En direct du Festival 5 jours tout court de Caen...

A quelques jours des grandes manifestations prévues pour le 60e anniversaire du débarquement en Normandie, la ville de Caen accueille le petit monde du court métrage francophone à l’occasion du 8° Festival 5 Jours Tout Court De Caen.
Si la ville ne semble pas battre toute entière au rythme du festival, Romuald Poretti et son équipe (tous bénévoles) ont su toucher un public toujours fidèle au rendez-vous.
Après la cérémonie d’ouverture le mardi et le mercredi réservé au jeune public et aux cartes blanches, c’est à partir de jeudi que les nerfs des réalisateurs présents sont mis à rude épreuve avec la projection de la compétition vidéo. Cette compétition prévue initialement pour les cinéastes en herbe, car réservée aux étudiants, est depuis cette année ouverte au tout venant.
Les trois projections à la maison de l’étudiant sur le campus universitaire ont rencontré un franc succès malgré un public réservé et avare en applaudissements. Les films sélectionnés sont pour le moins sombres et si l’on ne peut qu’être ravi par leurs grandes qualités, on peut regretter de n’avoir que très peu d’occasions d’esquisser un sourire.
Quelques chiffres pour la compétition vidéo : 14 films dont 5 documentaires (pourcentage assez exceptionnel), 4 animations, 3 films expérimentaux et seulement 2 fictions !


Les films - Programme 1

TRAPLINES IN VANCOUVER de Benoît Raoulx nous emmène dans le monde des plus pauvres d’un des pays les plus riches du monde : le Canada. Les plus démunis se retrouvent à collecter les canettes vides dans les poubelles pour gagner quelques cents. L’idée de Benoît Raoulx est intéressante et sa caméra nous entraîne malgré nous au plus proche de ceux que, d’habitude, on ne veut pas voir. Si le réalisateur a payé de sa personne lors de quelques prises de vues à l’intérieur même des poubelles, on regrette sa longueur : 37 minutes alors que le sens et le message du film étaient passés bien avant.

HALF DAYS des frères Niquet met en parallèle la journée classique de deux hommes, l’un à Paris, l’autre aux Etats-Unis. Les deux se partagent l’écran. A chacun de reconstituer le jeu des 7 erreurs ou des 7 similitudes si l’on préfère.

INOUÏE de Maïa Martins présente Lut, sourde Flamande amatrice de théâtre, et à travers elle le monde des sourds. Ce monde de silence où la jeune réalisatrice nous plonge avec brio avec l’utilisation tout d’abord des bruits de la vie quotidienne, ensuite progressivement d’un silence assourdissant ! Le documentaire est touchant, sensible et plein de bon sens. Il parvient à faire passer un message de tolérance et d’entraide sans à aucun moment devenir inutilement moralisateur.

EROSTATE d’Olivier Morice est l’une des deux seules fictions de la sélection vidéo. Tiré d’une œuvre de Sartre le film montre, quelque part, la naissance d’un anti-héros. L’homme veut laisser une marque de son passage sur terre, peu importe si la marque est négative, comme ce fut le cas d’Erostate. Si le fond n’est pas mauvais, la forme (assez regrettable) nous empêche de l’apercevoir. Dommage.

1916 de Fabien Bedouel : C’était l’hiver à l’arrière du front ; le froid, la boue, les batailles, l’omniprésence de la mort et l’envie de vivre. Une très belle animation en noir et blanc et sur une musique de Mistinguette.

Les films - Programme 2

CHEVALIERS : THE RYTHM OF THE NIGHT de Julien Leconte et Jean-Claude Rozec est un anti conte de fées ; une animation simpliste, voire minimaliste à l’humour délicieusement décalé. Comme dans beaucoup de contes de se genre, une jeune princesse est prisonnière d’un méchant dragon tout en haut d’une immense tour. Comme toujours dans ces cas là, des princes charmants viennent à sa rescousse. Et c’est là que le ton change et que le film sort du conventionnel.

