Au début du film, Mélanie est décrite comme une fille qui a “une nature, mais une nature ratée” !
Ça correspond à la genèse de Mélanie, c’est-à-dire à une succession d’erreurs et de choses pourries (rires). Elle n’est pas victime, mais les événements lui glissent dessus: elle est effectivement ratée, mais elle s’en fiche un peu. À partir de l’instant où elle en a pris son parti, elle l’assume... sauf qu’à un moment donné, elle se rend compte qu’être trop gentil ne paye pas. Il y a une phrase dite par le narrateur: “On ne peut pas être rond dans un monde carré”. C’est très juste et Mélanie réalise qu’elle veut aussi sa part du gâteau de la vie.
Est-ce que devenir “vilaine”est vraiment la meilleure solution pour s’en sortir?
Je ne sais pas si c’est la bonne, mais au moins Mélanie agit. Elle prend une décision, et même si le choix est hasardeux, elle va jusqu’au bout des choses. Elle s’engage dans une révolution intérieure, contre les autres. Elle découvre le pouvoir du “non”, les gens tels qu’ils sont, comme par exemple sa mère qui est une adolescente attardée. Elle se fait plaisir en expulsant tout ce qu’elle a gardé pour elle pendant vingt-cinq ans.
De toutes les vacheries perpétrées par Mélanie, laquelle a été la plus jouissive à jouer?
J’aime beaucoup l’épisode du musée de la porcelaine, où elle se venge de Blandine, interprétée par
Joséphine De Meaux. Cette histoire ne figurait pas au départ dans le scénario, elle est arrivée en cours de route. J’adore quand Mélanie menace Blandine de lui péter ses porcelaines si elle expulse les petits vieux de la maison de retraite pour y installer son nouveau musée.
Est-ce que vous vous êtes autorisée à pousser loin le bouchon de la composition comique?
Oui c’est arrivé. Pas tellement lors des diverses vengeances, mais plutôt par petites touches, le temps de quelques plans. Par exemple, lorsque Mélanie fonce à l’aéroport, la tête hirsute et l’œil au beurre noir, pour y retrouver Innocent. Lorsque je me mets à crier son prénom, j’en fais un peu des caisses (rires). Ensuite, quand Mélanie rentre dans la salle de sport pour se faire belle, avant sa rencontre avec “Prince charmant”. Elle n’arrive pas à se servir d’un appareil de gym: c’est le genre de scène jubilatoire, parce qu’il n’y a aucun dialogue qui t’oblige au réalisme. On a également rajouté des effets comiques dans les scènes où Mélanie est seule face à son ordinateur, pour discuter avec “Prince charmant”.
Dans le même registre, il y a la scène très “pretty Woman”de l’essayage des tenues de Mélanie pour son rendez-vous amoureux...
C’est vrai, mais plus généralement, c’est un film où j’ai eu la chance de pouvoir jouer des millions de choses, en passant par le film d’action, le film d’horreur, le film d’aventures, la comédie et la comédie romantique. Je me retrouve poursuivie par une folle accrochée à son radiateur, je saute d’une fenêtre en pleine déprime : c’est l’occasion de se défouler au niveau du jeu, parce qu’on est davantage dans le burlesque que dans la comédie.
Avoir l’opportunité de faire plusieurs films en un, était-ce évident à la seule lecture du scénario?
Totalement. C’est le premier scénario de comédie qui m’a fait rire rien qu’en le lisant: un vrai régal ! Avec
Vilaine, on renoue avec des comédies à l’ancienne, à la Louis de Funès, où le comique de situations est primordial. Selon moi, soit on reste ancré dans une réalité, et cela peut être très drôle comme
Le Goût Des Autres, soit on va à fond dans l’improbable. Aujourd’hui, il y a un entre-deux dans le cinéma français qui manque d’audace et de dérapage.
Vilaine y va franco, comme peuvent le faire des comédies américaines avec Jim Carrey, et ça fait du bien.
Vous êtes quasiment de tous les plans, mais la place accordée aux seconds, voire aux petits rôles, est toute aussi importante pour l’univers du film...
