Rorschach n'en possède pas moins un des accessoires les plus voyants de cette histoire : un masque blanc maculé de taches d'encre noire évanescentes, à la façon d'un test de Rorschach animé.
Michael Wilkinson : "Ce masque a été l'aboutissement d'un long et délicat travail. Nous avons mis au point une technique d'impression sur un Lycra à quatre épaisseurs possédant la texture légèrement rugueuse d'une toile à peindre, mais assez élastique pour donner au masque un contour ovoïde. C'est sur ce tissu que l'équipe effets numériques a créé ces fabuleuses taches d'encre mobiles. Un bel exemple de collaboration entre costumes et effets numériques." Pour peaufiner l'effet, des capteurs de mouvement furent appliqués sur la totalité du masque, à l'exception des yeux, afin de permettre à
Jackie Earle Haley de se repérer. "C'est fascinant de le voir communiquer autant d'émotions avec son corps et sa voix et à travers ce masque qu'il s'est totalement approprié", s'émerveille
Deborah Snyder. "Les mouvements des taches d'encre s'accordent si bien à son jeu que le masque devient un prolongement vivant de Jackie." L'équipe effets visuels, supervisée par John "DJ" DesJardin, rythma le "morphing" des taches en fonction des scènes et selon les indications de Snyder. "Nous avons essayé de calquer les expressions de Rorschach sur les dessins de
Dave Gibbons", indique DesJardin. "Ces taches ne sont pas d'un noir uniforme. Leurs contours sont grisâtres, et animés de telle sorte qu'on a l'impression de voir les taches émerger de l'étoffe puis s'y perdre, et ainsi de suite."
Zack Snyder : "Les effets visuels font partie intégrante de ce film, qu'il s'agisse d'amplifier des décors en dur ou d'incruster des dirigeables dans le ciel, de donner vie au masque de Rorschach ou au corps de Manhattan. DJ a réussi l'exploit d'approcher cette énorme entreprise en solutionnant un a à un les problèmes dans une optique quasi artisanale." Mais les effets numériques les plus sophistiqués n'auraient pu donner vie au Dr. Manhattan s'ils ne s'étaient appuyés sur le remarquable travail de l'acteur.
Deborah Snyder : "Ce personnage était notre principal challenge. Il fallait créer une sorte de dieu terrestre émettant une étrange lumière bleuâtre et dont la taille variait de 1,75 mètre à... une trentaine de mètres. Il fallait un acteur exceptionnellement discipliné et concentré pour surmonter les contraintes physiques imposées par les capteurs de mouvement. Billy a fait des prodiges."
Lloyd Levin : "Manhattan est un personnage étonnant, fascinant, mais je n'avais jamais ressenti dans le livre les émotions que Billy m'a fait vivre sur ce film. Je pourrais adresser le même compliment à ses partenaires, dont le jeu est en parfaite osmose avec le matériau d'origine." Les partenaires de Crudup ne pouvaient compter sur les effets numériques pour modifier leur apparence. Ils durent aussi se préparer physiquement aux scènes de combat en suivant chacun un programme de mise en forme personnalisé sous la direction du chef cascadeur Damon Caro, qui avait déjà travaillé avec Snyder sur
300.
"Nous avons étudié chaque personnage pour définir son style propre", indique Caro. "Tous les acteurs s'y sont investis avec une énergie et un enthousiasme réjouissants. Pour
Malin Akerman, qui n'avait jamais rien fait de tel, nous avons mis au point une série d'exercices et l'avons fait s'entraîner en tandem avec sa doublure, Bridgett Riley, experte en boxe et kickboxing." "Bridgett m'en a fait baver, mais j'ai adoré ça", rapporte l'actrice. "À la fi n de la première semaine, je me demandais dans quel guêpier je m'étais fourrée, mais c'est devenu beaucoup plus facile par la suite, et j'ai pris un réel plaisir à assimiler la chorégraphie du combat. Cela a fait émerger un côté insoupçonné de ma personnalité et m'a vraiment aidée à entrer dans le personnage."