MEN FROM HILL de Yoann De Montgrand. On sentait comme une inquiétude dans la salle avant le début de ce documentaire précisant : Un regard français sur Mostar, Bosnie Herzégovine. Pas uniquement à cause de cette base-line mais également à cause de sa durée inhabituelle…52 minutes ! 52 minutes plus tard, on sent comme un soulagement, cet étrange docu-reportage-fiction fort insolite est, malgré des hauts et des bas, parfaitement digeste. Des jeunes français partent un mois à Mostar pour découvrir la ville, les ruines de la guerre mais surtout des jeunes qui cherchent à se reconstruire par le biais de la culture.

WE ARE WINNING DON’T FORGET de Jean-Gabriel Periot a remporté le prix de la presse cette année à Clermont-Ferrand. Son film expérimental passe à grande vitesse et de plus en plus rapidement des photos. Ça part de portraits, ça passe par des groupes, puis par la foule et arrive aux manifestations lors du G8 de Gênes, selon les dires du réalisateur pour défendre la lutte des classes. Par la vitesse des images, le film a, au contraire, tendance à annihiler la pensée du spectateur et impose celle du réalisateur. Alors si le fond est, selon chacun, plus ou moins acceptable, le procédé est plus que condamnable.

LE REFUGE de Nedia Touijer est un documentaire sur les invisibles du cimetière du Jallez à Tunis, ces hommes à la recherche d’un petit boulot qui s’occupent régulièrement de la propreté des tombes. Les invisibles, on ne les verra pas, on en entendra juste les voix. Malgré tout l’intérêt, le film termine par sembler plat à cause de sa longueur.

Les films - Programme 3

GEOFFREY LEXEUX MANGE UNE CUISSE d’Alain Mathiot est une animation réalisée avec des bouts de ficelles et on peut le penser de l’huile de coude. Ce petit film, irracontable, est un temple du non-sens, des jeux de mots inavouables et de l’humour potache. Sans grandes prétentions mais drôle pour les amateurs de " énième " degrés !

LES PREMIERS REVES CHROMATIQUES de Hadrien Kourtier est un film onirique sur l’histoire d’un garçon qui ne supporte plus son ombre et va arrêter le mouvement des astres. Si on remarque une véritable recherche sur le son – le film est d’abord muet, puis musical, au milieu on entend quelques mots avant qu’il ne redevienne musical et à nouveau muet -, sur l’utilisation ou non de la couleur, etc… le film a semblé laisser les spectateurs de marbre.

STREET OF MARSEILLE de Gérard Lemaux est une animation présentée ici à Caen comme un clip musical. Une histoire prévisible d’un meurtre vécu en flash back par la propre victime. Le film ne dure que 3’15’’, on arrive pourtant à s’ennuyer.

L’ECHO DE TON CORPS ILLUMINE MON DESIR de Yannick Coutheron. Documentaire sans paroles sur la fonte de cloches dans les alentours d’Annecy, le film se veut une expérience sur la naissance d’une cloche à partir de matériaux premiers et la recherche de la perfection sonore. Une fois expliqué par le réalisateur, cet " Echo " devient plus intéressant qu’après une simple projection car ce sens est difficilement identifiable.

LE BERCEAU DU SINGE de Yannick Lecoeur mélange une étrange animation sur un singe et des images en prise réelle. Le film tend vers le gore à cause d’un cd audio tueur dans un cours d’anglais. Si le côté gore tombe rapidement un peu dans le nanar semi-volontaire, le réalisateur parvient tout de même à créer une ambiance stressante et malsaine.


Les programmes vidéo sont reprojetés au cinéma Lux vendredi à 18 heures pour le programme 1, samedi 14 heures, le programme 2, et 16 heures le programme 3.
Vendredi c’est la journée de la rencontre professionnelle sur le thème " Ecrire sur le court métrage, interroger la forme courte " avec des intervenants prestigieux tels que Luc Lagier d’ARTE, Stéphane Kahn de l’Agence du court métrage, Jacques Kermabon du magazine Bref, Nicolas Schermkin de Repérages et Vincent Amiel de Positif. De grands débats en perspective !
Puis le soir, le début des projections de la compétition cinéma.

=> Retrouvez toutes les informations sur le 8° Festival 5 Jours Tout Court De Caen .

Pablo Chimienti – Caen, Avril 2004

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