Notes de Prod. : Viva Cuba

    en DVD le 08 Décembre 2009

Entretien avec Juan Carlos Cremata Malberti

Comment est née l’idée de Viva Cuba ?
J’étais en train de préparer un autre film avec Manolito Rodrìguez (avec qui j’ai déjà écrit plusieurs scénarios), un film musical intitulé Candela, quand nous nous sommes rendu compte que c’était un projet possible mais assez cher. C’est alors que, devant la perspective de nous asseoir en attendant des temps meilleurs, nous avons repris cette vieille idée de faire un film avec des enfants – chose qui n’avait jamais été faite dans notre pays – avec un schéma de production plus alternatif que celui utilisé dans l’industrie, c’est à dire en utilisant la technique numérique et avec la coproduction de la Télévision Cubaine.

C’est un film familial…
Oui, Viva Cubaest un film familial. Non seulement parce qu’il peut être vu en famille mais aussi parce qu’il est réalisé par presque toute ma famille. Depuis toujours, ma famille s’est consacrée au travail avec les enfants. Ma mère, Iraida Malberti, est réalisatrice à la télévision des émissions pour enfants – elle a été primée de nombreuses fois – mais aussi chorégraphe et pédagogue. Elle a co-réalisé Viva Cubaavec moi. Mon frère aîné, Carlos Alberto, est le directeur de la célèbre compagnie de théâtre pour enfants à Cuba, La Colmenita. Il joue un petit rôle dans le film mais surtout La Colmenita est co-productrice du film. Mon cousin Guillermo s’est occupé de la direction artistique, tout comme sur mon premier film. Mon autre cousin, Amaury, a travaillé sur la musique et il y a même ma grand-mère qui a joué le rôle de la grand-mère de Malú dans le film.
Je crois que Viva Cubaest une conséquence et un hommage au travail réalisé depuis toujours par l’ensemble de ma famille avec, par et pour les enfants.

En quoi Viva Cubaest-il une expérience de production nouvelle et différente par rapport aux films habituellement tournés par les cinéastes cubains à Cuba ?
Je ne crois pas que Viva Cubasoit une expérience nouvelle mais plutôt une expérience inhabituelle par rapport à ce que l’on a l’habitude de faire à Cuba où c’est, normalement, l’ICAIC (Instituto Cubano de Arte e Industria Cinematogràfico) qui est l’organisme responsable de la production des longs-métrages de fiction. Mais plusieurs tentatives ont déjà vu le jour dans ce sens et, grâce à Dieu, elles continuent d’exister. Elles proposent toujours un point de vue intéressant, et c’est aussi plus en accord avec nos conditions de production et même nos conditions de vie.
Mais c’est sûr que cela a été une expérience inhabituelle. Nous avions juste une petite équipe de 15 personnes travaillant à temps plein et pour nous déplacer à travers le pays, un peu à la manière guerrillera, nous n’avions qu’un seul bus avec tout dedans, mais avec beaucoup d’amour ! Le fait de filmer en numérique avec la caméra Panasonic 100 AE en 25 images PAL – nous savions que le transfert en 35mm se ferait aux Laboratoires ECLAIR à Paris – était quelque chose d’inhabituel parce qu’à Cuba, on tourne en 24 images NTSC. Le fait même que la Télévision Cubaine nous soutienne pendant tout le tournage était insolite pour une société qui est habituée à produire des émissions et des séries télés. Mais moi qui suis né à la télévision, j’ai toujours voulu y retourner pour y faire quelque chose de grand : un film pour les enfants, avec des enfants, avec la télévision !
Après, il y a eu l’appui et la coproduction de QUAD Productions à Paris, sans lesquels on n’aurait rien pu faire, en particulier grâce à Eric Brach qui a cru au projet depuis le début et qui l’a fait sien. Il s’est vraiment battu pour que nous ayons ce film aujourd’hui.
Viva Cuba est aussi un film pionnier car c’est le premier film cubain dans lequel les enfants sont les personnages principaux. Et il continue d’être un film inhabituel après sa sortie car en recevant le Grand Prix Écrans Juniors, il est devenu le premier film cubain à être primé à Cannes. C’est devenu un gros succès à Cuba. Un an après sa sortie, il a été vu par des milliers de personnes et a obtenu une vingtaine de prix nationaux et internationaux.
Enfin, Viva Cuba est un film inhabituel parce qu’il fait partie de ces rares films qui peuvent plaire à la fois aux enfants et aux adultes. C’est même plus que ça, les parents doivent le voir car c’est un appel à considérer l’opinion des enfants au moment où les adultes prennent des décisions importantes. Et cela est établi par la Convention Internationale des Droits de l’Enfant adoptée par l’ONU.

