prestation...

C’est la vie, les coups durs et les emmerdes qui vous apportent cette maturité, ces rides de l’âme. Très peu de cinéastes ont finalement eu la curiosité de creuser en moi pour y entrevoir mes fêlures. Thomas a perçu cette dimension et m’a demandé de l’exploiter, j’en suis ravi. Cela dit, contrairement aux idées reçues, il me semble moins complexe d’émouvoir que de faire rire.

C’est-à-dire ?

Le rire exige une précision et un sens du timing hallucinants, j’avais un trac épouvantable quand je tournais des comédies. Pour émouvoir, il suffit de se souvenir du souci de la veille ou de la personne proche que l’on a perdue il y a huit jours. C’est en tous les cas ma manière de fonctionner.

Saviez-vous que Thomas Gilou, durant les deux premiers jours de tournage, se sentait intimidé face à vous ?

Ah non ? C’est vrai ? En fait, beaucoup de jeunes cinéastes me disent ça, et je continue de m’en étonner. Il me semble néanmoins que j’arrive très vite à les mettre à l’aise. En tous les cas, j’ai pris un plaisir immense à travailler avec Thomas. Il est directif, mais sans être agressif. Il propose, mais il n’ordonne pas. Plutôt que de vous corriger devant toute l’équipe, il a l’extrême délicatesse de venir vous glisser ses suggestions à l’oreille. Ses interventions me paraissaient d’ailleurs toujours justifiées. Alors que ma nature m’incitait à en faire parfois un peu trop, à porter mon personnage plus haut, Thomas, lui me réfrénait, m’invitait à aller vers plus de retenue, vers plus de subtilité, et il avait parfaitement raison. Son calme m’a aussi beaucoup impressionné. Je suis sûr que c’est un angoissé, qu’il était nerveux et rongé de l’intérieur. Je suis sûr qu’il dormait peu et qu’il était épuisé. Et bien malgré tout, à aucun moment il n’a montré le moindre signe de fatigue, de panique ou d’énervement. Il n’arrivait jamais de mauvaise humeur sur le plateau, il parvenait à cacher ses émotions. Les négatives, comme les positives d’ailleurs. Thomas n’est en effet pas du genre à s’extasier à chaque fin de prise. Il a attendu trois semaines avant de me faire un compliment. Mais un compliment magnifique, sincère, et dont je me souviendrai longtemps.

Qu’est-ce qui a été le plus plaisant durant ce tournage ?

Le fait d’être entouré de nombreux autres comédiens ! Au cours de ma carrière, j’ai la plupart du temps tenu le haut de l’affiche tout seul ou en tandem. Là, je me suis régalé à donner la réplique à de multiples acteurs, à tourner des scènes de dîners avec huit personnes. J’ai également fait de belles rencontres. Sara Forestier et Clémentine Célarié ont fait preuve d’une énergie incroyable. J’ai adoré la drôlerie aristocratique de Lambert Wilson. Quant à Antoine Duléry, il me rappelle le grand Michel Serrault, qu’il imite par ailleurs très bien.

Quelle place tiendra Victor dans votre filmographie ?

Une place essentielle. Je considère un peu ce film comme une antichambre : il m’a donné l’envie, le goût voire la certitude que je peux encore gravir les échelons de la tragédie. Bien qu’il reste dans le registre de la comédie, Victor est un héros plus sombre et plus ambivalent que mes personnages habituels. J’aimerais maintenant essayer de jouer un type odieux, une ordure indéfendable. Cela serait un pari formidablement excitant.

Propos recueillis par Laurent Djian Global

Notes de tournage de Victor

Le 5 Septembre 2008 - Pierre Richard est adopté

L'acteur français Pierre Richard interprétera un octogénaire adopté par un couple formé par les comédiens Clémentine Célarié et Antoine Duléry dans le prochain film de Thomas Gilou intitulé Victor. La société de production Vertigo a également indiqué la présence de Sarah Forestier et Lambert Wilson au générique.

Entretien avec Thomas Gilou, réalisateur de Victor

Qu’est-ce qui vous a intéressé dans le roman de Michèle Fitoussi, dont Victor est adapté ?

Farid Lahouassa, le producteur de Vertigo, m’a conseillé de le lire. C’est un roman très vivant, truffé de répliques savoureuses et souvent assez cinématographiques. L’idée de le transposer sur grand écran et de travailler le scénario avec, notamment, Lisa Azuelos, dont j’apprécie le travail, m’a immédiatement séduit. Je trouve cette histoire à la fois dense et originale, elle aborde une multitude de sujets de société, dont un qui me paraît crucial : comment s’occuper des personnes âgées ? Il existe de moins en moins de structures pour les accueillir alors que de plus en plus de vieux souffrent de solitude, n’ont pas de famille et se retrouvent dans une situation de précarité. C’est notamment le cas de Victor, qui risque de devenir SDF s’il ne trouve pas fissa une solution. Le roman m’a d’autant plus intéressé qu’il parlait de cette réalité avec légèreté et humour.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1er jour IDF : 3 045 entrées
  • 1ère semaine IDF : 22 438 entrées
  • Cumul IDF : 30 300 entrées

  • 1ère semaine France : 99 045 entrées
  • Cumul France : 147 315 entrées