Lettre d’Ida Dalser à Benito Mussolini
Je ne te demande pas grand chose : mon fils, et la sortie immédiate de cet asile putride, de cet horrible sanatorium, où tu n’as pas le droit de m’enterrer [...], mes affaires [...], mes meubles, et tout mon intérieur de l’appartement de Milan dont mon fils aura besoin... Cesse de faire insulter la mère de ton fils, ne serait-ce que pour avoir la conscience en paix, et pour l’esprit des ténèbres qui viendra te rendre visite chaque nuit [...].
Benito, écoute le cri de ma conscience. Nous nous sommes aimés, passionnément adorés, nous sommes unis par le lien du sang, et à cause de toi je me bats contre vents et marées, tu as éteint ma belle et robuste jeunesse. À la fin de la lettre, quelques allusions à sa soi-disant déficience mentale : Ce n’est pas la peine de faire semblant. Tu sais très bien que mes facultés psychiques sont très bonnes comme elles l’ont toujours été... Mon Dieu ! Comme ils avaient raison quand ils me disaient de te quitter, car tu étais suspect à tout point de vue. Mais tu m’intimais l’ordre de me taire avec toutes tes explications [...]. Tu as souffert, je sais, tu as pleuré, mais à chaque fois tu te raccroches à de nouvelles machinations diaboliques [...]. Inutile de puiser la force de lutter dans le mensonge, tous les hommes ne sont pas des imbéciles [...], et qui sait si un jour tu ne finiras pas plus en lambeaux que tes victimes. Que le Ciel te sauve de cet infâme marché qui a fait de nous deux innocents [...]. Ah ! Mourir sans pouvoir à nouveau serrer mon fils dans mes bras ! [...]. Va donc, Duce ! Tu n’es qu’un misérable !
Lettre d’Ida Dalser au préfet de Trente
Excellence,
Que mon cri de désespoir vous parvienne avec cette lettre. On tue une femme, mais on ne peut l’insulter indéfiniment. Néron et Caligula n’auraient pas osé pousser le cynisme aussi loin. Depuis quatre ans, le Docteur Baroni et ses acolytes se moquent de moi : je ne peux même pas m’imaginer traîner une vie tourmentée sans un rayon de soleil. Aux dires de ces canailles, il semblerait que les frères Mussolini m’aient vendue pour toujours et qu’ils seraient à l’origine de tous les supplices qu’on m’inflige. C’est un tel méli-mélo qu’il faut vraiment que Votre Excellence, à qui j’ai écrit six lettres en vain, intervienne. Ils m’ont bâillonnée, droguée, fait trembler de froid en m’enfermant à double tour dans une cellule privée d’air - et jamais de promenades -, injectée dans le bras gauche du poison pour me faire plier à leurs exigences. Je suis une pauvre morte étendue dans son linceul sous un bloc de pierre, dans l’attente que s’ouvre ma tombe pour serrer contre moi ma sainte, ma divine créature que j’adore. Venez [...], venez vite, tout de suite [...]. Qui ne connaît pas les tortures d’une mère ne sait pas ce qu’est la douleur ! Ah ! Qui sait où est enterrée ma pauvre créature ? Peut-être a-t-elle disparue de ce monde dans les pires tortures ? Et ce père qui s’ignore ! Moi, je peux bien mourir [...], mais pas lui. Lui, mon fils, n’a pas demandé à venir au monde et personne ne peut et ne doit lui imposer le calvaire de sa pauvre mère. Et il ne comprend toujours pas que nous représentons la force politique et morale de ceux qui l’entraîneront dans l’abîme.
Lettre d’Ida Dalser au Pape
L’homme que j’ai adoré, défendu, soigné quand il était malade, suivi telle une ombre dans les meetings, dans les manifestations, quand il était sous les coups et les tirs, sur les places de Milan, par les gardes de Giolitti ; tout en priant et en invoquant la fin des duels, et en le rendant père d’une adorable créature qui est tout son portrait. Et tout ça ? Non pas pour ses richesses ! S’il avait été au milieu des flammes ou sous une rafale de balles, j’aurais volé à son secours [...]. Il n’était pas encore cet homme inique, mais un vrai ange [...], un génie abandonné que j’ai accueilli chez moi en dépit de tous les complots fomentés contre lui ; je l’ai adoré, il m’a adoré, il promettait de faire de moi la femme la plus enviée. Mais, moi, je ne demandais rien d’autre qu’ être la plus aimée...
Lettre d’Ida Dalser à Albertini (Directeur du “Corriere della sera”)
Pour le fils de Benito Mussolini, directeur et propriétaire du journal «Il Popolo d’Italia». Réduite à une extrême misère, après avoir été exploitée, puis abandonnée par le père de mon fils, directeur et propriétaire du journal «Il Popolo d’Italia», j’en appelle à la générosité du journal «Il Corriere della sera» pour qu’il accepte d’ouvrir une souscription en faveur du fils de Mussolini, ne pouvant plus moi-même subvenir aux besoins du fils de l’homme qui m’a exploitée et du lâche qui m’a jetée sur le pavé avec ma petite créature. Alors que lui, il croule à présent sous l’or, avec ses fameux «acolytes» et administrateurs Clerici et Morgagni. La mère du petit Benetino Mussolini.