Notes de Prod. : Whatever Lola Wants

    en DVD le 14 Janvier 2009

Mélinda Gillet : professeur de danse

J’ai rencontré Nabil Ayouch à Paris où il préparait son film. Je lui ai apporté deux éléments : un flip book représentant une danse serpentine de Loïe Fuller et un extrait de trois minutes d’un de mes solos pour lui parler de mon parcours et mon expérience. Puis nous avons évoqué nos danseuses et professeurs préférés au Caire : Randa Kamal et Aïda Nour.

Pour incarner Lola, je pensais qu’il fallait choisir une actrice sans formation de danseuse, qui ait de la présence à l’écran et qui arrive à faire couler la danse orientale dans ses veines.

En visionnant le dvd des « Lolas » castées, je m’étais fait une grille d'évaluation notant la musicalité, le rythme, la grâce, la posture, l'aisance, le magnétisme, la dissociation, la technique, la mémoire, les courbes, l'harmonie... Toutes avaient le sens du rythme, mais Laura avait un plus, l’espièglerie. Les grandes solistes égyptiennes sont souvent malicieuses. Il y a chez elles une grande part d’humour et d’autodérision.

Il fallait enrichir le vocabulaire du corps et de l’esprit pour élargir la palette des possibles pour que Lola crée son propre style. Sa danse devait être intuitive, organique et non pas mécanique. Pour une acharnée du travail comme Laura, c’était une révolution de travailler de la sorte et d’écouter son corps pour avancer, souvent dans le plaisir et non dans la douleur.

En danse orientale, il n'y a pas de diplôme pour enseigner, pas de terminologie propre et presque autant de méthodes que de professeurs même si on retrouve une base commune. L'apprentissage de cette danse se fait par mimétisme, elle ne s'explique pas, elle se ressent et s'expérimente. Ensuite, il y a les spécificités propres à chaque danseuse comme la hanche Surya Zaki, le tour à la Dina, le pas Randa. Il y a également les influences de la danse classique avec ses arabesques, demi pliés, pirouettes, pas chassés.

Laura a suivi un entraînement intensif de quatre heures de modern jazz et de danse orientale par jour. Pour un corps qui n’avait jamais dansé c’était très dur. Il a fallu travailler la souplesse, les muscles, l'endurance et la relaxation mais également arriver à maîtriser et à faire travailler indépendamment les différentes parties de son corps sans perdre la fluidité du geste. Puis lier tous les mouvements pour que le résultat soit le plus naturel possible.

La danseuse doit comprendre, vivre, répondre et respirer avec la musique. Il faut savoir où se placer pour être à l’aise dans l’espace sonore, apprendre les différents rythmes et reconnaître les différents styles musicaux, se rendre compte de l’importance du silence omniprésent, suspendre un mouvement, le ralentir, respirer pour raconter quelque chose de singulier et surtout chanter la musique et le rythme car en danse orientale on ne compte pas.

Je lui ai appris les bases et les différents styles inclus dans le « raqs sharqi ».

On parle de « danse du ventre » mais en fait tout est concentré dans l’immobilité, de la tête aux pieds. Les mains sont très importantes car elles terminent les mouvements. L’œil ne peut pas les rater. Elles sont essentielles et surtout elles peuvent nous trahir. On remarque d’ailleurs une débutante à ses mains. Pour remédier à ce problème, je faisais tenir à Laura des petites soies « little flames » jaune, orange et rouge entre les doigts pour la forcer à danser jusqu’aux bouts des doigts…

La danse orientale doit être une discussion passionnée entre la danseuse, les musiciens, les spectateurs, et le divin qu’on appelle le « Tarab ». Cela parle souvent d'amour et du fil de la vie. D’où l'importance de pouvoir lier ses mouvements pour s'exprimer sans heurts, avec la douceur du miel qui coule, puis pouvoir s'arrêter, réfléchir et répéter ou réagir avec la puissance de l'océan et les embruns. C'est refléter toute la force et la fragilité de l'Homme et la liberté à laquelle il aspire.

Il faut s'intégrer dans l'espace, se voir comme faisant partie d'un tout, l'univers. La soliste est le centre de toutes les énergies qu’elle transforme et rediffuse.

Lors de la dernière scène de danse du film, je retenais mon souffle et j’ai eu les larmes aux yeux en voyant sa prestation. Je me souviens de la jouissance de la voir prendre son envol.

Je dois avouer que le travail avec Laura et le résultat ont été au-delà de mes espérances. Jamais je n’ai partagé avec quelqu’un aussi intensément et intimement. Je suis convaincue que la danse de Lola doit autant à la place Jamaa el Fna et ses travestis avec leurs cymbalettes de doigts, qu’à nos chauffeurs de taxis, qu’aux litres de sueur, qu’au gardien du parking sur la place en bas de l’appartement, qu’à nos repas au guacamole et taboulé que nous nous préparions, qu’à Patsy Klein, qu’à l’appel du muezzin, qu’aux danseuses au Caire, qu’à nos quatre heures quotidiennes de danse.

Note d’intention du réalisateur

Un échange, un rapprochement, une rencontre

« La seule image du Monde arabe véhiculée aujourd’hui par les médias occidentaux passe par la guerre, le terrorisme et l’extrémisme religieux. Ce qui nous amène à penser que c’est tout ce que le Monde arabe propose.

Nabil Ayouch nous parle de son film

Extrait de Narcisse Et Goldmund de Hermann Hesse

« Goldmund : Tu parles toujours de différences – j’ai constaté, à la longue, que c’est là ce qui te caractérise le mieux. Lorsque tu parles de la grande différence qui existe par exemple entre toi et moi, j’ai toujours l’impression que cette différence ne consiste en rien d’autre qu’en ton bizarre acharnement à découvrir partout des différences.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 366 entrées

  • 1ère semaine France : 38 515 entrées