Cannes 2005 : Réactions des lauréats et Explications du jury !

Dans la foulée de la remise de leur prix, les lauréats du 58ème festival de Cannes sont venus rencontrer brièvement la presse.

Les frères Dardenne, Palme d'Or avec L'Enfant
« On est un peu gêné d'être sans les comédiens car ce film, c'est surtout eux. En fait, nous étions déjà tous repartis de Cannes, et on nous a demandé de revenir. Mais on pensait que c'était pour un prix et puis peu à peu, quand on a vu que tous les prix avaient été distribués, on a commencé à comprendre…
Bien sûr, on va dire que le festival de Cannes a fait du social, comme lors de Rosetta. On nous colle trop vite une étiquette, alors que notre cinéma s'inspire avant tout du Néoréalisme… Quelle idée géniale a eu Rossellini de filmer une fiction dans le décor bien réel d'un Berlin dévasté par la guerre ! Je crois que notre démarche de cinéastes est sensiblement la même : on réalise des fictions dans des décors on ne peut plus réels. »


Michael Haneke, Prix de la mise en scène avec Caché :
« Ce prix me renforce dans ma conviction qu'il ne faut pas que j'abandonne pour obtenir la palme d'or (Rires). C'est étrange car quand je termine un film, je repars déjà sur autre chose. Actuellement je suis en train de monter un opéra.
Ce prix me semble assez important et représente beaucoup car il me permettra d'attirer beaucoup de spectateur peut-être pas autant que Georges Lucas… »


Hanna Laslo, prix d'interprétation féminine pour Free Zone d'Amos Gitai :
« Je suis ravie d'avoir obtenu ce prix pour ce film à la fois drôle et pas drôle. Je crois qu'Amos, à travers mon personnage décalé et comique, a pu parler d'un sujet extrêmement difficile. »

L'acteur/réalisateur Tommy Lee Jones a été récompensé par le prix d'interprétation du jury tandis que son scénariste Guillermo Arriaga a obtenu le prix pour son scénario du film Les Trois Enterrements :
« Jeune, j'étais déjà venu à Cannes, et j'avais dit à ma famille qu'un jour je monterai les marches non pas comme une star mais comme un écrivain... Comme un writer ! ».
Tommy Lee Jones :
« Evidemment, je suis totalement surpris mais vous savez je ne crois pas à la compétition. C'est un véritable honneur de recevoir un prix mais ce n'est pas la chose pour laquelle un comédien, un réalisateur ou un artiste doit se battre.
Ma vraie récompense, je l'ai déjà obtenue il y a deux jours, lors de la projection du film devant des centaines de personnes venus de tous les horizons qui se sont levées et ont applaudit le film pendant une dizaine de minutes... »


Jim Jarmush, lauréat du Grand Prix du Jury pour Broken Flowers :
« Je ne crois pas vraiment au concept de compétition, je ne crois d'ailleurs pas que le cinéma puisse être jugé par un groupe. Quand j'étais venu présenter Ghost Dog en 1999, j'étais ravi que le jury donne la palme d'or à Rosetta.
Mais c'est un immense honneur d'obtenir le grand prix du jury, car le festival de Cannes n'a pas de nationalité, c'est une ouverture immense pour l'internationalité et c'est vraiment de cela dont je suis très fier grâce à ce prix.
J'aime le festival de Cannes pas tant pour ma rencontre avec les journalistes mais parce qu'il me permet de discuter avec mon public venu des quatre coins du monde. »


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Le dimanche, c'était au tour du jury de s'exprimer devant la presse sur le palmarès… En effet, pour la deuxième année dans l'histoire du festival, le jury est venu expliquer à la presse les raisons de ses choix. Emir Kusturica, Nandita Das, Salma Hayek, Toni Morrison, Agnès Varda, Javier Bardem, Fatih Akin, Benoit Jacquot et John Woo ont donc donné une conférence de presse dans une ambiance décontractée visiblement fatigués par ces onze jours intenses… et par une dernière soirée bien arrosée.

Emir Kusturica :
« Je crois qu'on a réussi à former un jury juste. Chacun de nous venait de culture différente et avait une sensibilité différente. On a vu que des bons films et on a vraiment récompensé le meilleur. Je crois que nous avons accompli notre mission. Si nous n'avons pas retenu certains films, cela ne veut pas dire qu'ils sont mauvais. Ce festival fait naître quelque chose d'assez unique, de totalement international, il ne se contente pas de sélectionner certains pays ou certaines cultures. C'est un festival totalement ouvert qui tue toute l'uniformité de la production cinématographique pendant 12 jours. Sans lui, je ne serais pas là. »
« L'ENFANT, c'est le vainqueur. Ce film regroupe tous les éléments qui forment notre conception du cinéma. »

Agnès Varda :
« C'est vrai que l'on a vraiment passé un très bon moment. Différences de cultures, différences de point de vue certes. La mission est accomplie et en plus maintenant on est tous devenu de bons amis.
J'ai trouvé Kusturica plus démocratique que je ne le pensais. Je le qualifie même de doux dictateur (sweat dictator).
Rires…
Personnellement, j'aime particulièrement Caché et L'Enfant. »


Les Trois Enterrements

Salma Hayek :
« Le choix de TROIS ENTERREMENTS me renvois évidemment à des expériences personnelles, à mes origines. Il m'a peut-être plus touché que les autres. Les Mexicains n'ont pas vraiment le choix, ils sont en train de mourir de faim et n'ont qu'un seul choix, celui de pouvoir passer la frontière.
Mais je pense que ce film est universel et qu'il peut toucher tout le monde. Et à vrai dire, j'ai été autant impressionné par le script que par le sujet».

Emir Kusturika :
« Personnellement, je reconnais que mon univers très fantaisiste, ainsi que celui de Toni Morrisson, sont très éloignés de celui du film de Tommy Lee Jones. J'ai grandi à Sarajevo où nous étions obligés de chanter Mexicain si on voulait dire ce que l'on pensait.
J'aime beaucoup la manière qu'a Tommy Lee Jones de filmer. J'apprécie particulièrement le fait qu'il ait réussi à faire un « No man's land movie », un film qui n'appartient à aucune culture et donc peut toucher tout le monde. »

Toni Morrisson :
« C'est un film très profond. »
Salma Hayek :
« Ce qui m'a touché particulièrement dans ce film, c'est surtout la relation qui unit le personnage de Tommy Lee Jones avec ce Mexicain. »

Free Zone

Emir Kusturica :
« Au départ, comme certains d'entre vous l'avez deviné, on avait l'intention de donner trois prix d'interprétation ex-aequo. Mais j'en ai rediscuté avec tous les membres du jury et ils m'ont mis d'accord qu'en effet, c'était Hanna Laslo qui portait tout le film. »

Et les autres ?

Emir Kusturica :
« History Of Violence, Manderley, Don'T Come Knockin' étaient vraiment des films excellents. Mais ces cinéastes n'ont pas besoin de nous pour montrer leurs films. L'an dernier, j'ai été éliminé très rapidement avec La Vie Est Un Miracle, et je le comprends. A Cannes, on cherche à découvrir absolument. »

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Propos recueillis par Matthieu Perrin (Cannes, les 21 et 22 mai 2005)

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