Flight : Un vol distrayant mais chahuté par des nuages de bons sentiments (Test Blu-Ray)

lundi 24 juin 2013 - 16:16 | Showbizz
Après avoir survolé en seconde classe le paysage numérique et l'animation (Le Pôle Express, La Légende De Beowulf et Le Drôle De Noël De Scrooge), Robert Zemeckis ressort les bonnes vieilles prises de vues réelles – 13 ans après Seul Au Monde – avec Flight, un film portée par l'excellent Denzel Washington (nominé naturellement aux Oscars 2013) qui sent encore bon le kérosène.


Coke 'n' Roll !

Ça démarre fort. 7h14, Whip se réveille avec la gueule de bois dans une chambre d'hôtel, cadavres environnants et demoiselle dénudée pour compléter le tableau. Une conversation téléphonique se déroule avec son ex-femme à propos de l'établissement scolaire de leur fils – l'occasion de s'en griller une et de finir une bière récalcitrante de la veille – les yeux ébahis devant le postérieur de Katerina qui lui annonce que leur vol est imminent. Un peu de poudre pour se requinquer et c'est parti ! Voilà notre pilote de ligne flambant neuf incarné par un Denzel Washington qui a franchement la classe. Une fois dans le coucou, rien de mieux qu'une triple dose de vodka pour accompagner le jus d'orange et entamer un vol qui s'annonce déjà bien mouvementé.

La présentation de ce héros bad-ass est rapide et efficace, suffisamment décalée pour provoquer l'attention du spectateur. Une première allusion religieuse se faufile dès la quatrième minute du film mais rien d'anormal, on la laisse filer volontiers car la scène de crash qui s'ensuit vaut vraiment son pesant de cacahuètes. Le ciel est couvert et les turbulences filtrent le décollage : le service en cabine est annulé, tant-pis pour les cacahuètes. Une vingtaine de minutes après avoir stabilité l'appareil, un problème mécanique se déclare et met en péril l'atterrissage. Mais c'est sans compter l'habilité boostée de notre héros alcoolique qui parvient à faire une manœuvre désespérée, enrayant la descente en piquée de l'appareil et permettant ainsi de le faire planer et atterrir sur un terrain vague. C'est filmé de manière rigoureuse, bien rythmé et servi par des effets spéciaux invisibles donc parfaits. Quelques minutes plus tard, John Goodman fait son entrée sur les Stones. Réjouissant !


Sympathy for the Devil

Mais voilà, le passé de notre héros (acclamé comme tel) et son état quelque peu discutable lors du vol en question le rattrapent, exposant Whip dans une situation judiciaire délicate qu'il va très vite falloir gérer avant le procès final. Entre l’effort des experts pour blanchir sa réputation et son addiction à l'alcool, Denzel Washigton compose avec son talent habituel un personnage attachant malgré sa laideur, bien entouré par des acteurs justes et bien choisis. L'intrigue du film se met alors en place et installe la portée de son propos. Malheureusement, Flight a du mal à intéresser une fois revenu sur la terre ferme, la faute à une surenchère de bons sentiments. Le rédemption du personnage est gâché par la volonté du réalisateur à appuyer avec trop d'intensité son propos, en accumulant les scènes où l'alcool ne fait pas bon ménage - il serait d'ailleurs amusant de compter le nombre de bouteilles exposés dans le film.

L'introduction spectacle réussie ne sert donc que de prétexte à raconter une histoire lourde de sens, qui s'enlise peu à peu et peine à garder son rythme. Le personnage de Nicole (Kelly Reilly), petite amie toxico de Whip rencontrée à l’hôpital et introduite dès le début par le poncif de l'overdose, apporte peu d'intérêt au récit au grand dam de sa talentueuse actrice. Mais au delà de « l'alcool et la drogue, c'est le mal », Robert Zemeckis embaume son œuvre d'une lourdeur mystique dont il est difficile d'adhérer sans arborer le drapeau américain. Certaines scènes ne cessent de faire appel à la présence de Dieu, de la destruction du clocher de l’église lors du crash à la prière avec le copilote dans son lit d’hôpital, en tentant même de légitimer la parole divine par le monologue ironique d'un cancéreux (« Dieu m'a choisi . (…) Faut être con pour pas croire en Dieu. Quant t'as pigé que tout est l’œuvre de Dieu, ta vie devient plus facile »). Pompeux je vous dis !



« Who is banana-man ? »

Néanmoins, le film reste distrayant et conserve son intérêt grâce aux nombreuses scènes de détente, contrepoint bienvenue au mélodrame. Après le sans faute du crash aérien, on se délecte des apparitions jouissives de John Goodman (cocospliff!) ou encore des échanges entre le duo Bruce Greenwood et Don Cheadle qui apportent au récit un capital sympathie indéniable permettant de faire passer un peu la pilule. La bande son, quant à elle, joue également la carte de l’ubiquité : elle alterne entre une partition minimaliste signée Alan Silvestri – trop en retrait peut-être malgré la justesse des quelques notes de piano solitaire du thème principal – et des morceaux piochés assez maladroitement dans le répertoire du rock classique (Joe Cocker, Bill Withers, The Rolling Stones, Traffic...). Un procédé sans grande originalité qui symbolise assez bien le déséquilibre de la narration.

Au final, Flight ne vous laissera pas un souvenir impérissable, mais vous pourriez bien y passer un agréable moment, quoiqu’un peu longuet (2h18). La réalisation est efficace et englobe avec sobriété une histoire qui perd de son piquant une fois le spectacle accompli. Reste le crash psychologique d’un héros qui peine à résister à la vue du moindre culot de bouteilles environnantes. Un voyage à travers les terres de la rédemption distrayant mais inégal (et inabouti) qui peine à dissimuler sa portée moralisatrice. La performance de Denzel Washington est tout de même à saluer.



Test Blu-Ray

La qualité vidéo est tout simplement impeccable. Aucune granularité déplaisante n’est à noter. L’image est nette, propre et se laisse donc pleinement admirer. Quant au son, la VO dispose d’une piste audio DTD-HD de très bonne facture alors que la VF se limite à un encodage Dolby Digital 5.1 moins dynamique et un ton en dessous. On est même surpris par l’encodage HD des bonus qui nous épargnent la sempiternelle copie conforme 480p du DVD.

Contenu des bonus
Flight : Les origines (HD - 10.29 minutes)
Flight : Le making of (HD - 11.31 minutes)
Anatomie d'un crash aérien (HD - 7.46 minutes)
Questions-Réponses (HD - 14.18 minutes)

L'élément le plus intéressant à inclure dans les bonus est bien évidemment l’envers des décors du crash introductif. Pas de mauvaise surprise ici puisqu’il est décortiqué et analysé à travers une vidéo dédiée (Anatomie d’un crash aérien). C’est aussi l’occasion de revenir sur la genèse du film en compagnie du scénariste John Gatins, nominé aux Oscars 2013 dans la catégorie du meilleur scénario original (Flight : Les origines), et d’écouter les interventions des différents acteurs et techniciens du projet (Flight : Le making of). Enfin, le jeu de Questions-réponses avec Robert Zemeckis, John Gatins et la troupe de comédiens (sans Denzel Washington malheureusement) permet d’y glaner quelques détails ici et là. Agréable.

Une très bonne édition signée Paramount.



=> Toutes les infos sur Flight

Damien Chevalier (24 juin 2013)

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