Gilles Jacob voit le jour le 22 juin 1930 dans le 17ème arrondissement de Paris. Il est critique, réalisateur et producteur français.
Élève au lycée Carnot,
Gilles Jacob et sa famille sont contraints, du fait de leur origine juive, de fuir Paris au début de la Seconde Guerre mondiale. D'abord caché dans un séminaire en Isère, il échappe à une arrestation en se cachant derrière l'harmonium de l'église, scène que Louis Malle met en image quarante ans plus tard dans
Au Revoir Les Enfants.
Installé à Nice jusqu'à la Libération, il revient à Paris pour entrer en seconde au lycée Louis-le-Grand. Cinéphile averti, il l'est depuis son enfance à Nice passée à l'abri de la chaleur dans les salles obscures. Etudiant au lycée Louis-le-Grand avec son ami Claude Chabrol, il fréquente François Truffaut .
Gilles Jacob se rend souvent après les cours à la Cinémathèque française de la rue d'Ulm. Encore étudiant en Khâgne, il crée en 1949 une revue de cinéma, « Raccords » qui totalise 118 abonnés, et publie les premiers articles de François Truffaut.
En 1950,
Gilles Jacob succède à la direction de l'entreprise de son père spécialisée dans les instruments de pesage.
Il ne quitte pas pour autant le monde cinématographique et littéraire . Publié en 1964 après la rencontre de cinéastes lors d'un voyage aux États-Unis, son essai « Le Cinéma moderne », qui lui permet d'assister à son premier Festival de Cannes la même année et d'écrire des critiques pour « Cinéma 64 » entre 1964 et 1967 et « Les Nouvelles littéraires » de 1968 à 1971.
Riche du rachat de l'entreprise familiale par les Américains en 1970, il intègre l'année suivante
L'Express sur invitation de Pierre Billard, comme critique cinéma et est secrétaire général adjoint de l'Association française de la critique de cinéma et de télévision en 1973. Sévère envers
Le Cinéma De Papa de Claude Berri, pour son premier papier, élogieux pour les premiers films de Woody Allen, il est contraint de quitter
L'Express en 1975 après avoir jugé négativement
Histoire D'O, film soutenu par Jean-Jacques Servan-Schreiber. De cet épisode, il tire avec son fils un scénario, mis à l'écran et joué en 1984 par Francis Perrin sous le titre
Ça N'Arrive Qu'à Moi.
Il présente et coproduit alors l'émission « Le Masque et la Plume » aux côtés de François-Régis Bastide sur FR3, puis est embauché en 1976 par Robert Favre Le Bret, comme adjoint du délégué général du Festival, Maurice Bessy.
Sur proposition de Michel d'Ornano, ministre de la Culture, il est élu le 30 septembre 1977, délégué général du Festival de Cannes, chargé de voir des milliers de films et choisir les candidats à la Palme d'Or. Sans se soucier des risques diplomatiques, au nom de la liberté d'expression, il diffuse en 1968 comme « film surprise »
L'Homme De Marbre, film du polonais Andrzej Wajda, censuré dans son pays, car critique vis-à-vis du régime socialiste, passé en France en le cachant sous un faux titre dans des boîtes. Puis, pour sa première sélection, il présente en 1979
Apocalypse Now,
Le Tambour,
Hair,
Prova D'Orchestra et
Le Grand Embouteillage. Durant un quart de siècle, avec Pierre Viot comme président, il ouvre Cannes aux cinématographies du monde entier, et choisi de mettre en avant les acteurs et les réalisateurs plutôt que les producteurs et les décideurs politiques. Désirant faire de Cannes une vitrine pour une nouvelle génération de cinéastes, il crée en 1978 le prix de la « Caméra d'or », qui récompense un premier film, et la section « Un Certain Regard », qui présente une sélection alternative. Plus tard, il fonde également les « Leçons de cinéma en 1991 », et la « Cinéfondation » en 1998, que préside son fils Laurent.
Il transforme le festival de Cannes, en mettant en scène une manifestation médiatique et internationale, qui devient le plus gros événement artistique mondial. Il fait bâtir un nouveau palais des festivals critiqué, surnommé « le Bunker », favorise la présence des médias et négocie la diffusion des cérémonies par Canal + en 1986. Derrière la fête médiatique, il en fait aussi un rendez-vous économique incontournable du secteur avec le développement du marché du film. Il dote l'institution d'un budget de 20 millions d'euros, dont le financement pour moitié par le secteur privé (Canal +, L'Oréal, Renault, Chopard, Air France…) Ce qui lui permet d'accéder à une indépendance vis-à-vis du pouvoir politique. Une indépendance que
Gilles Jacob prend soin de cultiver également à l'égard des pressions des professionnels du cinéma. À partir du début des années 2000, il organise également des hommages et rétrospectives.
En 2001, il est élu à la présidence du festival de Cannes. Laissant la charge de la sélection à Thierry Frémaux, il garde un rôle primordial dans la direction du festival, fixant la ligne éditoriale et s'occupant des relations avec les partenaires privés et les institutions publiques.
Personnalité respectée du cinéma français, il préside le Prix Louis Delluc depuis 1993, et siège aux conseils d'administration de la « Sept Cinéma » depuis 1992 et de la « Bifi » depuis 1996. Il a également été administrateur de « Films A2 » entre 1980 et 1992, et a dirigé la collection « La Bibliothèque du cinéma » chez Hatier entre 1979 et 1992.
Il joue également son propre rôle dans les films
Grosse Fatigue de Michel Blanc en 1994, et
Femme Fatale de Brian de Palma en 2002.
Homme mystérieux,
Gilles Jacob préfère les coulisses aux feux de la rampe. Mis à part quelques apparitions exceptionnelles, c'est en tant que réalisateur qu'il s'illustre, avec sa trilogie dédiée au septième art, dont le dernier en date,
Épreuves D'Artistes (2004), trace le portrait de trente acteurs et réalisateurs de renom.