Construire un décor sur la glace : clous gelés et marteaux glacés
À une heure de route de Gimli et environ deux de Winnipeg, le décor de
Whiteout a été édifié sur une langue de terre privée avançant sur le lac Manitoba qui offrait la possibilité de multiples angles de prises de vues sans un arbre ou un gratte-ciel à l’horizon. mieux encore, le lac était recouvert par 1,20 m de glace épaisse et solide.
Don Carmody commente : «L’inconvénient, c’est qu’il a fallu tout apporter, du matériel aux poutrelles d’acier en passant par les toilettes de chantier. Il n’y avait même pas l’électricité.» Les premiers arrivés ont installé les routes et une piste d’atterrissage pour que le reste de l’équipe technique puisse les rejoindre. Le chef décorateur Graham «Grace» Walker, qui fait équipe avec
Joel Silver pour la cinquième fois, note : «Joel est toujours à la recherche de quelque chose de neuf, d’images jamais vues sur les écrans. Il m’a donc laissé une certaine liberté de manœuvre dans la représentation de la base américaine en Antarctique, notamment pour les intérieurs.»
Joel Silver commente : «Pour rester dans l’esprit du paysage presque lunaire du pôle Sud, nous avons voulu un centre de recherche qui ressemble un peu à l’idée que l’on se fait d’une colonie spatiale.» Dans un esprit «moderne mais fonctionnel et industriel»,
Graham Walker a fait poser des carrelages de sol sur les murs ; les canalisations et tuyaux sont visibles et il a aussi utilisé de l’acier inoxydable pour obtenir une bonne réflexion. Le chef décorateur explique : «Les murs sont en panneau de contreplaqué, un matériau léger et peu cher facilement transportable jusqu’au pôle Sud.
Comparativement, la base de Vostok est plus vieille et usée, avec un look années 60 ou 70, ce qui correspond à la réalité parce que Vostok ne disposait pas des mêmes budgets que les Américains. Il n’y avait pas de décor préexistant, tout a été construit entièrement pour chacune des scènes de
Whiteout.
Le premier niveau était un décor réel, mais les niveaux supérieurs, où ne se déroule aucune action, sont des extensions en images de synthèse.»
Susan Downey explique : «La difficulté résidait dans le Planning. Gimli peut être si glacial à certaines époques de l’année que les clous se brisent lorsqu’ils sont frappés par un marteau. Mais d’un autre côté, au-delà d’une certaine date, le lac pouvait commencer à fondre sous nos pieds…»
Dominic Sena commente : «C’était bien notre chance : le Manitoba connaissait l’hiver le plus chaud jamais enregistré quand nous avons tourné. Cela dit, la «chaleur» était toute relative...» le réalisateur et le directeur de la photo,
Chris Soos, ont utilisé des caméras spécialement lubrifiées pour résister au froid, avec des unités de chauffage intégrées à chaque magasin afin que la pellicule ne gèle pas, garde sa souplesse et suive son cheminement dans les mécanismes sans casser. l’équipe de construction, un mélange de spécialistes du cinéma et de charpentiers locaux, a rencontré un certain nombre de problèmes logistiques intéressants : le matériel gelait et cessait de fonctionner, les câbles se rompaient, les vents puissants abattaient les murs tout juste construits, les camions amenant les fournitures restaient bloqués dans la neige et les générateurs grippaient.
En outre, la glace sur le lac était trop fragile pour supporter le poids de grues standard. l’équipe du film a donc appris auprès des gens du cru à utiliser des Bobcats Pourhisser les éléments et les maintenir en place. les camions devant livrer les panneaux pour les murs et les grandes pièces de décors fabriquées et stockées en entrepôts à Winnipeg étaient souvent retardés.
Dominic Sena raconte : «Il y avait toujours au moins une dépanneuse en voiture balai parce qu’invariablement, un des véhicules du convoi glissait hors de la route et il fallait le récupérer.»
