Biutiful : A bout de souffle (Test DVD)

mardi 4 octobre 2011 - 17:29 | Showbizz
Un homme apprend qu'il ne lui reste que trois mois à vivre. Entre sa famille, ses fantômes, son "boulot", comment lutter contre cette vieille amie qu'est la mort ? Comment, en trois mois, trouver le pardon de toute une vie ?


Dans une Barcelone poisseuse, Uxbal fait ce qu'il peut pour subvenir aux besoins de ses enfants (quitte à exploiter des clandestins), aider sa femme mentalement instable, et enterrer son père, mort des années auparavant dont le corps revient seulement du Mexique.
Et parce que cet ibère n'en a visiblement pas assez, Alejandro González Inárritu cette fois-ci scénariste, lui colle un cancer de la prostate qui ne lui laisse que peu de temps à vivre.

Exit Guilermo Arriaga, Iñarritu opère désormais seul et c'est tout un rite qui en est changé. Finit les grands puzzles et chassés croisés de divers personnages qui ont su faire la part belle à la précédente trilogie du mexicain. C'est donc notre Javier Bardem, massif -et heureusement car il fallait quelqu'un au dos large pour porter toute cette misère- qui, dans ce récit inhabituel et linéaire, interprète (brillamment) cet homme que la vie semble peu à peu abandonner.


Hanté par la mort (celle de son père, des fantômes qu'il voit, et de sa propre fin) Uxbal tente de laisser quelque chose de bon, de meilleur, à ses enfants et ce même au prix de pauvres chinois qu'il utilise et de familles qui le payent pour jouer un rôle de passeur auprès de leurs défunts.
Véritable télamon, il fait de cette course contre la mort son chemin de croix : en donnant naïvement une seconde chance à Marambra (sa femme), en améliorant les conditions de vie de ses clandestins, et en hébergeant une immigrée sénégalaise, il tente désespérément de se racheter une âme pure.

- "Papa, comment on écrit 'beau' en anglais ?
- B-I-U-T-I-F-U-L"


C'est à cette maladresse d'Uxbal que le film doit son titre, preuve alors de la misère sociale de notre protagoniste.
Amoureux de ces personnages, malheureusement si patents, Iñarritu fait de la faiblesse humaine la richesse de ses films. Mais en abordant tant de sujets différents il ne peut, et c'est dommage, aller jusqu'au bout de son objection. Qu'importe, car il a d'autres réserves. Personne n'avait encore filmé Barcelone ainsi. Loin de l'image idyllique des cartes postales, la métropole est ici ancrée dans une réalité terrifiante mais néanmoins effective : crise sociale, clandestinité, corruption, etc...
Mais l'atout majeur du film reste son incroyable interprète, Javier Bardem. Ce colosse, ici tout en douceur, sert sobrement le film. Les scènes où Uxbal se retrouve à table avec ses enfants sont éblouissantes d'humanité et celles où Bardem déambule dans les rues désabusées de Barcelone sont d'authentiques moments de cinéma.


Même si la séparation entre Arriaga et Iñárritu se fait sentir et que le réalisateur s'éparpille un peu dans les thèmes qu'il approche, Biutiful n'en reste pas moins saisissant de vérité et étonne par l'interprétation de Javier Bardem récompensé à juste titre à Cannes en 2010.

DVD

Rares sont les déceptions côté DVD avec Iñarritu. Cet acharné du travail, amoureux de la vie, prend toujours soin de faire un "carnet de bord" sur chacun de ses films (celui de Babel était impressionnant) puisque pour lui chaque tournage est une expérience humaine unique.
Biutiful n'échappe donc pas à la règle et c'est tant mieux : on y trouve un carnet de bord complet et enrichissant auquel s'ajoute des entretiens avec le metteur en scène et les principaux acteurs.

Pour une version simple, que demander de plus ?

La bande-annonce :


=> Toutes les infos sur Biutiful

Zoé-Alice Klein (4 Octobre 2011)

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