Berlin : Week-end chargé en émotion !

Après une ouverture sous la neige et la projection du très bien nommé Snow Cake, la compétition et le rêve ont bel et bien commencé : Terrence Malick enchantait la ville avec son Nouveau Monde, Houellebecq s'offrait une adaptation très soft pendant que Marilyn Manson annonçait qu'il nous emmènerait au pays des merveilles…

Samedi : nouveau monde élémentaire…

La Berlinale a découvert samedi l'adaptation très attendue des Particules Élémentaires, de Michel Houellebecq, en compétition pour l'Ours d'or - un univers désenchanté qui ne pouvait que constater avec la fraîcheur de Pocahontas, héroïne du nouveau film de Terrence Malick, Le Nouveau Monde, présenté hors compétition.

L'interprétation du livre controversé de l'écrivain français a été assez bien accueillie, même si certains pourront déplorer une version trop "soft" de cette histoire de solitude, de frustration et d'obsession sexuelle, voire une trahison par rapport à l'inspiration de l'écrivain. Le film lance, dans l'esprit du livre de Houellebecq, des piques contre la génération hippie de Mai 68, dans plusieurs scènes plus comiques que tragiques. Les images demeurent, à quelques brèves exceptions, plutôt douces - selon le cinéaste allemand "rendre le caractère pornographique du livre n'était bien sûr pas possible à l'écran", pas plus que de restituer "l'épilogue complètement fataliste" du roman. Le réalisateur n'en a pas moins profité pour jeter quelques fleurs à Houellebecq : " ce livre absolument brillant (…) donne la clé de l'explication de la société d'aujourd'hui". Malheureusement, l'écrivain n'avait pas encore vu le film…

A mille lieues de l'univers de Houellebecq, Le Nouveau Monde de l'Américain Terrence Malick, qui avait obtenu à Berlin l'Ours d'or pour La Ligne Rouge, reprend la célèbre histoire d'amour entre la fille d'un chef indien, Pocahontas, et le jeune officier britannique John Smith. Au-delà du choc des deux civilisations, "ce que nous nous sommes efforcés de faire, c'est de mettre le mythe de John Smith au service de la vision de Terry (Malick), de sa manière de voir la rencontre entre les deux cultures, les relations qu'elles ont nouées et les conséquences de leur incompréhension mutuelle", a expliqué la productrice du film, Sarah Green, lors d'une conférence de presse…

Quelques heures plus tard, le public rêvait en compagnie de Michel Gondry et de son nouveau film The Science Of Sleep, présenté lui aussi hors compétition. "J'ai toujours eu des rêves troublants depuis que je suis enfant. Et je me suis dit que je pourrais gagner ma vie avec cela", a plaisanté le cinéaste. Reconnaissant aimer lire des ouvrages de neurobiologie, il s'est dit "très proche du personnage principal", Stéphane, incarné par Gael Garcia Bernal. "Le script a été écrit il y huit ans mais a été adapté après ma rencontre avec Gael".

Dimanche : Berlin au pays des merveilles !

Dimanche, les festivaliers berlinois sortaient tout émus de la projection de Grbavica, portrait poignant d'une mère confrontée aux démons de son passé dans le Sarajevo d'après-guerre. Premier long-métrage de la cinéaste bosniaque Jasmila Zbanic, Grbavica, inspiré de témoignages de victimes montre la difficulté de se reconstruire lorsque l'on n'arrive pas à évoquer et admettre son passé, le tout sans tomber dans le mélodrame. "Un viol, c'est quelque chose qui détruit complètement la femme et sa famille. Je voulais parler d'une femme qui avait eu un enfant suite à un viol, un enfant de quelqu'un pour qui elle ressent de la haine" a déclaré la réalisatrice lors d'une conférence de presse où elle a été chaudement applaudie. "J'ai le sentiment qu'à travers ce film j'ai évoqué l'ambiance qui règne en ce moment en Bosnie. Il faut absolument parler de ce qui s'est passé pour pouvoir avancer".

Autres passions, malentendus et disputes dans le nouveau film de Robert Altman, Prairie Home Companion. Construit autour de la dernière diffusion d'une célèbre émission de radio américaine, le film nous livre une nouvelle fois un portrait sans complaisance de la société américaine après Short Cuts et Prêt À Porter… Récompensé en 2002 par un Ours d'or pour l'ensemble de son œuvre, le cinéaste a fait la joie des paparazzi en s'affichant aux bras de l'actrice principale, Meryl Streep, sur le tapis rouge berlinois.
Le mois prochain, devant le tout Hollywood, Robert Altman recevra un Oscar d'honneur pour l'ensemble de son oeuvre. "Je suis très heureux (...), je suis très fier de recevoir cette distinction. Il n'y en a pas de meilleure et c'est mieux de la recevoir pour l'ensemble de son travail", a conclu le réalisateur.