Comme dans votre premier long-métrage NADA +, Viva Cuba traite de la question de l’exil. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
Je vis en permanence avec le thème de l’exil puisque j’habite juste en face du parc où l’on fait la queue pour obtenir les visas américains !
C’est un problème qui est devenu plus aigu à Cuba après le triomphe de la Révolution et qui n’a pas cessé d’exister depuis. Cependant, je ne crois pas que ce soit un problème uniquement cubain. Il arrive tous les jours des dizaines d’émigrés africains sur les côtes espagnoles et les Mexicains traversent tous les jours la frontière vers les Etats-Unis… Le phénomène de l’émigration est universel mais à Cuba, il a de fortes résonances politiques. Avec Manolito Rodrìguez, nous avons toujours essayé d’éviter la localisation du conflit. C’est une histoire qui peut se passer dans n’importe quel endroit et, en même temps, c’est le reflet de la réalité cubaine. L’histoire du film est un conflit humain et ce qui est important pour moi, ce n’est pas de juger s’il faut s’en aller ou s’il faut rester à Cuba mais, plutôt, de prendre en compte l’avis des enfants au moment de prendre une décision aussi importante que celle de les déraciner de leur culture et de leur histoire. Il y a le même message dans Nada +. D’une certaine manière Viva Cuba est l’enfance de Nada + …

Déjà dans Nada +, cette idée de l’enfance était présente en filigrane avec les effets d’animation réalisés directement sur la pellicule. C’est un univers qui vous est proche ?
Peut-être parce que j’ai essayé de rester un enfant le plus longtemps possible, peut-être parce que les artistes sont des enfants endormis et éveillés, peut-être parce que j’aime beaucoup la manipulation de l’image et surtout parce qu’avec Viva Cuba comme avec Nada +, on voulait faire appel à l’artiste, c’est à dire à l’enfant qui est à l’intérieur de chaque spectateur. L’intervention et le travail sur l’image déjà filmée m’ont toujours intéressé. Avec Viva Cuba, grâce à l’univers imaginatif des enfants, c’était le film idéal pour ce jeu de combinaisons entre animation et réalité. Le jour où j’ai découvert l’œuvre de Norman Mac Laren, j’ai commencé à l’adorer. Je crois que l’animation est la base du langage cinématographique. Par ailleurs, c’est ainsi que je peux peindre un ciel plein d’étoiles avec la pointe de mes doigts…

Comment avez-vous choisi vos deux jeunes interprètes et comment les avez-vous dirigés ?
Je les connais depuis qu’ils ont cinq ans et j’ai toujours voulu faire un film avec eux. Ils font partie de La Colmenita, la compagnie de théâtre pour enfants que dirige mon frère.
Ce qui est amusant, c’est qu’ils n’ont jamais lu ou appris le scénario, ils n’ont jamais lu l’histoire, même si tous les deux la connaissaient plus ou moins. Je devais justement lutter contre la formation théâtrale qu’ils avaient acquise, je n'ai pas voulu qu'ils étudient le texte mais, en contrepartie, je me suis un peu laissé porter par eux, en essayant juste de faire ressortir leur spontanéité et en évitant ce qui sonnait faux.
Une scène comme celle du pet n’existait pas dans le scénario original. Elle est née grâce à eux. Cependant, je dois dire que j’ai filmé presque exactement le scénario original mais j’ai toujours su que je devais partir d’eux. C’est pour cela que je dis souvent que j’ai plus appris d’eux que ce que je ne prétendais leur enseigner. En même temps, c’était un jeu, l’occasion de redevenir un enfant. On s’est donc beaucoup amusé. En plus, on a eu l’occasion de tourner dans des endroits où personne n’avait encore filmé, comme la Pointe de Maisi, que tous les Cubains connaissent mais que peu d’entre eux ont visité. En cela aussi, le film était pionnier et, pour moi, cela a été aussi l’occasion idéale de mieux connaître mon pays.

