Découvrez le réalisateur chinois Jia Zhang Ke et son film PLAISIRS INCONNUS

Alors que son film Plaisirs Inconnus est sorti sur nos écrans mercredi dernier, le réalisateur chinois Jia Zhang Ke était de passage à Paris… Nous l’avons rencontré.


Peut-on considérer PLAISIRS INCONNUS comme un portrait réaliste de la jeunesse chinoise contemporaine ?

Oui, je pense que mon film est réaliste. Faisant moi-même partie de la jeunesse chinoise, je parle de mon expérience, de ce que j’ai vécu, je décris ce que j’ai vu, ce que j’ai observé, ce que j’ai ressenti. Disons que c’est ma vision de cette jeunesse actuelle en Chine.

En quoi la situation a-t-elle changé depuis l’époque de PLATFORM, votre précédent film, qui se situait dans la société post-maoïste ?

La jeunesse de PLATFORM a fait l’expérience d’une époque de politique autocratique, de gouvernement extrêmement ferme. Elle a vécu la Révolution Culturelle, un enfermement, une société très fermée, et elle a dû essayer de se libérer du collectif pour chercher un moyen de vivre sa liberté. Par contre, la génération décrite dans PLAISIRS INCONNUS arrive après déjà vingt ans de réformes, ce sont les jeunes de la société de consommation, de l’économie libre, dans un pays où l’on assiste à une accélération rapide de tout le processus social. Dans le même temps, ils font partie d’une jeunesse complètement laissée pour compte. Alors que dans PLATFORM, les jeunes aspiraient à un idéal, à des rêves de liberté, dans PLAISIRS INCONNUS, ils se trouvent face à une quête impossible, à la nécessité de gérer une liberté plus intérieure.

Ces jeunes sont confrontés à une crise existentielle, à un profond désœuvrement et finalement à d’autres formes de servitude… Pensez-vous que la liberté soit illusoire ?

Oui, je le crois. Les jeunes de PLAISIRS INCONNUS ont le choix de l’expression de leur individualité, mais en même temps, ils se rendent compte que ce n’est pas si facile, qu’ils sont face à une société où il y a la télévision par satellite, Internet, des moyens extrêmement ouverts et, en apparence, une grande liberté de communication, mais cela ne résout pas, finalement, leur problème de liberté intérieure. C’est ce que je voulais montrer.
C’est une approche, bien sûr, un peu pessimiste, mais je me demande souvent si dans ce monde, il existe une vraie liberté, une liberté totale. De ce point de vue, la tradition chinoise pose très bien ce problème. Quand je mentionne, par exemple "le roi des singes", dans le film, c’est un personnage rebelle, en quête de liberté, mais qui n’arrive pas, malgré tout, à s’extraire de la coupe d’un pouvoir supérieur.

Le film se situe en province, dans le Nord de la Chine. La situation est-elle la même dans les grandes villes ?

Non, il y a un vrai fossé, la différence entre les villes et les campagnes est énorme, et il est certain que les jeunes des grandes villes ont plus d’occasions, plus de chances, que les autorités leur attribuent des ressources, alors que dans ma province, à l’intérieur des terres, il n’y a absolument rien.

Incriminez-vous le passage – manifestement trop rapide et inégalitaire - à l’économie de marché ?

Oui, c’est tout à fait juste. Les jeunes du film vivent dans une période où l’on a assisté à l’échec de l’économie de marché, dans une région industrialisée, et ils sont extrêmement marqués par cet environnement et par toutes les traces de l’abandon de l’économie planifiée.


=> Découvrez l’intégralité de notre INTERVIEW DE JIA ZHANG-KE

=> Découvrez la fiche du film de Jia Zhang Ke Plaisirs Inconnus

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