Babel, puissant film choral d'Alejandro González Iñárritu

mercredi 5 avril 2017 - 19:35 | Showbizz
Couronné de l’Oscar du Meilleur Film et du Meilleur acteur pour Leonardo Dicaprio, The Revenant est le film phare de l’année 2015. Il a permis au réalisateur d’entre autres Birdman, 21 Grammes et Amours Chiennes d’atteindre des sommets en terme de reconnaissance critique et de récompenses. Arte rediffuse ce soir à 20h55 l’une des œuvres cruciales de la filmographie de l’auteur qui n’est autre que Babel, mettant en scène Cate Blanchett, Brad Pitt et Gael Garcia Bernal.



Une œuvre complexe et dramatique


Comme dans ses deux précédents films Amours Chiennes et 21 Grammes, Alejandro González Inárritu tisse dans Babel une narration complexe, basée sur le scénario de son fidèle collaborateur Guillermo Arriaga. Au cours d’un voyage avec son mari, Susan est victime d’une fusillade, dans un bus visé par deux adolescents marocains en quête de sensations fortes. Élément déclencheur des multiples drames contenus dans l’intrigue, cet événement est le résultat d’un long « effet papillon », auquel a contribué chacun à sa façon les différents protagonistes du récit. À partir de ce drame initial vont se déplier quatre histoires charnières : la première s’immisçant dans l’intimité d’une famille marocaine, la seconde suivant le destin des Américains Susan et Richard, une autre s’intéressant à la nourrice mexicaine en charge de leurs deux enfants et enfin une dernière à la vie de Chieko, jeune femme sourde et muette vivant à Tokyo. Autant de destins que le réalisateur relie progressivement, et qui nous permettent d’appréhender l’existence sous des prismes radicalement différents, soumis respectivement à la même détresse et à une douloureuse solitude. Car Babel n’a pas été récompensé du Golden Globe du meilleur film dramatique pour rien, mais bien parce qu’il arrive à véhiculer des émotions aussi bouleversantes que l’indignation, l’incompréhension et le désespoir à travers les multiples questionnements de ses héros. Héros ordinaires qui nous renvoient par ailleurs à nos propres failles. Un film choral qu’orchestre Iñárritu avec brio, également récompensé du Prix de la mise en scène au festival de Cannes de 2006.

L’incommunicabilité au cœur de l’intrigue




Ce qui lie chaque personnage de Babel, c’est un même sentiment de détresse et de solitude. Chacun d’eux est isolé à sa manière du reste du monde, en raison de son incapacité à communiquer avec autrui. Là est la signification première de Babel et de son titre, référence directe à un épisode phare de la Bible. Dans ce récit, les Hommes décident de bâtir une ville et une tour en son centre, sensée montrer toute l’ingéniosité de l’humanité, sorte de défi lancé à la toute puissance de Dieu. Face à cet excès d’arrogance, ce dernier a décidé de fragmenter la langue des constructeurs pour les empêcher de communiquer entre eux, semant le trouble dans leur entreprise. De cette difficulté originelle viendraient nos langues actuelles ainsi que la malédiction pesant sur toute communication humaine. Le réalisateur Alejandro González Inárritu s’inspire grandement de cette histoire et place l’incommunicabilité au coeur de son propos. L’obstacle principal à un échange apparaît progressivement non pas comme étant du aux langues étrangères différenciant les peuples mais bien plutôt à l’impossibilité pour ces derniers de communiquer entre eux, bloqués par leurs préjugés et peurs respectives. Ce constat enrichit Babel d’un discours politique non-négligeable, éclairant par exemple la peur immédiate éprouvée par le couple d’Américains lorsqu’ils sont plongés dans un environnement et une culture inconnus, subissant de plein fouet l’obstacle de la langue avec les habitants d’un village du désert. Toutefois, Richard dépasse rapidement cette barrière langagière et réussit à venir en aide à sa femme, grâce à la collaboration des villageois. C’est plutôt avec son propre groupe que le héros a du mal à communiquer, tant les Américains semblent ici bloqués dans leurs peurs, empêchés par leur fermeture d’esprit et leurs préjugés. À travers divers exemples de la sorte, Babel interroge avec pertinence les rapports humains et leurs limites.

Nous ne vous en dirons pas plus sur ce film d’exception, sous peine de vous en révéler trop. Si vous aimez les films dramatiques, capables de vous faire pleurer sans grande difficulté, bercés par une bande originale très bien maîtrisée, et portés par des acteurs d’exception : Babel est fait pour vous ! Notez que Brad Pitt y livre l’une des plus belles interprétations de sa carrière, ça vaut le coup de regarder, non ?

Camille Muller (Le 5 avril 2017)

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