« Cinéaste du territoire par excellence, Robert Kramer (1939-1999) a toujours filmé le monde au plus près de son actualité comme de ses mouvements souterrains. Guérilla vénézuélienne, résistance vietnamienne, révolution des œillets, mutations de l’Amérique, chute du Mur de Berlin, décombres de l’Empire soviétique en Ukraine, mondialisation : là où l’Histoire et la géographie se mêlent intimement l’intéressaient avant tout les moments de basculement comme autant d’occasions de prendre la mesure de ce qui dans l’Histoire immédiate renvoie au destin commun des hommes. Robert Kramer était un arpenteur, un cinéaste globe-trotter. Marcher, parler, écouter, filmer, être partie prenante de ce qui advient par la rencontre, il n’avait pas d’autre méthode et ses films en portent la trace, qu’il construisait chemin faisant, jusqu’à ce que l’expérience fasse dépôt. Pour lui, c’était toujours le film en train de se faire – le film comme il travaille, non comme il est préparé – qui lui permettait d’aller plus loin dans son rapport aux autres comme au monde ; c’était toujours dans le geste et dans l’action qu’il trouvait l’origine et la raison des choses, conscient qu’il n’est pas de pensée possible sans une mise en mouvement. « Il faut faire », répétait-il souvent. Il faut faire, alors on voit ».
Patrick Leboutte
Né aux Etats-Unis, le réalisateur Robert Kramer a tout d’abord étudié la philosophie et l’histoire de l’Europe de l’Ouest au Swarthmore Collège et à l’université prestigieuse américaine Standford. Membre de la contre-culture, il appartient à de groupes de gauche radicale, et c’est cette image de réalisateur indépendant et marginal qui va l’amener à poursuivre sa carrière en Europe, et plus précisément en France, où il obtient une vraie reconnaissance pour son travail.
Ses premiers films, comme
En Marge ou
Ice, montrent son intérêt pour les groupes engagés qui peuvent aller jusqu’à flirter avec le terrorisme. Dans
Milestones, Kramer traite les relations humaines et dresse les portraits d’hommes et de femmes ayant contribué aux mouvements sociaux américains des années 1960 et 1970.
Kramer réalise également des documentaires, comme
Scenes From The Class Struggle In Portugal ou
Notre Nazi. Arrivé en France pendant les années 1980, il retrouve les activités clandestines dans
Guns .
Pendant les années 1990, il écrit et réalise d’autres films personnels, comme
Route One Usa ou
Walk The Walk, mais il participe aussi en tant qu’acteur à d’autres œuvres, comme
L'Ennui et
La Vie Moderne.