Notes de Prod. : Vipère au poing

    en DVD le 20 Avril 2005

Deux questions à OLGA VINCENT

Comment est née l'idée de cette adaptation cinématographique du plus célèbre roman d'Hervé Bazin ?

C'est un projet auquel je songeais depuis trois ans. J'avais d'abord pensé à l'adapter pour le petit écran. Mais mon compagnon, Jean Pierre Alessandri, producteur, m'a encouragée à aller plus loin. Il a été du reste très présent artistiquement sur le film. Pour acquérir les droits, j'ai ainsi rencontré Maître Pierre Hebey, écrivain lui-même, et représentant de l'Académie Goncourt, à qui Bazin avait confié le droit moral de son œuvre. Je savais que je ne voulais pas tirer l'histoire vers un drame. Ce qui me séduisait, c'était l'énergie vitale qui s'en dégage, et même son humour. Pierre Hebey connaissait bien Philippe De Broca, et quand il m'a proposé de le rencontrer, j'ai tout de suite été intéressée. Un homme de comédie dans une histoire a priori dramatique, cela ne pouvait qu'être riche. Enfin, j'adore “ Le Cavaleur ”pour son désenchantement. Et puis j'avais vu “ Le Jardin des plantes ”où on suivait une histoire du point de vue d'une petite fille. Il y avait là des choses magiques du monde de l'enfance très réussies. Travailler à l'écriture avec Philippe fut un plaisir. Il est resté curieux et ouvert, malgré sa grande carrière. Le casting a été construit autour de Folcoche. Tout a été alors très vite avec Rezo (les bien nommés pour ce film). Philippe a réalisé un film sensible et plus personnel qu'il ne le croit sans doute lui-même. Sans doute aussi parce que ce milieu des Rezeau, il le connaît par cœur et, comme Bazin au fond, il a une certaine tendresse pour ces gens.

Qu'est-ce qui vous attirait tant dans ce livre ?

D'abord, sa violence et sa modernité. L'action a beau se passer chez des bourgeois des années 20, ce qu'il raconte nous concerne. “Vipère au poing” est un récit sur l'enfance, la révolte et l'apprentissage de l'âge d'homme. C'est un grand roman de haine, mais aussi, d'amour. Universel, intemporel et en ce sens c'est un "classique". Ce n'est pas un hasard s'il a connu un si grand succès, plus de 4 millions d'exemplaires, et s'il est toujours étudié dans les lycées.
Il parle de la famille et de l'importance de l'amour, en décrivant une famille qui étouffe de ne pas savoir s'aimer. Il parle aussi de l'éducation, un thème qui nous préoccupe tous, même si la situation est ici paroxystique. Enfin, la dimension humoristique du livre m'intéressait beau- coup. L'humour chez Bazin naît d'une certaine distance et défense par rapport aux événements décrits, un trait qu'il partage avec Jules Renard (“Poil de carotte ”)ou Jules Vallès (“ L''Enfant ”), autres écrivains de l'enfance malheureuse. Folcoche est une cousine des marâtres des contes de Grimm et de la Mère Mac-Miche. On adore la détester. Il y a un comique de situations, souvent cocasses, parfois tragi-comiques -la noyade de Folcoche -il y a le côté " clan " et " guerre " des enfants contre leur mère, , et puis toute une galerie de personnages hauts en couleurs croqués, épinglés sans pitié -mais sans haine -comme les mouches de Monsieur Rezeau. Enfin c'est un roman d'un optimisme incroyable :il montre que quelque chose de sublime peut sortir de ce chaos, puisque Brasse Bouillon devient écrivain. Nous assistons à la genèse d'un artiste.

ENTRETIEN AVEC PHILIPPE DE BROCA

Comment avez-vous réagi quand on vous a proposé ce drame, vous, le cinéaste de la comédie légère ?

J’ai d’abord été surpris, puis je me suis dit que ça pouvait donner lieu à un exercice de style intéressant. Je connais bien la rivalité fils-père, pour l’avoir vécue, comme fils d’abord, puis comme père. Mais j’ignorais cet aspect beaucoup plus profond, plus grave :la rivalité fils-mère, le contraire même de ce qui semble logique et universel, la mère étant la femme qu’on adule a priori. J’y ai découvert un thème passionnant, poussé à son paroxysme par Bazin, et qui pouvait faire la force du film. J’ai commencé par redévorer le livre en soulignant tout ce qui était fort. Puis on a travaillé à deux, avec Olga Vincent. En général, plus je me mêle du scénario, mieux je me porte. L’adaptation m’a semblé évidente. On a même repris des scènes entières. Le fait que l’histoire soit racontée du point de vue des enfants permettait de tirer le décor vers quelque chose de fantasmatique, avec une maison un peu magique, des recoins sombres, des choses inquiétantes … On devait rester proches de la nature, , avec des animaux, comme dans les contes avec leurs méchantes reines. Dans un film comme ça, il faut garder des éléments de magie : une chouette, des ombres, tout ce qui peut faire naître la peur, mais sans qu’on ait vraiment peur.

Deux questions à CATHERINE FROT...

Avez-vous été surprise qu’on s’adresse à vous pour incarner une mère aussi monstrueuse ?

Non. Pas plus que pour le personnage du film de Coline Serreau “Chaos” ou pour celui du film de Lucas Belvaux “Cavale”. Je me suis toujours sentie très divisée entre comédie et tragédie comme mes personnages de Yoyo à Folcoche. Philippe De Broca m’a dit un jour qu’il aimait beaucoup voir les acteurs de comédie interpréter des rôles tragiques. En cela peut-être, je devais lui correspondre. Quand il m’a proposé le rôle, j’ai su qu’il s’agissait d’un grand personnage de femme.