En français
Fish Tank signifie aquarium ou vivier. Dénomination étrange pour un film où il n’est aucunement question de poisson, excepté une scène de pêche, au milieu du film. En revanche, il serait plus cohérent de voir dans ce titre une métaphore : celle d’un vivier d’acteurs tous plus formidables les uns que les autres et d’un conditionnement quasi scientifique qui mettrait en évidence des personnages marqués.
Formellement, le film oscille entre plusieurs genres : imaginez
Ken Loach rencontrant
Sofia Coppola, vous obtiendrez
Andrea Arnold. Sur le fond, nous sommes clairement dans un cinéma britannique de tradition sociale, et dans la forme la réalisatrice
Andrea Arnold lorgne davantage vers
Terrence Malick ou
Sofia Coppola dans son traitement de la nature avec une esthétique très ‘rousseauiste’.
A la fois comédie et drame social (certes davantage axé sur le drame), on peut aussi voir
Fish Tank comme un parcours initiatique, celui de Mia (interprétée par la révélation de Cannes
Katie Jarvis), vivant dans un milieu difficile de l’Essex.
Au rang des curiosités sympathiques, la surenchère d’insultes entre Mia et sa jeune sœur est irrésistible, d’autant que l’on sait que malgré ce langage de charretier c’est un amour extrêmement fort qui unit les deux personnages, s’exprimant uniquement par insultes antiphrastiques et savoureuses.
Précisons que le film n’est pas conformiste et se permet quelques audaces, parfois même assez dérangeantes. Mais le contexte social méritait une approche réaliste voire naturaliste et
Andrea Arnold l’a fait. Proche d’un Zola, la réalisatrice analyse aussi les effets de l’alcool sur la société. En effet, la petite Mia ne fait pas l’impasse sur la boisson, pas moins que sa mère qui en consomme encore davantage. Un cinéma choc, donc.
Cependant, la lourdeur et crudité de certaines scènes est atténuée par de formidables passages, autant de scènes oniriques durant lesquelles Mia prépare une audition de danse. On retiendra en particulier une scène climax sur "California Dreamin" de Bobby Womack. De manière générale la bande-son est à couper le souffle, tant par son éclectisme que par la pertinence des choix.
Les meilleures scènes sont musicales et dansées, elles se concentrent sur Katie Jarvis et viennent, tel des sas de décompression, aérer le propos.
La réussite de l’œuvre consiste en son réalisme frappant, renforcé par une interprétation au cordeau, notamment
Kierston Wareing, en mère-ado violente, peu éloignée d’une
Asia Argento dans
Le Livre De Jeremie.
Michael Fassbender confirme lui un grand talent après
Hunger et
Angel.
Côté bonus, les prémices de
Fish Tank se regardent avec délectation. Au programme, deux courts-métrages,
Wasp et
Dog qui reprennent les mêmes motifs esthétiques : mère violente, HLM, ballon dans les airs, petit copain et animalité ainsi que la thématique de la vengeance. Bref, deux œuvres dans la continuité de
Fish Tank à consommer bien cru évidemment…
DVD disponible à la vente
=> Toutes les infos sur Fish Tank
Charles Bouchet
(08 février 2010)Sélection d'articles sur le même thème :