VIVE LA VIE est un film par lequel vous êtes directement concerné ?
Effectivement, c'est un projet que je suis depuis plusieurs années. J'ai connu Yves au Festival d'Avignon il y a près de 25 ans, je faisais du mime dans la rue et lui vendait des objets en bois au marché des artisans. C'était la fin de sa période hippie et moi je débutais comme comédien. Il s'est inspiré de ma propre histoire, de notre amitié, elle s'intègre dans le récit. La fiction l'emporte ensuite sur la réalité. Certaines scènes me sont vraiment liées, notamment celle du samouraï, qui était l'un de mes numéros.Yves en avait d'ailleurs déjà tiré un court-métrage,
Harakiri. Je me suis également produit dans les hôpitaux pour divertir les enfants malades. Il a aussi repris l'anecdote de
L'Un Dans L'Autre, un court-métrage que j'ai tourné avec Isabelle Candelier où nous nous retrouvions coincés alors que nous faisions l'amour, enfin là il ne s'est pas appuyé sur des faits réels ! Quand il a commencé à s'attaquer à VIVE LA VIE, j'ai suivi toute l'aventure.J'ai lu les différentes versions du scénario et j'ai trouvé immédiatement son écriture son style, très pertinents. Il a toujours eu une perception très artistique des choses et, lorsqu'il travaillait, je le sentais insatisfait. Il a enfin trouvé sa voie et j'espère qu'il pourra poursuivre ce cheminement car il a un vrai talent.
Rachid est-il proche du Zinedine d'aujourd'hui, de votre propre personnalité ?
Ce qui m'intéressait c'était de montrer une nouvelle facette de ce que je sais faire et ce rôle était un véritable cadeau. En même temps, j'ai eu heureusement la chance de mener une carrière différente, d'évoluer, de rebondir. Je n'ai pas ce côté défaitiste, quelque peu passif de Rachid qui, à près de quarante ans, n'a guère évolué professionnellement, il se ment à lui-même en se faisant croire que la vie est belle. J'aurais eu du mal à accepter de stagner de la même façon, c'est une situation qui m'aurait déprimé. Je crois beaucoup plus que lui en la vie, en mes capacités, il n'a pas confiance, c'est la raison pour laquelle il n'arrive pas, je pense, à avancer. En même temps, j'étais justement attiré par son côté perdu, sa mélancolie. Il aime ce qu'il fait mais rêve d'une situation plus stable. Il veut être un artiste, rester libre et gagner plus d'argent, on ne peut pas toujours tout avoir et ce paradoxe, ce tiraillement était intéressant à défendre. Je me suis évidemment inspiré de ma propre histoire mais, lorsqu'il se retourne et qu'il dit qu'il en a marre de faire le clown, ce n'est pas moi. Si j'avais ressenti la même chose, j'aurais arrêté du jour au lendemain. C'est une contradiction brutale et très poétique, c'est un personnage émouvant, qui m'a profondément touché.
Vous avez du coup abordé ce film avec nostalgie ?
Je ne suis jamais dans la nostalgie. Quand une situation me renvoie à mon passé, je m'en sers sans éprouver le moindre regret et le rapport avec le personnage était ici beaucoup plus technique, cela m'a fait plaisir de reprendre certains de mes numéros, de retrouver certains de mes costumes, de me maquiller comme à l'époque. C'était vraiment mon propre maquillage et c'est moi qui me suis maquillé, c'était amusant de retrouver ces gestes qui furent les miens pendant pas mal d'années.
Au-delà de votre propre personnage, qu'est-ce qui vous a séduit dans cette histoire ?
Cette spirale entre ces différents personnages qui ont quasiment tout pour être heureux, qui ne le sont pas et dont le mal être va être remis en question par cette jeune fille pleine de vie qui est face à la mort. C'est cette insatisfaction très représentative de la vie sociale et sentimentale de notre époque qui m'a plu.
Ces trois personnages ne réussissent pas à communiquer les uns avec les autres, un sentiment auquel vous vous êtes déjà heurté ?
Ils sont tous orgueilleux, ce qui les brime, les empêche d'avancer et génère, de façon inconsciente, une espèce de jeu presque pervers. C'est souvent malheureusement le cas dans la vie. C'est dur de se laisser aller, d'exprimer par des mots ses sentiments. Personnellement j'y arrive rarement, je suis plus souvent dans la réserve, ce qui est d'autant plus dommage que les actions ne suffisent pas toujours et soulèvent au contraire parfois certains malentendus, surtout dans les rapports amoureux.Yves se pose toujours beaucoup de questions sur le sens de la vie, les rapports humains, il a une réelle sensibilité et perçoit tout autant le désarroi des femmes que celui des hommes.Moi, j'ai du mal à me remettre en question, j'ai plus tendance à fuir.
Un tournage marqué également par de nouvelles rencontres, des nouvelles amitiés ?
Porté surtout par une réelle complicité entre les comédiens. Didier, je le connaissais très peu, nous nous étions juste croisés, je ne savais pas vraiment qui il était, il est difficile à saisir au premier abord, il se protège derrière une façade comique. C'est en fait quelqu'un de très tendre, de très lucide et donc forcément assez triste parfois mais c'est également quelqu'un qui aime s'amuser, qui ne s'écoute pas et adore avancer en délirant, tout comme moi, Alexandra ou Armelle. Nous parlions vraiment tous le même langage, nous allions dans le même sens, sans cabotiner, en essayant de travailler pour la vérité.
Vous semblez comblé par cette nouvelle expérience ?
Honnêtement, c'est vraiment le cas, dans l'ensemble ce fut un tournage formidable, amical, chaleureux et je défends un rôle qui me tient beaucoup à cœur.