L'autre film ayant retenu l'attention des festivaliers, c'est Wu Ji La Légende Des Cavaliers Du Vent, déjà numéro 1 du box office chinois et ici présenté hors compétition. Réalisé par le Chinois Chen Kaige, auteur du magnifique Adieu Ma Concubine, Palme d'or à Cannes en 1993, ce film a bénéficié de l'un des budgets les plus élevés de l'histoire du cinéma chinois : 30 millions de dollars ! Au programme : combats d'arts martiaux époustouflants, images de synthèse incroyables et costumes somptueux… Esthétiquement parfait, Wu Ji La Légende Des Cavaliers Du Vent raconte la légende de Quinsheng, condamnée dès son enfance à ne jamais vivre le véritable amour…

Pendant ce temps, Marilyn Manson étonnait la Berlinale en annonçant son prochain projet : nous emmener au pays des merveilles ! Arborant son look habituel si romantique, le chanteur a en effet expliqué qu'il allait diriger une adaptation du journal intime de Lewis Carroll, intitulé Phantamasgoria - The Visions Of Lewis Carroll, et dont le tournage devrait se dérouler en juillet-août 2006. "Mon film est avant tout centré sur ses obsessions, pas vraiment sur l'époque victorienne. (…) Je ne veux pas faire un film d'époque, c'est chiant. (…) "Il y aura du sexe, des obsessions, car c'est un homme qui est mort sans avoir jamais eu de femme ou d'enfants (...) Les gens pensent que je vais faire un clip de 1h30 mais ce n'est pas le cas. Je veux montrer aux gens quelque chose qu'ils n'ont jamais vu avant, mais pas forcément les choquer" a expliqué le célèbre rocker… Outre la réalisation, l'écriture du scénario et la création des effets spéciaux, Marilyn Manson créera la musique du film et interprétera le personnage principal, Charles Dodgson, plus connu sous son pseudonyme d'écrivain : Lewis Carroll…

Lundi : violence, quand tu nous tiens…

C'est la violence sous toutes ses formes s'est imposée aujourd'hui à la Berlinale… Le viol, tout d'abord avec Le Libre Arbitre de Matthias Glasner, puis la négation de l'autre dans
El Custodio de Rodrigo Moreno, ou enfin le totalitarisme dans V Pour Vendetta.

En effet, Le Libre Arbitre s'ouvre sur un quart d'heure de bestialité à outrance, filmée dans tous ses détails. "Il ne s'agit pas d'un film sur le viol mais sur l'individu. Je ne veux rien dire sur la thérapie. Je veux juste montrer comment on se sent dans la peau d'un violeur, ce qui est supportable et ce qui ne l'est pas", a expliqué le réalisateur Matthias Glasner

Autre film, autre violence, mais sous une forme plus insidieuse : dans El Custodio (Le garde du corps), premier long métrage personnel de l'Argentin Rodrigo Moreno, le monde schizophrène des gardes du corps est dévoilé à travers l'histoire de Ruben (Julio Chavez), chargé de surveiller et de protéger le ministre de la Planification. Face à son quotidien monotone et aux humiliations occasionnelles qu'il doit subir de la part du ministre et de sa famille, Ruben va bientôt voir son monde exploser…

Enfin, c'est la violence sous sa forme la plus aboutie, le totalitarisme, que choisit d'aborder James Mcteigue dans son premier film, V Pour Vendetta, basé sur un scénario des créateurs de Matrix, les Frères Wachowski. Inspiré d'un ouvrage de l'auteur de bandes dessinées britannique Alan Moore, plonge le spectateur dans un univers proche de celui du roman "1984" de George Orwell : la Grande-Bretagne est dirigée d'une main de fer par une dictature aux relents nazis qui extermine étrangers, opposants politiques et homosexuels. Film à grand spectacle de deux heures, V Pour Vendetta, qui sort en France le 19 avril, ne se résume pas à un divertissement : c'est aussi une réflexion sur le pouvoir et les moyens d'y parvenir.

Quelque chose nous dit que l'Ours (d'Or) n'a pas finit de grogner…

=> Retrouvez toutes les infos en direct du 56ème festival de Berlin

A.M. (13 février 2006, avec AFP)

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