Parcours
Dans un premier temps j’ai étudié les arts plastiques à l’université et par un concours de circonstances je me suis tourné vers la réalisation. J’ai passé plusieurs années à travailler pour la télévision, en réalisant des documentaires, des émissions sur l’art, le sport, le théâtre et j’ai même conçu quelques génériques. Je me suis ensuite dirigé vers la publicité, mais l’envie de cinéma a toujours été présente. C'est à cette période que j'ai rencontré
Shane Smith, le scénariste de
White Lightnin’. Nous étions en vacances au Costa Rica et nous avons fait le pari qu'un jour nous ferions un film ensemble.
Origine du projet
Quelque temps après être rentré en Angleterre et lui à New York, il m’a envoyé une nouvelle complètement déjantée écrite dans le dialecte de Virginie-Occidentale. Elle se présentait comme un long monologue autobiographique et psychotique dont nous avons tiré un scénario…
Une histoire vraie ?
La première fois que j’ai lu cette nouvelle, je ne savais pas que Jesco
White existait. L’histoire de cet homme luttant sans relâche contre ses démons est un récit terriblement intense. Ce qui m’a profondément touché c’est le combat de cet homme qui tout au long de sa vie n’a eu de cesse d’affronter le pire tout en essayant d’être un homme bon. Je me suis identifié à certains aspects de sa personnalité. Lorsque nous avons appris avec Shane que Jesco
White était vivant, nous sommes allés le rencontrer. Nous avons pu l’interviewer plusieurs fois, il nous a raconté de nombreuses anecdotes sur sa vie. Et certaines sont dans le film…
Partis pris formels
Je voulais que les scènes surgissent de la mémoire de Jesco, un peu comme des flashes. Ces ellipses incarnées par des fonds noirs représentent également son inconscient, ses trous noirs, les fragments de ses souvenirs manquants. Ils étaient là dès l’écriture. J’ai choisi de désaturer les couleurs afin de donner au film un aspect légèrement surréaliste et intemporel. J’ai également travaillé différentes textures afin de suggérer les nombreuses réalités dans lesquelles évolue Jesco. Certains des événements qui se produisent dans le film lui arrivent réellement, d’autres sont inventés, certains sont des souvenirs ou alors lui sont racontés. Nous avons différentes relations avec toutes ces pensées qui se mélangent dans nos esprits. Un jour quelqu’un m’a décrit le film comme étant « un sombre conte de fée », cela m’a plu. Pour moi
White Lightnin’ s’apparente plus au mythe, frôle l’expressionnisme et se veut intemporel…
Son et musique
Les morceaux de Hasil Adkins ont été intégrés dès l’écriture du récit. Ce qui est drôle c’est qu’Hasil et Jesco étaient voisins…. Le rock’n’roll de l’homme-orchestre fou qu’est Hasil Adkins est parfait pour le film. On le surnomme le parrain du psychobilly et son influence sur la musique est considérable. Les Cramps ont même fait une reprise de son titre «She Said» qui est dans le film. Je n’avais pas idée de la folie que pouvait atteindre certains de ces morceaux avant d’entendre les hurlements râpeux et distordus dans la séquence où Jesco commence à perdre la raison. Puis
Nick Zinner, des Yeah Yeah Yeahs s’est joint à nous un peu avant le début du tournage. Il a lu le scénario, il m’a apporté des maquettes et j’ai immédiatement aimé ses propositions. Lors du tournage, lorsque je souhaitais créer une atmosphère particulière, notamment lors de la séquence du rituel à la fin du film, j’ai voulu tourner avec cette musique en in sur le plateau, un peu à la manière de Sergio Leone. J’ai travaillé avec Nick sur la bande son du film. Le thème au violoncelle qu’il a proposé est devenu la référence principale de la personnalité de Jesco. Il a également composé l’ambiance musicale dissonante qui illustre son esprit torturé. Nous avons évidemment utilisé de la musique folk des Appalaches, principalement lorsque D Ray ou Jesco dansent. J’aime beaucoup le contraste qui se crée entre cette musique tout à fait innocente et les autres morceaux du film. Il y a également des titres Western classiques comme «Honky Tonk Angel », qui est le thème de Cilla, ainsi que des morceaux rock plus récents. Robert du groupe Black Rebel Motorcycle Club est un ami; il m’a laissé utiliser quelques uns de leurs morceaux, comme le très beau titre «Restless Sinner» que l’on peut entendre au générique.