Je trouve cela indispensable. Il faut que les seconds rôles aient de la matière et des situations à jouer. Quand j’ai rencontré Allan et Jean-Patrick, ils tenaient à s’entourer d’une troupe de comédiens. Monter un scénario ou un film sur un seul acteur, ça ne marche pas. Dans
Vilaine, il n’y a plus de seconds rôles, ce sont des personnages inséparables du film, comme le trio infernal qui me fait hurler de rire. J’ai eu très peu de scènes avec elles, mais en les regardant tourner ensemble, ça fonctionne parfaitement. Elles sont très caricaturales, mais c’est un compliment, parce que la caricature touche à l’essence d’un personnage et signifie que l’on est parvenu à le cerner. Quand je voyais Frédérique, Joséphine et Alice, je ne voyais pas les actrices mais les personnages: elles ont toutes les trois réussi une vraie composition.
Est-ce qu’il y a eu une émulation respective entre vous quatre?
On a bossé en amont pour accorder nos violons. Sur le tournage, on a beaucoup diversifié les prises, d’abord en allant trop loin, puis en ajustant les effets, enfin en étant très sobres. Ca laissait le choix à Allan et à Jean-Patrick. Finalement, on ne s’est pas posé tant de questions, on s’est amusé à jouer les situations. Faire les choses puis en discuter, c’est une méthode
qui me plaît, alors qu’en général c’est l’inverse qui se produit.
Allan Mauduit et Jean-patrick Benes étaient aussi friands des propositions d’acteurs...
Oui et surtout, ils sont jeunes! Ils n’ont pas les mêmes valeurs, règles et tabous que les réalisateurs du cinéma dit “installé”. Par exemple, tout le monde pouvait regarder les rushes, ce qui est très rare. Ils sont ouverts, tout en ayant leurs idées et convictions, et ils ne se comportaient pas comme une entité au dessus de l’équipe. Il y avait vraiment l’idée et l’envie d’accomplir ce film à plusieurs.
Comment les décririez-vous: deux gourmands de cinoche, des auteurs bien barrés ou de grands adolescents?
Des ados... même si Allan était davantage le papa. Ils sont très complémentaires, parce que Jean-Patrick est un mec assez direct alors qu’Allan prend davantage de pincettes pour parler du jeu. Lorsqu’ils n’étaient pas d’accord, chacun prenait parti pour l’un ou pour l’autre : c’était à la fois vivant et hors des convenances. Aucun d’eux n’était figé à un poste. Comme c’est leur premier film, ils savaient où ils allaient mais passaient parfois par mille circonvolutions pour te l’exprimer. Ils croyaient souvent que les comédiens étaient comme de la porcelaine qui peut casser à tout moment et qu’il fallait manipuler avec précaution. C’était drôle et touchant.
Est-ce que, visuellement, le film correspond à ce que vous en aviez imaginé ?
Les situations et la manière dont Allan et Jean-Patrick les ont filmées correspondent parfaitement à ce que j’avais en tête : c’est un univers bariolé qui n’est jamais kitsch ou excessif. Prenez la déco du bar de Martinez, une vraie station-service de routiers à l’ancienne, qui est crédible et juste ponctuée de quelques touches absurdes. C’est aussi une comédie où l’esthétique des costumes est fondamentale. Par exemple, j’avais un costume caractéristique de “la Mélanie d’avant”, et c’était la même chose pour les autres rôles. C’est important parce que cela permet de cerner rapidement les personnages. Quand un personnage est réussi, on l’identifie tout de suite à sa silhouette, à son esthétique.
Il y a un fil conducteur dans les comédies que vous avez tournées jusqu’à présent : l’empreinte d’un auteur aux partis pris prononcés.
En même temps, je les choisis parce que l’on me les propose. Mais c’est vrai que je suis attirée par les premiers films parce que les cinéastes tâtonnent et que c’est agréable de tâtonner avec eux. J’aime jouer des situations, même bancales ou tirées par les cheveux; j’aime me faire surprendre. Lorsqu’on me demande quel type de rôle j’attends, je réponds: “Celui que je ne connais pas, qu’on va me proposer demain et auquel je n’avais pas pensé”. C’est la réaction que j’ai eue en ouvrant le scénario de
Vilaine. Je pense que je n’aurai pas deux fois dans ma vie un rôle comme celui-là.
Si vous deveniez vilaine pour de bon, quelle serait votre toute première mauvaise action?
Je ne ferais pas cette interview (rires). Donc vous voyez, je suis très gentille!!!