Des films singuliers & originaux dans les tentacules d'Un Certain Regard…

Un Certain Regard est, par excellence, la section des découvertes, des films étranges et singuliers, qui trouveraient difficilement leur place dans une compétition classique, mais qui méritent néanmoins d’être vus. Cette section est également un remarquable vivier de nouveaux talents, avec cette année, pas moins de huit premiers films sur les vingt présentés dans la section. De quoi nourrir aisément la Caméra d’or qui vient récompenser une première œuvre, toutes sélections confondues.
Premier film de la réalisatrice française Céline Sciamma, Naissance Des Pieuvres est une douce réflexion sur l’adolescence au féminin. Le film s’attache à décrire la découverte de la sexualité, des sentiments, de l’indépendance, à travers l’histoire de trois jeunes filles d’une quinzaine d’années. Deux d’entres elles font partie de l’équipe de natation synchronisée. Un détail qui peut sembler anodin mais qui a son importance, une grande partie du film se déroulant à la piscine ou dans ses vestiaires. Un sport où le corps est constamment mis en avant, et chacun sait qu’à l’adolescence, le corps, c’est sacré.

C’est avec une esthétique très épurée que Céline Sciamma a choisi de tourner son film. Les décors se limitent ainsi à la piscine, quelques extérieurs et les maisons des jeunes filles. De même, le scénario se concentre exclusivement sur Marie, Anne et Floriane dont on ne connaît ni les familles, ni la vie en dehors de leurs relations entres elles. Des choix délibérés grâce auxquels la réalisatrice peut se démarquer, au risque de rebuter certains spectateurs par une forme trop assainie. Ces partis pris esthétiques et scénaristiques permettent à Céline Sciamma de parler avec beaucoup de pudeur de la sexualité certes, mais d’aller plus loin, en abordant les fantasmes des jeunes filles, avec notamment la découverte de l’homosexualité.
Voir un premier film, cela reste toujours passionnant, et l’on espère souvent – c’est le cas ici – qu’il y en aura d’autres… Le mieux dans l’histoire, c’est quand, quelques années plus tard, le cinéaste dont on a suivi les premiers pas ici à Cannes se voit décerner la récompense suprême… On pense notamment à ces « enfants chéris » du festival, Steven Soderbergh, Quentin Tarantino ou Emir Kusturica… Qui sait !

Amélie Chauvet (Cannes, le 17 mai)

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