A Serious Man : N'est pas sérieux qui veut (Test DVD)

mardi 25 mai 2010 - 15:49 | Showbizz
Les Frères Coen ravissent et ainsi soient-ils. Ainsi le sommes nous aussi ici, puisque l’on se doit d’accueillir ensemble la sortie DVD du duo fraternel, réalisateurs accomplis, sérieux et transcendant d’humour. Les contradictions attirent.
A Serious Man ou l’histoire d’un homme profondément lambda (tu, nous, vous, ils) qui se pose des questions en permanence, cherchant le sens de la vie et surtout de la sienne à un moment où tout l’accable. Welcome dans la fable sur la foi la plus excitante de l’année.


Résumons la situation première : Il fallait en avant goût, une sorte d’ouverture solennelle. Voici donc un conte Yiddish, à la sonorité hébraïque, inventé de toutes pièces par les réalisateurs eux-mêmes pour marquer le film et lui faire une emprunte, celle d’une situation donnée et presque autobiographique : nous sommes en présence du peuple Juifs, de la communauté Juive et de tout qui s’y rapporte.

Passons à la situation seconde : Midwest, 1967, Lawrence Gopnik dit Larry pour la simple bonne raison que ça fait certainement plus cool et surtout plus soixante-huitard, professeur de physique, prototype de l’homme standard aussi banal que modeste, voit sa vie se disloquer petit à petit, par phases, sans qu’il n’est rien fait (de grave ?).
Pourtant, il possède tout ce que l’homme dit heureux et inscrit dans une société se doit d’avoir : une famille, une maison dans une jolie banlieue propre et sans histoires, et des voisins. Notons juste l’absence du chien.

Alors qu’est ce qu’un homme au parcours non négligeable peut faire lorsque sa femme le quitte et le trompe, ses enfants pré-pubères et centrés sur eux-mêmes le néglige, son frère Arthur en manque de repère et de travail stagne chez lui et que sa titularisation reste en suspend… ?

Notre anti-héros désormais crée et attachant, il suffit maintenant de le voir évoluer dans des situations classiques qui vont devenir insurmontables (divorce, conséquences, problèmes relatifs aux enfants, quête du sens de la vie, étudiant soucieux d’obtenir son diplôme, amant compréhensif, nouvelle rencontre amoureuse et fantasmée, etc).
L’idée force du présent film est donc d’une simplicité assez simple : Prendre un personnage qui nous ressemble fatalement, condamné à sa situation d’humain et le voir faire face. Tendance voyeurisme, big brother ?
Il n’en est rien, les passionnés de la toile portent tous en eux le syndrome de la curiosité, et de l’esthétisme entre autres.


Ainsi, sonné et clamant tout le film durant qu’il n’a rien fait, (son air ahuri ne le quittera jamais) mais surtout qu’il voudrait comprendre cet amoncellement de faits qui l’écrase en lui arrivant droit devant, notre homme sérieux et consciencieux, abandonné de tous, va s’en remettre aux autorités religieuses dominantes de sa religion : les Rabbins.
Tel un être fragile, en quête de la réponse absolue et divine, il les rencontre dans un ordre préétabli et logique: du plus jeune et innocent au plus ancien, qu’il n’atteindra jamais, ce dernier étant trop occupé à penser ou à finir sa vie dans le calme.

Larry pourtant rêve de poser une question, une question à laquelle tous les spectateurs avertis, avec ou sans pop-corn, se soucieraient de la réponse : La vie est-elle notion de calculs savants (comme l’affirme l’oncle Arthur), de valeur en la foi ou de laisser-aller divin ?
La véritable contradiction à la sauce humour maîtrisé du film se tient ici :
Comment un homme qui passe son temps à rationaliser les choses, même dans le principe d’incertitude qu’il explique lourdement à ses étudiants, va chercher ses réponses dans une absurdité non concrète ?

On retient de l’œuvre, un univers déjanté, loufoque, coloré, alliant philosophie, calme et vertu et une pointe de mélancolie. Sans oublier un côté moqueur, une autodérision dirigée par des réalisateurs plus qu’omniscients. Scène après scène, l’humour frappe. Un savant mélange aux saveurs pimentées, sans stars américano-américaines supra connues et supra en beauté, mais qui fonctionne admirablement. Michael Stuhlbarg ne fut vu qu’à la télé (Ugly Betty) ou plus récemment dans Ames En Stock.

Cependant et comme dans leur film précédent No Country For Old Men, le spectateur reste sur sa fin ou se doit d’en inventer une.
Frustrant.


Ethan et Joel Coen ne nous renseignent pas plus sur le ton donné à leur fin dans les bonus du DVD. Pourtant ceux ci sont immanquables : chaque personnage prend son sens.
Pas de panique, le Goye peut donc tout à fait voir ce DVD et même le comprendre grâce aux explications de textes fournies avec la bande. Quel honneur !
Le Goye peut ainsi également tenter de devenir sérieux, voire raisonnable.
Outre les explications de la reconstitution des années 60 un peu lassantes et prévisibles on recommande de pousser la curiosité jusqu’aux bonus.

Faut-il savoir encore que même posséder plusieurs DVDs des Frères Coen fera de votre DVDthèque un élément varié, les films de ceux-ci, se suivant toujours mais ne se ressemblant jamais. En clair, un DVD sérieux dans la forme mais pas dans le fond (de votre DVDthèque).

Accepte avec simplicité ce DVD. On aurait dû se douter que c’était le mot de la fin. On aurait pu aussi se dire que la citation de Rashi qui illumine les premiers instants devant l’écran, annonçait la vérité finale : « Accepte avec simplicité ce qui t’arrive ».

DVD et Blu-Ray disponibles à la vente le 25 mai 2010

=> Toutes les infos sur Serious Man

Chloé Cerroni (25 mai 2010)

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