Dans le film, les enfants sont issus de deux familles bien différentes…
Oui, c’est vrai. La représentation sociale du pays fonctionne ainsi : d'un côté, une population religieuse et traditionnellement bourgeoise et, de l'autre, des habitants plus modestes et fils de la Révolution. La petite fille est issue d’une famille havanaise établie qui a une histoire derrière elle, une culture. Cette famille aisée, bourgeoise avant la Révolution, possédant une grande maison, n’est absolument pas favorable à la Révolution et veut donc partir. À l’opposé, la famille de Jorgito, très révolutionnaire, et qui n’est pas de La Havane, vit plus modestement en appartement. Malú est une enfant de parents divorcés qui s’entendent sans doute bien, alors que Jorgito est le fils d’un couple marié mais dont les conjoints se disputent sans cesse. Cette famille révolutionnaire, très intégrée, absolument pas religieuse, est déchirée par les conflits et les discussions incessantes. Du côté de Malú, le grand-père était maire de Régla, la grand-mère avait de l’influence. Mais, avec la Révolution, ils ont perdu le pouvoir et vivent le même quotidien que les parents de Jorgito.
Viva Cuba fonctionne comme l’histoire de Roméo et Juliette, avec deux familles qui se détestent. Leur aversion vient de loin, d’avant. Nous espérons que pour le public étranger ces différences sont claires, comme elles le sont pour nous.

Dans quelles conditions le film est-il sorti à Cuba et comment a-t-il été reçu par le public ?
Cela a été un succès énorme à Cuba. Il y a des enfants qui n’arrêtent pas de le voir. Le film a été distribué en numérique dans 125 lieux différents et même dans les endroits reculés où le film a été tourné. Ce genre de distribution aussi large n’avait jamais été possible auparavant. De plus, la Télévision Cubaine, en tant que productrice, a pu le diffuser deux fois sur le réseau national à des horaires de grande audience, si bien que le film a été vu par presque tous les Cubains. Ce qui est agréable aussi, c’est de voir le bon accueil en Grèce et dans tous les pays où le film a été projeté : au Guatemala, en Corée, en Allemagne, au Brésil, aux Etats-Unis, en Italie, en France, en Australie, en Suisse, etc.

Quels sont vos prochains projets ?
On ne sait jamais, j’essaie d’écrire un scénario que j’ai intitulé Dieu Seul Le Sait, comme ça, à chaque fois qu’on me demandera quel est mon prochain projet, ce sera sympathique de répondre : Dieu seul le sait !
J’ai les droits de l’adaptation d’une pièce de théâtre d’Hector Quintero qui s’appelle EL PREMIO FLACO et je rêve de faire l’adaptation du roman de Carlos Montenegro HOMBRES SIN MUJER. Mais on ne sait jamais exactement ce que l’on fera, peut-être parce que tout cela n’est qu’un processus de recherche et surtout de rencontres. N’ai-je pas dit au début que Viva Cuba n’était pas le film que nous préparions ?

Propos recueillis en Août 2006

les Prix en festival

Grand prix des Ecrans Juniors
Cannes Cinéphiles 2005
Prix d’interprétation féminine pour Malú Tarrau Broche
8ième Rencontres du cinéma sud-américain de Marseille
Prix Spécial du jury
Festival International du nouveau cinéma Latino-Américain de la Havane 2005

Le Cinéma à Cuba

Le cinéma cubain est né avec la Révolution castriste qui lui a donné structure et moyens à travers la création en 1959 de l’ICAIC , l’Institut Cubain de l’Art et de l’Industrie Cinématographique. Et parce que « dans un pays socialiste, le cinéma signifie un puissant moyen d’éducation des masses », tout est fait pour que le plus large public y ait accès : là où il n’y a pas de salle, on envoie des Cine Mobiles ; la place de cinéma coûte moins de 10 centimes d’euro.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 3 088 entrées
  • Cumul IDF : 5 928 entrées

  • 1ère semaine France : 5 605 entrées
  • Cumul France : 13 139 entrées