"Rorschach étant masqué, nous pensions que le plus simple serait de le doubler dans les scènes d'action", poursuit Caro. "Mais Jackie était décidé à tout jouer. Il m'a convaincu de ses aptitudes physiques et de sa remarquable maîtrise des arts de combat, et nous l'avons finalement utilisé dans quantité de scènes."
Patrick Wilson, alias Dan Dreiberg/le Hibou, devait jouer alternativement dans deux registres opposés : douceur et menace, ce qui lui imposa un régime spécial. "Je devais être en forme pour les bagarres, mais également grossir d'une bonne douzaine de kilos pour incarner cet homme légèrement enveloppé", dit l'acteur. "J'ai donc renoncé à mes joggings pour faire de la musculation et suggérer chez Dan un certain degré de mollesse." "Nous avons beaucoup exigé de nos acteurs", se souvient
Herb Gains : "mise en forme, longues séances de grimage, perruques, maquillages spéciaux, costumes volumineux et inconfortables. Autant de contraintes auxquelles chacun s'est docilement plié."
Les demandes ne furent pas moindres pour le directeur photo
Larry Fong et le chef monteur
William Hoy, compte tenu de la complexité visuelle du film, de l'extrême stylisation des effets et de l'intensité des scènes d'action. "Zack avait dessiné des plans très précis sur ses storyboards", indique Fong. "Je me suis évertué à appliquer ce style dès la scène d'ouverture." "La notion de symétrie jouait un grand rôle dans le roman graphique", rappelle
Deborah Snyder. "Zack s'en est inspiré dans ses compositions. La meilleure approche était de filmer à une seule caméra en ne se servant quasiment jamais de la Steadicam et en travaillant les cadres comme des vignettes de comic-book."
"Chaque plan est hypercontrôlé", poursuit
William Hoy. "Nous voulions coller à certaines images légendaires du roman graphique, en imprégner l'esprit du spectateur, mais sans empiéter sur les émotions ex- primées par les personnages." Outre les héros bien connus des aficionados, le film fait intervenir brièvement de nombreuses stars ou figures historiques, dont les Présidents Kennedy et Nixon, Mick Jagger, David Bowie, Annie Leibowitz et les Village People – autant de personnages dont les maquillages spéciaux furent réalisés sous la direction de Greg Cannom. La musique joue également un rôle majeur dans cette fresque, tant pour en situer les diverses époques que pour faire revivre chez le spectateur les images et émotions liées à celles-ci. La BO regroupe une série de chansons classiques d'artistes de légende comme Nat King Cole, Billie Holiday, Simon et Garfunkel, Jimi Hendrix et Janis Joplin. Le groupe My Chemical Romance interprète sa propre version de "Desolation Row" de Bob Dylan. La partition du film est de
Tyler Bates. "Toutes ces composantes font de Watchmen - Les Gardiens une entreprise colossale à la logistique extrêmement lourde", souligne
Lloyd Levin. "Zack l'a assumé sans broncher. Il savait ce que représente «Watchmen» pour tant de gens, mais cela ne l'a jamais intimidé."
"«Watchmen» n'est pas seulement important pour les fans de comics", précise
Deborah Snyder. "C'est aussi une grande création littéraire, et nous espérons que le film donnera à tous les spectateurs l'envie de découvrir ou redécouvrir ce roman graphique qui contient encore tant de choses que nous ne pouvions mettre à l'écran."
Et
Zack Snyder de conclure : "C'était un privilège de porter à l'écran cette œuvre qui a marqué un vrai tournant. Deborah, moi-même et toute l'équipe avons eu un immense plaisir à mener à bien ce projet de longue date. Le "pourquoi" de ce film tient en une série de toutes petites questions morales qui débouchent sur UNE question majeure à laquelle il n'y a pas de vraie réponse. La fin du film est destinée à lancer un débat et à susciter des interrogations en chacun. Le roman graphique vous amène à vous demander qui sont les bons et qui sont les méchants. J'espère que le film aura cette vertu. Qu'est-ce qui fait d'un homme un héros dans le monde réel ? La réponse est souvent moins évidente, moins tranchée qu'au cinéma. Watchmen - Les Gardiens ne vous livre pas la solution clés en main, il ne vous facilite pas la tâche, et cela me semble la bonne démarche."