Notes de Prod. : What's up, doc ?

Entretien avec Peter Bogdanovich, réalisateur de What’s Up, Doc ?

Après La Dernière Séance et Directed By John Ford, le choix de réaliser une comédie peut paraître inattendu. Qui a décidé de faire What’s Up, Doc ?

J’ai toujours admiré Howard Hawks qui alternait les genres avec aisance. Barbra Streisand avait vu un montage non définitif de La Dernière Séance. Nous nous sommes rencontrés et elle voulait que nous tournions ensemble, à la Warner, une sorte de comédie dramatique que je n’aimais pas vraiment. Je venais de faire un drame et je souhaitais quelque chose de plus léger. Elle venait de faire une comédie et voulait tourner un drame. Finalement, John Calley, le directeur de la production de la Warner à l’époque m’a appelé dans son bureau et m’a demandé quel film je souhaitais faire avec Barbra. J’ai répondu « Une comédie comme L'Impossible Monsieur Bébé, une screwball comedy ! ». Calley a répondu simplement : « Vas-y, fais ce film » et c’est comme ça que tout a commencé.


Comment la presse et le public ont-il reçu What’s Up, Doc ? Le film a-t-il été un succès ?

J’ai reçu des critiques formidables et le film est vite devenu très populaire. En fait, il est devenu le second meilleur film de l’année 1972 aux Etats- Unis, en termes de recettes, derrière Le Parrain de Francis Ford Coppola. Ce film reste le meilleur succès au box- office de toute ma carrière.


Qu’est-ce qui vous a le plus influencé pour faire votre propre « screwball comedy » ?

Les « Screwball comedy » d’Howard Hawks, Leo McCarey et Preston Sturges ont été mes plus fortes influences. La grande scène de poursuite à la fin est bien entendu inspirée de Buster Keaton.


Pouvez-vous nous en dire plus au sujet de cette fameuse scène de poursuite?

J’ai senti qu’il y avait besoin d’une grande scène un peu explosive dans la seconde partie du film. Je me suis dit qu’une scène de poursuite « à la Buster Keaton » ferait l’affaire. Il était important que toutes les valises et tous les gens se rencontrent dans un grand mouvement et c’était le plus grand mouvement auquel nous pouvions penser. Dès le premier jour de tournage à San Francisco, John Calley a appelé et a dit qu’ils avaient eu un budget pour la scène de poursuite, mais que cela allait coûter un million de dollars. Il m’a alors demandé s’il y avait moyen de réduire le coût. Je lui ai répondu que ça risquait de coûter même plus cher ! Après tout, c’était la pièce maîtresse du film, la chose dont tout le monde allait parler. En clair, je lui dis que ça serait une erreur pour le film de lésiner là-dessus. Alors, en directeur de studio avisé, John m’a dit « Okay, Peter ». À l’arrivée, ça a bien coûté un million. Nous avons passé quatre semaines à tourner ces douze minutes, mais c’est vraiment le clou du film et cela justifiait sans hésitation son coût exorbitant.


Parlez-nous des acteurs du film. Quel grand couple de cinéma aviez-vous en tête ?

Barbra était à l’origine du projet. À l’époque, elle vivait avec Ryan O’Neal et voulait partager l’affiche avec lui. J’ai rencontré Ryan et l’ai trouvé très sympathique, mais surtout capable d’autodérision. Vraiment, Ryan reprenait le Cary Grant à lunettes de L'Impossible Monsieur Bébé et de Monnaie De Singe des Marx Brothers. Barbra jouait la Barbra cinglée, comme Katharine Hepburn le faisait d’elle-même dans L'Impossible Monsieur Bébé. Pour rire, je lui avais dit que si on tournait une comédie avec Jerry Lewis et Dean Martin, elle prendrait la place de Jerry Lewis... Elle n’a pas vraiment apprécié. Le reste des acteurs étaient choisis scrupuleusement parmi des gens vus à New York et Los Angeles. Madeline Kahn (Eunice Burns) n’avait jamais fait de films avant et je l’avais trouvée drôle lors d’une rencontre à New York.
J’avais vu Kenneth Mars (Hugh Simon) dans Les Producteurs de Mel Brooks et j’ai pensé « Ce type est hystérique, prenons-le ». J’ai aussi vu Austin Pendleton (Frederick Larabee) à New York et je l’ai trouvé suffisamment excentrique pour un rôle de millionnaire. J’ai donc eu la liberté de choisir tous mes acteurs. C’est aussi la première fois dans l’histoire du cinéma que les cascadeurs sont au générique. Je l’ai fait sans l’accord des studios car j’ai trouvé que leur contribution était vraiment primordiale sur ce film.


What’s Up, Doc ? ressort en France. Que pensez-vous des comédies actuelles ?

Je suis très heureux que What’s Up, Doc ? retrouve le grand écran en France. Le meilleur moyen de voir une grande comédie est sur grand écran avec du public. Je ne pense pas que le film soit daté, car nous avions réellement fait attention à évacuer toute référence contemporaine. Aussi, j’avais fait classer le film Tout Public aux Etats-Unis, histoire que toute la famille puisse y aller. Car je pense que le rire forme des liens affectifs, pourquoi en exclure les enfants ? Les comédies récentes sont plus basées sur le rire brutal que sur des mises en situation qui dépendent des personnages. C’est vrai qu’il faut méticuleusement construire ces mises en situation humoristiques pour mieux les détruire ensuite, comme dans la tradition classique d’Hollywood de la « screwball comedy ».

What's up, doc : Des Marx Brothers à Bugs Bunny

What’s Up, Doc ? est un échantillonnage à peu près complet des multiples avatars du comique américain. Efficace lorsque, à travers le personnage de Barbra Streisand, il rend hommage à un comique de destruction et de provocation qui va des Marx Brothers aux fabuleux cartoons des années 50 qui voyaient s’établir le règne incontesté de Bugs Bunny ou de Woody Woodpecker, le film de Bogdanovich l’est d’autant plus quand il prétend utiliser les conventions de la comédie : le quiproquo et la confusion des objets.

Hommage à Hawks et à Keaton dans What's up, doc ?

Voici une comédie folle, hommage à Hawks, à Lubitsch, et parfois même, dans la mécanique, à Feydeau, un film qui renouvelle, au moment où l’on n’y croyait plus, la veine de la comédie américaine des grandes années 1940, avec un goût perfide pour la citation hommage pastiche. (...)