Trois fois récompensée à l’Oscar, la chef costumière
Milena Canonero, qui compte déjà à son actif la création des superbes costumes de
Marie-antoinette (Sofia Coppola, 2006), a une très grande expérience des films d’époque. Johnston demanda à Canonero de dessiner pour
Wolfman des costumes d’un style gothique, ce qui en 1890, supposait des formes incroyablement angulaires. Elle a utilisé des couleurs sombres et riches, très différentes du style léger et vaporeux en vogue à la fin du 19ème siècle en Angleterre. En perfectionniste, Canonero voulait mettre en évidence la différence entre l’aristocratie et le prolétariat. Les costumes de l’échelon supérieur de la société figurent des silhouettes anguleuses et des lignes élégantes, des matériaux nobles comme la soie, le velours, la fourrure, représentatifs de leur statut.
Les gens du peuple sont fagotés dans des tenues en laine, en lin et en coton. Les gens de privilège portent des hauts-de-forme et des chapeaux melon alors que les couvre-chefs des petites gens sont plus grossiers, usés. La majorité des costumes des personnages principaux a été réalisée à la main et, à cause de la transformation et des scènes d’action, certaines tenues ont dû être ré-assemblées jusqu’à vingt fois de suite. Des copies multiples d’un même costume étaient nécessaires pour les scènes où figuraient du sang ou du feu (auquel cas le tissu était ignifugé pour protéger les cascadeurs). Pour les scènes de foule, l’équipe de Canonero habilla les figurants avec des vêtements trouvés chez des costumiers en France, en Italie et à travers toute l’Angleterre.
Gwen Conliffe porte le deuil durant la majorité du film. En tant que membre de l’aristocratie, elle est habillée de robes à corset de différentes textures et nuances de noir. Afin de lui donner un peu de couleur, Canonero utilisa un velours canard qu’elle combina avec les chemisiers et les jupes sombres de Gwen. Quand le chagrin de la jeune femme se dissipe et qu’elle se découvre de l’affection pour Lawrence, l’équipe habilla Blunt avec des lilas et des pourpres foncés.
La comédienne déclare à propos des corsets : «À l’époque, l’élément primordial était la taille, ce qui signifie que tous mes organes internes me détestent à l’heure qu’il est». Bien que Sir John Talbot fasse bel et bien partie de l’aristocratie, il est rarement sorti de sa demeure décatie ces dernières décennies et ne soigne plus du tout son apparence. S’inspirant d’une illustration d’Edward Gorey, Canonero et son équipe créèrent les costumes de Talbot Senior en utilisant des pièces magnifiques à l’origine mais très usées. Le résultat est la personnification de l’élégance déchue.

De ses dangereuses excursions de chasse en Inde, Sir John a rapporté de nombreux trophées et souvenirs éclectiques pour sa garde-robe, dont des fourrures qu’il porte avec son peignoir et son manteau. Lawrence rentre d’Amérique. Quand les spectateurs le re-découvrent, il tient le rôle titre d’Hamlet. Son personnage a traversé deux fois l’Atlantique et son style est plus expansif que celui d’un gentleman anglais ordinaire. Pour les scènes de transformation, les costumiers avaient prévu des coutures extensibles qui se défaisaient facilement quand les muscles émergeaient. Ils utilisèrent des tissus élastiques et des fils qui donnaient l’impression de se déchirer violemment.
Comme Del Toro était souvent habillé en tweed, ils trouvèrent un tissu en nylon extensible qui pouvait passer pour du tweed à la caméra. La pièce finale de la garde-robe de Lawrence Talbot et la préférée de l’équipe : la réplique exacte de la canne au pommeau en forme de tête de loup qu’arborait Lon Chaney Jr dans le film de 1941.