Yvette Lebon
Né(e) le 14 Août 1910 (103 ans)Décédé(e) le 28 Juillet 2014
Nationalité : France

Biographie

Actrice

Yvette Lebon est devenue une véritable star du cinéma à l'époque où le mot star ne voulait encore rien dire si ce n'est que les gens vous aimaient, épiaient vos moindres faits et gestes, allaient voir vos films et découpaient vos photos dans les journaux.

Doyenne des comédiennes françaises, Yvette Lebon (née Simone Lebon) voit le jour à Paris le 14 août 1910. Fille d'un père ferblantier et d'une mère repasseuse, Yvette développe très tôt un goût prononcé pour la rêverie. Ses parents qui souhaitent que leur ravissante fille accède à une vie meilleure et moins rude que la leur, sont désolés de la voir aussi peu passionnée par les études. Yvette préfère rêver, et elle rêve de cinéma.

A cette époque, le septième art n'est pas encore embourbé dans une prétention nombriliste. Bien qu'il gagne en considération, le cinéma français conserve un côté bon enfant, aujourd'hui perdu. Quand on était une jolie fille et qu'on souhaitait faire du cinéma, il fallait se rendre tôt le matin devant les studios et se renseigner auprès de ces derniers, au cas ou il y aurait "un petit truc à faire". C'est de cette façon qu'Yvette Lebon a commencé sa carrière.

Avec ses grands yeux verts en amandes et ses très belles gambettes, la jeune femme ne pouvait que réussir à décrocher un petit rôle. Ce fût le cas en 1931, Yvette Lebon a alors 21 ans (la majorité à l'époque), elle est libre et fait sa première apparition dans une romance mettant en scène Henri Garat et la jeune première Meg Lemmonier. La débutante enchaîne les petits rôles et croise Fernandel, lui aussi débutant, avant d'obtenir son premier rôle important dans Zouzou de Marc Allégret. Yvette Lebon est le béguin de Jean Gabin et la rivale de Jospéhine Baker, la "curiosité" du long métrage. Afin de créer un contraste fort entre la jeune comédienne et la danseuse noire, l'équipe du film décide de teindre Yvette en blonde platine. Mais le scénario alambiqué et le jeu des acteurs, encore un peu perdus, font de Zouzou, un échec cuisant. Pour couronner le tout, Yvette ressort du tournage avec un bras dans le plâtre.

Malgré le flop de son premier film, la carrière d'Yvette Lebon est lancée. Etiquetée "actrice de comédie musicale", la comédienne enchaîne les films du genre, principalement conçus pour ameuter les admirateurs des chanteurs en vogue. Si ces films n'ont pas une grande valeur cinématographique, il sont tous d'énormes succès et permettent à Yvette Lebon de se faire remarquer, jouant notamment aux côtés de Tino Rossi (Marinella), de Jean Lumière et d'Antoine Berval. Les critiques apprécient cette jeune femme blonde vive et gaie, et se régalent avec ses jambes qu'ils qualifient alors comme "les plus belles du cinéma".

En 1938, l'actrice tourne Gibraltar de Fedor Ozep avec Roger Duchesne qu'elle épouse à la fin du tournage. Yvette Lebon va alors entamer une vraie vie de bohème, participant à toutes les fêtes parisiennes. Elle est tellement happée par son train de vie dantesque qu'elle ne s'aperçoit même pas que la menace nazie plane sur la capitale française. En 1941, elle donne la réplique à Charles Trenet dans Romance De Paris. Quand l'Allemagne envahit la France, la comédienne ne le remarque pas, trop occupée par ses tournages, ses virées sur la côte d'Azur et sa relation avec Sacha Guitry. Ce dernier, lui offre un rôle dans Le Destin Fabuleux De Désirée Clary.

Profitant de la fuite de ses principales concurrentes (Danielle Darrieux passe en Suisse sous un faux nom, Michèle Morgan et Micheline Presle restées dans la zone libre ne tournent aucun film, Annie Vernay vient de mourir), Yvette Lebon s'entoure d'une vraie petite "bande", composée entre autres de Tino Rossi, Mireille Balin, de Jean Luchaire et de sa fille Corinne, la grande rivale d'Yvette au cinéma. Attirée par les hommes mûrs, Yvette fait très vite de Jean Luchaire son amant, devenant ainsi la "belle-mère" de son "ennemie" professionnelle.