Etrangement, en un lieu où le froid était tenu pour acquis, l’un des plus gros problèmes a été le dégel rapide, qui semait le chaos dans les décors nouvellement construits. Même par une température de -30°c, si le soleil se montrait et tapait sur les poutrelles d’acier, elles emmagasinaient la chaleur. Ce phénomène, plus le poids de l’acier lui-même, avait pour conséquence que les fondations sur lesquelles reposait le décor commençaient à fondre juste assez pour que toute la structure glisse un peu. L’équipe a fini par isoler l’acier contre les rayons du soleil, et par renforcer les fondations avec du gravier. Démonter les décors et quitter les lieux a été une autre course contre la montre.
Tony Parkin, chef menuisier, raconte : «24 heures avant que l’on ne donne l’ordre de démonter le décor, la météo a brusquement changé : on est passé de -15°C à +2°C et il s’est mis à pleuvoir. Nous aurions donné cher pour échanger nos gros anoraks contre des combinaisons de plongée ! C’était un vrai déluge. Tout s’est transformé en marécage, nous nous enlisions partout. À un moment, trois de nos camions étaient attachés les uns aux autres et il y avait une grue pour tirer le premier hors de la boue.»
Des volontaires des petites villes voisines, Gimli et Eriksdale, sont venus apporter leur aide, et les parties du décor qui n’avaient pas besoin d’être récupérées pour des prises de vues additionnelles leur ont été confiées pour être recyclées dans la construction d’une garderie qui était déjà prévue. l’équipe s’est assurée de ne rien laisser derrière elle qui pouvait finir dans le lac ou se révéler toxique pour les poissons et la faune. la production a ensuite installé les extérieurs en intérieur, transportant et recréant les éléments de leur décor comme un puzzle géant en studio à Montréal.
Dominic Sena explique : «Nous voulions que la grande scène de tempête soit filmée en studio afin de pouvoir tout contrôler, et cela signifiait déplacer les fondations de nos quatre bâtiments interconnectés – la station et le hangar des avions – jusqu’à Montréal. Nous avons utilisé des ventilateurs géants pour souffler dessus de la fausse neige, et les avons littéralement bombardés de tonnes de sel.»
L’équipe des effets spéciaux a créé toute une gamme de neige pour les intérieurs : une légère pour être soufflée dans les arrière-plans, une couvrante comme une couverture, une conçue pour que les bottes s’y enfoncent et y laissent des empreintes, et une destinée à être projetée sur les acteurs. en plus, 120 tonnes de sable ont été rassemblées en petites collines et couvertes avec 12 tonnes de sel pour créer des congères géantes. Selon
Gabriel Macht, la neige artificielle a causé aux acteurs plus de difficultés que tout ce qu’ils avaient pu endurer sur la glace à Gimli, principalement parce qu’elle avait tendance à adhérer à la peau. Il explique : «Certains scènes exigeaient beaucoup d’efforts physiques et nous devions alors respirer profondément ; il fallait donc que rien ne vienne obstruer les narines et la bouche. Ce truc nous entrait dans la bouche et les oreilles, on en avait jusque dans le nez. Pas moyen de l’éviter !» autre victime de la fausse neige,
Alex O’loughlin explique : «C’était de l’amidon et du sel, on avait l’impression d’être roulé dans de la pâte à pizza toute la journée !»
Qu’il s’agisse de fabriquer de la neige artificielle, d’édifier des décors sur un lac gelé ou de mettre en scène une tempête de neige grandeur nature, tous se sont démenés pour permettre au public de découvrir un monde que peu auront l’occasion de voir un jour en personne.
Dominic Sena déclare : «Plutôt que de choisir une approche stylisée, j’ai voulu porter cette histoire à l’écran avec réalisme, et représenter cet environnement de la manière la plus authentique possible. L’Antarctique est un territoire impitoyable, et le
Whiteout est un phénomène d’une puissance exceptionnelle. Lorsque cela vous tombe dessus, vous ne voyez plus à un mètre et votre espérance de vie peut se réduire à quelques minutes. C’est un cadre fascinant pour une histoire policière.»
Joel Silver conclut : « Notre idée est de transporter le public en Antarctique. Nous voulons que les gens dans la salle sentent le froid, la peur, l’isolement, et la volonté de survivre dans cet environnement hostile et totalement étranger.» Il ajoute en souriant : «Quand vous viendrez voir
Whiteout, n’oubliez pas d’apporter un pull ! »