Eloge de la Folie (Les Herbes Folles, test DVD)

mercredi 10 mars 2010 - 14:07 | Showbizz
Complètement barrée, la dernière œuvre d’Alain Resnais l’est certainement. Métaphore des personnages, la thématique de l’herbe poussant aux endroits les plus incongrus apparaît dès les premiers plans dans un générique on ne peut plus en adéquation avec le titre du film, Les Herbes Folles.

Si ce long-métrage dans sa globalité peut surprendre, la trame de départ, elle, est des plus classiques : Marguerite (Sabine Azéma) se fait voler son sac en sortant d’un magasin de chaussures. Dans un parking, Georges (Andre Dussolier) retrouve le portefeuille de Marguerite.
Inspiré du roman L'Incident de Christian Gailly, publié aux Editions de Minuit en 1996, Alain Resnais apporte une couleur particulière au récit, une fantaisie juvénile. Une fois n’est pas coutume, le cinéaste fait appel à des procédés expérimentaux, à savoir : une narration alambiquée, des focalisations internes et tout une série d’effets de styles qui rappellent la littérature. Car Alain Resnais est avant tout un cinéaste littéraire adaptant Marguerite Duras, Hiroshima Mon Amour, ou L'Année Dernière À Marienbad avec Alain Robbe-grillet, exemple.


Il se dégage donc du film d’Alain Resnais, une polyphonie énonciative, une multitude de voix, notamment sensibles dans la scène d’interrogatoire ou dans la voix-off du début. Plus encore qu’une accumulation d’effets de style, Les Herbes folles sont comme des variations sur l’univers des possibles, sur le langage et sur les comportements humains. Tout cela traité avec un certain humour, parfois aux confins du grotesque.
L’atmosphère du film respire le rêve et l’onirisme hallucinatoire, en particulier grâce à une photographie surréaliste. Ne serait-ce donc pas les tribulations psychiques des personnages qui seraient retranscrites à l’écran, et non les faits véritables ? Sous cet aspect, nous ne sommes pas loin du cinéma lynchéen. De cinéma, il est aussi surtout question dans cette œuvre. En effet, le personnage d’Andre Dussolier se rend à un moment lui-même au cinéma, dans une sorte de mise en abyme du spectateur. Ainsi, l’emphase est mise sur les lettres rouges qui ornent la devanture du bâtiment dans cette scène. L’effet produit est une sorte de contamination du réel par le cinéma. Il faut donc se laisser perdre dans Les Herbes Folles, s’allonger et se détendre dedans pour mieux en apprécier les enjeux.

Une fois ce pacte établi, on se perd avec délectation dans ce labyrinthe des désirs et face à un récit d’intrigue ou les réalités sont aléatoires, le hasard y occupant une place prépondérante. Avec cette œuvre, nous sommes donc bien dans un récit surréaliste, mais pas complètement. Reste à déterminer le genre de ce film-somme. Comment appréhender Les Herbes Folles ? Comme une enquête ? Un vaudeville ? Une farce ? Une comédie de sentiments ? Ou encore la chronique d’un drame annoncé ? A vous de choisir…


Nul besoin de revenir sur le DVD qui offre une image très satisfaisante, fidèle à la texture présente dans les salles. En revanche, on déplorera de microscopiques herbes de bonus, avec des bandes-annonces très originales (A l’image de la bande-annonce d’On Connaît La Chanson et dans la veine farfelue du film), ainsi qu’un reportage sur les décors, non moins intéressant.

Les Herbes Folles de Alain Resnais, DVD disponible le 09 mars 2010.

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Charles Bouchet (10 mars 2010)

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