Les nazis occupent Paris. Mais comme toutes les petites filles qui ont vécu la guerre 14-18, Yvette Lebon n'en a que faire. La guerre n'est pas le problème d'une actrice. Elle ne souhaite qu'une chose : profiter de la vie. Elle assiste aux tournages, aux fêtes, dîne chez Maxim's et boit du champagne comme de l'eau. Plus tard, elle dira de cette époque : "J'étais d'une inconscience complète, je faisais des films, il y avait du champagne, des fêtes, la guerre ça me passait complètement au-dessus de la tête, j'étais une jeune folle, une sotte ! Finalement j'ai eu beaucoup de chance, j'aurais pu le payer très cher !"

Quand la guerre se termine, Jean Luchaire, alors directeur de la presse collaborationniste est fusillé au fort de Chatillon. Sa fille Corinne est quant à elle condamnée à dix ans d'indignité nationale, bien qu'elle ne soit liée à aucune organisation, mouvance ou action politique. Si plusieurs célébrités telles que Mireille Balin, Sacha Guitry, Arletty, Ginette Leclerc et Louis Ferdinand Céline s'inquiètent du sort que la nation leur réserve, Yvette Lebon, qui a pourtant clairement affichée sa relation avec Jean Luchaire, passe curieusement entre les mailles du filet de la justice. Néanmoins la comédienne a bien conscience qu'elle ne doit pas se faire remarquer. Ce qui ne l'empêche pas de continuer sa carrière, et même, de tourner en 1947 dans un film autrichien, Les Amours De Blanche-neige.

Sa petite provocation après la libération se répercute bientôt sur la carrière de l'actrice. Elle ne tourne plus. Le genre de films dans lequel Yvette Lebon s'était illustrée apparait comme démodé. La comédienne représente un passé torturé que tout le monde préfère oublier. De plus, la fin de la guerre a amené une nouvelle génération d'actrices hollywoodiennes. Le monde entier découvre enfin Rita Hayworth, Vivien Leigh, Ava Gardner, Betty Grable… Des actrices qui officiaient depuis cinq ans mais que le public européen n'avait pu admirer en raison de l'embargo hitlérien.

Le cinéma vient d'enclencher une nouvelle ère. Mais Yvette Lebon a toujours eu et aura toujours une bonne étoile. A 42 ans, elle rencontre le producteur américain Nathan Waschberger qui devient son second époux. Pour Yvette, il produit le film d'époque Milady Et Les Mousquetaires. Yvette est Milady de Winter face à Rossano Brazi. Avec ce film, la comédienne entame une nouvelle carrière, la carrière italienne. Elle sera moins prestigieuse. Yvette Lebon n'est plus une jeune actrice à succès. Adieu jeux de jambes et oeillades assassines, Yvette est maintenant une dame, ce qui ne l'empêche pas de continuer à tourner jusqu'à la fin des années 1960, dans le péplum Ulysse Contre Hercule entre autres.

Devenue maman, vivant essentiellement à Hollywood, l'actrice choisis de jouer des petits rôles dans des films qui lui tiennent à coeur (Cannabis de Pierre Koralnik, La Cavale de Michel Mitrani, Je, Tu, Elles… de Peter Földes). Yvette Lebon n'accepte pas de se voir vieillir à l'écran. Bien qu'à 60 ans elle en paraisse toujours 35, la comédienne décide de se retirer dans sa villa de Beverly Hills. Son fils, Patrick Wachsberger suivra les pas de son père, devenant un important producteur d'Hollywood (il est président de Summit Entertainment). En 1992, veuve, Yvette Lebon est nostalgique. Paris et son seizième arrondissement lui manque. A 82 ans, elle quitte Hollywood et rentre au pays. Mais le Paris dans lequel elle arrive est bien différent ce celui qu'elle a connu dans les années 1930. Ne parvenant à s'adapter, Yvette s'installe à Cannes où elle vit centenaire, continuant à sortir tous les jours et conservant sa fraîcheur, sa sincérité et son sens de l'humour.

Yvette Lebon s'éteint le 28 juillet 2014 dans son appartement cannois, alors qu'elle allait fêter son 104ème anniversaire dans quelques jours.

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