Voix off
Les spectateurs ne s’en rendront sans doute pas compte, mais la voix du prêtre que l’on entend tout au long du film est celle de Hudd (le vieil homme de la fin). Cette voix est également la voix intérieure de Jesco, représentant les flammes éternelles de l’enfer. Elle exprime l’une des multiples personnalités de Jesco, une vocifération de son esprit provenant d’un Dieu vengeur . Je voulais exprimer l’idée qu’un esprit perturbé peut s’approprier des principes religieux, les détourner et produire quelque chose de démoniaque. Dans le film, Jesco expérimente cette force supérieure qui l’enferme dans une spirale où il se torture lui-même.
Edward Hogg
Il y avait un vrai défi dans le choix du comédien qui interpréterait Jesco
White. Nous avons fait de nombreux castings à Los Angeles, Londres et New York. Pour finir c’est le visage et le regard si particuliers de
Edward Hogg m’ont immédiatement saisi. Nous avons pris du temps pour parfaire le personnage, Ed a écouté de nombreux enregistrements de la voix de Jesco afin de travailler cet accent si particulier des régions du Sud Américain. Nous avions deux chorégraphes, un à Londres, l’autre en Croatie, où nous avons tourné la majeure partie du film. Ed a commencé par apprendre des pas de claquettes très précis et même s’il était plutôt bon, je n’étais pas satisfait. Le style de Jesco est unique et pas du tout « technique ». J’ai encouragé Ed à s’immerger complètement dans la musique et se laisser aller vers une certaine folie tout en capturant l’esprit de cette danse. Et c’est ce qui s’est finalement produit …
Edward Hogg a reçu une formation classique, il aime savoir exactement ce qu’il va devoir faire lors d’une séquence, du début à la fin. De mon côté, je souhaitais l’amener à un état émotionnel précis en travaillant les séquences étape par étape. Dans un premier temps je voulais qu’il se débarrasse d’une partie de sa rigueur, je l’ai volontairement isolé des autres comédiens, et à part le texte je ne lui donnais aucune autre indication. J’avoue que cette méthode de travail devait être difficile pour Ed mais il s’y est lancé corps et âme. Il n’avait plus de repères, il ne pouvait jamais savoir s’il était bon ou pas, il devait me faire confiance. Mais je crois que tous ces éléments réunis lui ont permis de trouver un équilibre entre anxiété et intensité.
Carrie Fisher
Je voulais quelqu’un ayant environ cinquante ans pour ce rôle. C’est en discutant avec mes directeurs de casting à Londres et à Los Angeles que le nom de
Carrie Fisher a été évoqué. Elle a de la famille dans le Sud des Etats-Unis ce qui lui a facilité son travail sur l’accent. C’est grâce à sa formidable énergie qu’Ed a pu surmonter les scènes érotiques et les scènes de fête qui le rendaient très nerveux.
Influences
J’ai été profondément marqué par des films comme Les 400 coups de Truffaut ou Made In Britainde Alan Clark. Ces sujets m’ont toujours intéressé, les jeunes délinquants essayant de se rebeller contre l’ordre établi. Par ailleurs, la photographie a toujours influencé mon travail. Je suis un grand admirateur des premiers travaux photographiques de Larry Clark. Raised by Wolvesde Jim Goldberg a également été très important pour moi tout comme Donovan Wylie ou encore Susan Lipper et son livre Grapevine qui est un recueil de photographies prises en Virginie Occidentale.
Projets
Je travaille actuellement sur l’adaptation d’une nouvelle de Iain M. Banks, un mélange de science fiction et de film noir. Je suis également en train d’écrire un scénario qui traite de problèmes de couple dans une famille anglaise à la fin des années soixante.