Bertrand Tavernier comparaît face au Juge Bourgaud pour ses propos controversés

mardi 3 décembre 2013 - 19:44 | Showbizz
Le ministère public a requis mardi une amende de 3.000 euros à l'encontre du réalisateur de cinéma, Bertrand Tavernier, assigné par le juge Burgaud pour outrage devant le tribunal de grande instance de Paris après des propos tenus lors d'une émission de télévision.

"Quand vous voyez le film, je ne suis pas pour la peine de mort, mais c'est quelqu'un que vous avez envie d'exécuter, le juge d'Outreau", avait déclaré le réalisateur lors de l'émission "C à vous", diffusée le 10 avril sur France 5.
Il a fait valoir qu'il était interrogé sur le film Présumé Coupable, librement inspiré de l'affaire d'Outreau, lorsqu'il a fait ces déclarations. "Je parle uniquement d'un film et pas d'autre chose que d'un film", a soutenu M. Tavernier. "Je ne suis pas chroniqueur judiciaire. Je parle de cinéma", a-t-il insisté.

Dès lors, à l'audience, il a beaucoup été question du film, dont le producteur et le réalisateur ont été cités comme témoins. Un film dont ces deux témoins, tout comme M. Tavernier, ont considéré qu'il s'agissait bien d'une fiction.
"On ne parle pas de l'affaire d'Outreau, on parle d'Alain Marécaux (un des accusés de l'affaire Outreau)", a estimé M. Tavernier, pour qui "nous ne sommes pas dans un journal télévisé".

Revenant sur les propos incriminés, Fabrice Burgaud a dit à l'audience avoir été "énormément choqué". Pour le juge, "c'était comme si on lançait une fatwa, un contrat sur (sa) tête". Depuis la diffusion de l'émission, le juge dit avoir "modifié (ses) habitudes de vie", comme au faîte de sa médiatisation involontaire. "Je limite énormément mes déplacements. Quand je sors de chez moi, je fais toujours attention qu'il n'y ait personne", a-t-il expliqué.

Pour l'un des avocats de M. Burgaud, Me Patrick Maisonneuve, le fait que Bertrand Tavernier soit un cinéaste reconnu donnait plus de portée à ses propos.

Lors du long débat sur le film, il a regretté que le personnage du juge porte son nom. Le producteur, Christophe Rossignon, a estimé que cet élément "ne (changeait) rien". "Si ça ne change rien pour le film, pourquoi vous n'avez pas retiré mon nom ? Parce que pour moi, ça change beaucoup de choses", a dit M. Burgaud.

Sans exprimer de regrets, M. Tavernier a dit qu'il aurait aimé que le juge le contacte après la diffusion de l'émission, "pour qu'on ait une explication, que je puisse rassurer" sur le fait que les propos visaient un personnage de cinéma et non l'homme. "Il n'était jamais dans mon intention d'inciter au meurtre", a-t-il martelé. "S'il avait voulu parler de Fabrice Burgaud, il aurait fait un film sur Fabrice Burgaud", a plaidé le conseil de M. Tavernier, Me Carbon de Seze.

Lors de ses réquisitions, le procureur de la République adjoint, Jean Quintard, est revenu sur l'affaire d'Outreau et a rappelé que Fabrice Burgaud n'était pas à l'origine de la mise en détention de M. Marécaux, comme le laissait entendre le film.

Cette décision a été prise par le juge des libertés et de la détention, a-t-il souligné. Outre Bertrand Tavernier, le procureur a donc désigné le réalisateur et le producteur du film, estimant qu'il était "plus facile de critiquer une victime expiatoire qu'(était) le juge Burgaud" que de mentionner plusieurs juges.

La décision a été mise en délibéré au 14 janvier.

L'affaire d'Outreau a éclaté en 2001 et donné lieu à deux procès, un en 2004 devant la cour d'assises de Saint-Omer (Pas-de-Calais) et l'autre devant la cour d'assises d'appel de Paris fin 2005. Treize des dix-sept accusés ont été acquittés, après parfois trois ans de détention provisoire.

Alors juge d'instruction au tribunal de grande instance de Boulogne-sur-Mer, Fabrice Burgaud a instruit le dossier en 2001 et 2002 avant de le céder pour rejoindre la section anti-terroriste du parquet de Paris.

(3 décembre 2013 - AFP)
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